Editorial n°952
Automne fébrile…
Octobre fut un mois riche, trop souvent décevant tant il est vrai que les
apiculteurs gênent…
Congrès de Villefranche : l’habitude est prise, l’alternance fonctionne et les
apiculteurs sont au rendez-vous. Avec ce numéro, les premières informations vous
arrivent. Dès 2009, APIMONDIA nous conviera à participer au congrès mondial à
Montpellier.
Verrières-le-Buisson : c’est la grande surprise pour notre moniteur du
rucher-école, M. VICOGNE avec l’annonce de la visite du Ministre de
l’Agriculture. Celui-ci souhaite présenter en compagnie de la Secrétaire d’état
du Ministère de l’Environnement et avec la participation de l’intéressé, le
rapport SADDIER sur l’apiculture française. Ce site accueille depuis de
nombreuses années des scolaires, des adultes ainsi que quelques manifestations
liées au fonctionnement du CETA Jean Hurpin créé par le SNA. Une extraction en
public avec mini conférences a eu lieu en septembre.
Vite informé, vite rédigé : le message de bienvenue du S.N.A. rappelle à tous
les présents les difficultés de l’apiculture en général. Un coup d’épée dans
l’eau lorsque l’on regarde le sort réservé, notamment aux petits apiculteurs,
dans ce rapport. Vous irez dans les associations de type sanitaire par exemple
et à partir de 32 ruches, voire de 70, vous serez peut-être dans le mouvement
syndical. Un jour sans doute, pour ceux qui rêvent de voir disparaître le SNA et
l’UNAF en tant qu’Associations Fédérales régies par la loi de 1884, leurs vœux
se réaliseront, sauf que nous n’allons pas nous laisser faire.
Dossier luzerne : s’il est vrai que celui-ci ne concerne que quelques régions et
notamment la Champagne Ardenne. Il est réconfortant que voir qu’un député de la
Côte-d’Or a présidé le colloque su le thème « sauver la luzerne » et a notamment
insisté sur le fait qu’elle consomme peu d’intrant, fournit aux abeilles un
pollen qui aide à leur longévité hivernale et qu’elle est un fer de lance de
l’agriculture biologique.
Au niveau de ma région, un délégué S.N.A. participe à la construction d’un
projet tandis qu’au niveau national nous maintenons les contacts avec le
syndicat des coopératives de déshydratation.
Cruiser maintenant : quatre réunions pour conclure qu’il en faut une cinquième
et que tout va bien, même si les résultats ne sont pas tous connus. Impossible
de faire admettre que l’on puisse entendre des scientifiques spécialistes de
l’abeille. Le dossier a été accepté par l’AFSSA, parole d’évangile qu’il est
impossible de discuter avec d’autres chercheurs.
L’ensemble des organisations associatives et syndicales se prépare donc, dans un
premier temps, à un communiqué de presse exprimant ses inquiétudes sur tous les
insecticides systémiques, tandis que nous concentrons nos efforts, cette fois-ci
au niveau européen toutes tendances apicoles confondues,
débutants, pluri-actifs et professionnels dès le 16 novembre.
La directive 91/414 régissant l’homologation des pesticides est actuellement en
réécriture. En effet, les insecticides systémiques n’y figuraient pas. Ont accès
à la Commission d’évaluation seulement les ONG.
Grâce à notre amie belge, avec le concours de l’actuel président du COPA, le SNA
a pu participer à la dernière réunion de Bucarest. Il était d’ailleurs le seul
représentant des apiculteurs européens. La délégation apicole a certes été
entendue mais sera-t-elle pour autant écoutée ?
La question reste posée mais une partie de notre avenir est fortement liée à la
décision de cette Commission
Yves VEDRENNE
Editorial n°951
Roulés dans la farine ?
Europe
La dernière version du projet de règlement relatif à la mise sur le marché des
phytos, notamment l’article 49, prévoit de créer trois zones en Europe. Mais dès
qu’un état membre autorise un produit en traitement de semences, les autres pays
l’autorisent automatiquement. Le débat proprement dit commence le 6 octobre,
espérons que notre courrier sera lu.
Dommage que les produits vétérinaires ne soient pas logés à la même enseigne,
cela nous aiderait bien dans la lutte contre la nosémose. Seulement, l’AMM d’un
médicament vétérinaire délivrée dans un état membre lui est propre : rien à voir
avec l’AMM des produits phytos.
France
La réunion du 26 à la DGAL1 sur le
problème du suivi du « Cruiser », pour ceux qui ont eu le courage d’écouter
l’argumentation de l’Administration sans claquer la porte, reste un monument de
contradictions et même de mensonges.
Sur le plan de surveillance au moment des semis, les surfaces traitées
concernaient quelques ruches, parfois aucune. C’est l’aveu d’au moins deux SRPV2.
Les sites traités et les témoins devaient être comparés. Encore faut-il
connaître les cultures environnantes ? Les résultats des analyses de l’air,
c’est pour plus tard… et ainsi de suite. Une nouvelle réunion est prévue fin
octobre : pour faire quoi ?
C’est compris, tout va bien, le protocole est respecté.
Pourquoi ne pas envisager une AMM également sur betteraves et colzas ? Les
travaux sont en cours selon le représentant de Syngenta présent à la réunion.
Même le rappel par votre serviteur de toutes les dispositions à prendre suivant
la publicité du fabricant pour utiliser les graines enrobées, dispositions
inapplicables, n’ont pas ébranlé les convictions de l’AFSSA. « C’est au nom du
principe de précaution que celles-ci ont été indiquées dans les publicités, mais
cela ne veut pas dire que le produit soit dangereux…»
« Nous attendons des études complémentaires »… Du fabricant, bien sûr. (Je
rêve).
Autre lieu quelque peu chargé d’espérance.
La commission des affaires économiques de l’Assemblée a adopté le projet de loi
relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement. Parmi les amendements
retenus par la Commission, l’un propose la mise en place d’un plan d’urgence en
faveur de la préservation des abeilles qui sera
précédé d’une étude toxicologique relative aux effets de l’ensemble des
substances chimiques sur ces insectes.
Il est temps qu’on y pense, Monsieur le Ministre. N’oubliez pas non plus tous
les autres insectes sans défenseurs.
Attendons donc de savoir si tout ceci n’est qu’un effet d’annonce ou une réalité
attachée à un financement pour sa mise en place. Là, le bât blesse.
Mais depuis le temps que l’on nous prend pour des « ânes », nous les «
cultivateurs » d’abeilles, il ne faut s’étonner de rien.
1 DGAL : Direction Générale de l’Alimentation
2 SRPV : Service Régional de la Protection des
Végétaux
Dernière minute : C’est officiel : pour 2009 l’Italie a interdit l’emploi de
semences enrobées.
Yves VEDRENNE
Editorial n°950
Rien n’y fait...
Mais ça bouge :
- Le Ministre de l’Agriculture italien a demandé au vice-président italien du
groupe miel du COPA-GOGECA l’historique des différentes décisions de suspension
des enrobages en France : mission accomplie.
- A propos de l’imidaclopride, au niveau européen, le Comité permanent ne s’est
pas prononcé, le texte final n’était pas considéré comme suffisamment clair :
nouvel examen prévu les 25 et 26 septembre. Les structures associatives et
syndicales dont le SNA avaient présenté leurs arguments.
- Pour nous les hommes, depuis le 1er septembre, un règlement européen fixe les
nouveaux plafonds autorisés pour la présence des résidus de pesticides dans les
aliments, en fait une augmentation spectaculaire des limites existantes et ce
pour 349 pesticides.
- La gestion actuelle de la présence de chrysomèle a tenu compte des abeilles en
déterminant les périodes de traitement. Les apiculteurs ont été prévenus mais
les déclarations annuelles n’étant pas obligatoires et les déclarations des
maladies peu fréquentes, les effets de la gestion restent aléatoires. Et
surtout, l’épandage conséquent de deltaméthrine par hélicoptère agit sur toute
la faune auxiliaire présente. Petite avancée à envisager : une rotation réelle
des cultures.
- Clothianidine et son environnement : les apiculteurs allemands au côté
desquels le SNA était représenté ont manifesté le 28 août tandis que s’achevait
un meeting d’Apimondia sur le thème de la mortalité des abeilles. A quand la
publication des conclusions de ces 180 scientifiques de 40 pays différents ?
- Côté OGM, les résistances aux parasites qui apparaissent devraient faire
réfléchir leurs défenseurs.
- À tous, le SNA et l’Abeille de France proposent l’autocollant tiré à des
dizaines de milliers d’exemplaires pour rappeler le rôle de l’abeille dans le
maintien et le développement de la biodiversité. Faites le connaître autour de
vous.
- Et maintenant rendez-vous au 17e congrès d’apiculture française où tous ces
sujets seront travaillés. Bonne rentrée
Lancement : 10 autocollants résistants aux intempéries, 5,00 d franco, chèque
Abeille de France.
Yves VEDRENNE
Editorial n°949
Bonus – malus
?
Depuis que le réchauffement climatique
préoccupe nos concitoyens une activité commerciale nouvelle a vu le jour dans la
grande industrie – la commercialisation du droit de polluer.
Cette notion a semblé intéressante puisque reprise pour l’automobile : ceux qui
ont l’envie et les moyens de s’offrir une grosse cylindrée achètent avec leur
voiture le droit de polluer - c’est ce que l’on appelle un malus.
Espérons que notre activité apicole reste à l’abri de ce droit de polluer,
encore que - car ce serait le début d’un monde sans abeilles. C’est d’ailleurs
le sujet d’un téléfilm qui sera prochainement diffusé sur ARTE. Un monde sans
abeilles : mythe ou réalité très prochaine…
Pour nos 700 collègues apiculteurs de la rive droite du Rhin, qui ont perdu 11
500 colonies décimées par les poussières du Poncho, ce n’était pas un mythe. La
décision des services vétérinaires « a été prompte » : incinération de tout le
matériel pollué par les poussières : cadres de pollen, de couvain, etc…
Nous avons vu des apiculteurs, les larmes
aux yeux, jeter leur patrimoine apicole dans les bennes prévues pour éliminer
les preuves de ce désastre et tout ceci dans une odeur pestilentielle. Cette
odeur flotte aussi dans de nombreux jardinets et nichoirs du fait des oiseaux et
oisillons morts par empoisonnement. Chaque dimanche la presse locale remplit une
page de témoignages de détresse…
Et malgré ces décisions drastiques, à 25 km de la zone polluée, les éleveurs se
plaignent : les élevages de reines produisent 80 % d’avortements (reines mortes
à la naissance, difformes, handicapées).
Alors bien sûr, la question est dans toutes les conversations : comment cela
est-il possible alors que de tels drames ont déjà été vécus : Régent dans le
Gers en 2003, Cruiser et Poncho en Italie en 2007 avec répétition en mars 2008 ?
Et même le syndicat des apiculteurs professionnels allemands lors d’une revue de
presse du 22 janvier 2008 qualifiait de « gigantesque détournement des
conclusions de Bienen Monitoring » l’utilisation de conclusions tronquées et
dévoyées pour emporter une AMM pour le Poncho.
Comment de tels drames restent-ils possibles ? Peut-on encore parler de
négligence ?
Malus encore pour ceux qui ont réalisé les semis. En regardant la photo des
graines de maïs Poncho qui traînent en bordure de chemin fréquenté par des
enfants, on ne peut qu’avoir la chair de poule et qualifier de criminelles de
telles négligences.
F. ANCHLING
Editorial n°948
C’est un arrêté du 11 avril 2008 paru au journal officiel le 28 qui abroge l’arrêté du 14 avril 2003 suspendant « l’introduction en France d’abeilles, de ruches, de lots de reines avec ou sans accompagnatrices et de matériel apicole, originaires de pays tiers ».
Décision surprenante lorsqu’on sait la crise apicole mondiale qui sévit et alors même que les chercheurs du monde entier mettent en évidence la présence sur tous les continents de plusieurs pathogènes de l’abeille, l’une des causes importantes des mortalités.
Avec cet arrêté, Monsieur le Directeur Général de l’Alimentation ouvre grandement les frontières. A-t-il mesuré les conséquences de cette décision, a-t-il eu connaissance d’un arrêt de la Cour Européenne de décembre 1998 qui donne tort à un état membre ayant pris une décision, certes quelque peu différente mais toujours attachée au problème des abeilles et de leur protection ?
Un arrêté aussi contestable
peut être rapporté. Nous espérons que les doléances adressées tant à Monsieur le
Ministre qu’à sa conseillère technique et à Monsieur le Directeur de la DGAL
recevront un écho favorable. Pour plus de précautions, nous avons saisi la
juridiction compétente.
Ce même courrier rappelait au Ministère de l’Agriculture notre inquiétude à
propos du dossier Cruiser, la position courageuse des autorités allemandes face
à la disparition désastreuse des abeilles en présence de clothianidine,
substance qui n’est autre que le métabolite de la matière active du Cruiser.
En page intérieure,
l’intégralité de la décision de l’office fédéral allemand pour la protection des
consommateurs vous est communiquée.
Cruiser toujours : en France un suivi nous a été officiellement annoncé dès
janvier. Nous croyons savoir que pour l’observation de ce qui peut se passer au
moment des semis, rien n’était prêt. Il n’y aurait donc pas eu encore de
surveillance effective à ce jour. Comment dans ces conditions accepter un
compte-rendu sur des observations qui n’ont pas démarré suivant le protocole
initial ?
Il est bien difficile de rester serein en pareille circonstance. Il ne faut pas
s’étonner que le débat soit porté à la fois sur la place publique et au plan
juridique. Pour nous, l’inactivation de fait de l’homologation principale en
Allemagne par application du principe de reconnaissance mutuelle prive
l’autorisation donnée en France de toute sa base légale. La suspension serait la
voie de la raison.
La loi relative aux OGM est maintenant votée. Pour l’essentiel, le courrier des
lecteurs s’en fait l’écho. De nombreuses questions concernant le rôle des
abeilles restent posées et en attendant les décrets d’application, nous sommes
dans une situation bien inquiétante.
Autre lieu, autre préoccupation avec le colloque sur le frelon asiatique
organisé par la Préfecture de la zone de défense sud-ouest. Nous y étions
invités, les mouvements sociaux nous ont privé d’une convocation, parvenue après
les délais.
Nos représentants locaux en sont ressortis avec quelques affirmations dont nous
laissons la propriété à leurs auteurs : le piégeage serait inutile sauf lorsque
les ruches subissent une forte attaque, le frelon asiatique ne présenterait
aucune agressivité particulière et il n’a été constaté aucun dégât sur les
cultures. Le désengagement de l’Etat sur le terrain semble inéluctable à brève
échéance. Quant aux chercheurs qui veulent continuer à travailler sur le sujet,
le budget sera limité dans un contexte de recherche expérimentale.
La filière apicole aura à se prononcer dans quelques jours sur un certain nombre
de dossiers à cofinancement européen. Cette question de vespa velutina sera à
l’ordre du jour, comme celle de nosema ceranae pour lequel aucun mode de
traitement connu et approprié n’est disponible.
Nous évoquerons à nouveau le financement éventuel des éternelles recherches sur
le varroa depuis vingt ans et bien d’autres sujets liés directement ou
indirectement à l’apiculture.
Nous n’oublierons pas quant à nous de renouveler notre demande pour une aide à
apporter aux ruchers-écoles et aux cercles d’élevage départementaux ou
régionaux. Cette demande reste financièrement très modeste. Pour l’essentiel, le
bénévolat est le moyen de fonctionnement, il a prouvé son efficacité dans de
nombreux domaines apicoles.
A vouloir ignorer et restreindre l’apiculture familiale par des contraintes sans
cesse ajoutées (guide des bonnes pratiques, quantité minimale pour une
production primaire), il est clair que sous le parapluie bienfaiteur de la
réglementation européenne, une minorité d’entre nous souhaite s’accaparer la
totalité des fonds et nous enfermer dans des contraintes. Le maillage apicole
assuré par vous tous, si l’on n’y prend garde, finira par disparaître sous le
poids de la législation qui s’ajoute à toutes nos vicissitudes du moment.
Y. VEDRENNE
Editorial n°947
Demain sera-t-il un autre jour
?
Dès le 2 janvier il était question d’un
suivi post homologation de Cruiser. Trois mois après, rien n’était préparé,
mieux le 10 avril, les services centraux du ministère de l’Agriculture
cherchaient encore des ruches. Curieusement une offre de participation parvenue
à la Direction Générale de l’Alimentation et à la Protection des Végétaux n’a
reçu aucune réponse. Selon nos informations, l’impact des semis sur les abeilles
serait réellement observé sur un seul site et sur quelques ruches.
Nous invitons les apiculteurs installés à proximité immédiate de maïs traité à
se montrer vigilants et à nous transmettre leurs observations. Cet automne, si
réunion il y a, nous disposerons nous aussi de nos propres informations. Si
elles ne sont pas officielles, elles auront le mérite d’exister.
D’autres états membres connaissent également de réelles difficultés.
L’Italie, début mars, enregistrait des pertes considérables : plusieurs milliers
de ruches mortes au moment du semis de maïs. Seulement 20 % des semences ne sont
pas enrobées. Pour les autres la norme « poussière » française ne s’applique pas
alors que les exportations de semences restent possibles.
En Allemagne, la vallée du Rhin subit depuis fin avril une véritable hécatombe
d’abeilles. Les symptômes sont ceux d’une intoxication mais fait curieux,
certains collègues ramassent chaque jour encore 2 à 300 abeilles mortes devant
les colonies atteintes.
Bruxelles, pour conclure, suite à la réunion du COPA-COGECA concernant les OGM :
les représentants des fédérations d’agriculteurs allemands, anglais, espagnols,
français cherchent à rallier le COPA dans l’alignement de l’industrie génétique
face aux Grecs, Italiens et Polonais. Le représentant de la Direction Générale
de l’Agriculture n’a pu répondre à la question concernant le règlement de
coexistence pour l’apiculture. L’Union Européenne a pourtant financé un
programme de simulation qui jusqu’à présent reste lettre morte. L’influence de
l’industrie sur les membres du COPA et de la Commission nous paraît
incommensurable.
Les insectes meurent en silence.
Les abeilles et leurs défenseurs pourront-ils longtemps résister ?.
Y. VEDRENNE
Editorial n°946
Passage de témoin
Depuis quelques temps déjà, résolument
depuis l’Assemblée Générale de 2007, j’avais souhaité pouvoir prendre du recul.
L’Assemblée Générale du 23 février suivie du Conseil d’Administration du 29 mars
m’ont permis de concrétiser mon souhait. Je remercie le Conseil d’Administration
d’avoir accepté de porter à la présidence et pour la première fois de son
histoire, une femme, Mme José-Anne LORTSCH. Bon courage donc pour cette
première année à notre nouvelle présidente qui depuis plusieurs mois déjà
s’imprégnait du fonctionnement des institutions européennes, de celui des
différentes administrations françaises en charge du dossier apicole. Tour à tour
en compagnie des administrateurs ou du président sortant, elle a côtoyé à la
fois les instances apicoles associatives et syndicales nationales sans oublier
les structures départementales dans lesquelles elle participait aux assemblées
générales.
Initiée par son père apiculteur en Bretagne depuis de nombreuses années,
apicultrice elle-même, elle est en phase avec les objectifs du Syndicat National
d'Apiculture mais aussi de l’Abeille de France qui soutiennent que l’apiculture
française, maillon incontournable de l’environnement, doit être considérée dans
son intégralité même si à certains moments, il lui faut faire des choix dans le
fonctionnement des différentes constituantes : professionnelles, pluri-actives,
familiales. Mais un bonheur n’arrive jamais seul et la création d’une section de
pluri-actifs et professionnels au sein du S.N.A. et toujours sous l’autorité
d’une apicultrice, me conforte dans l’idée que les présidents départementaux ont
fait le bon choix en élisant au Conseil ou en confirmant la représentation
féminine.
Remercions donc également Mme Françoise ROMANZIN, apicultrice professionnelle
qui préside désormais cette section. La parité, chère à nos hommes politiques,
est presque respectée.
Nous voici jusqu’aux prochaines élections, sur un nouveau chemin, certes parsemé
de nombreuses embûches mais qu’avec vous tous, notre nouvelle Présidente
José-Anne LORTSCH empruntera avec confiance et détermination.
Après une génération passée à la tête du S.N.A., je me sens brusquement plus
léger.
Premiers soucis, premiers combats : le dossier Cruiser est toujours d’actualité,
les démarches initiées par votre Fédération marquent le pas, léger retard
essentiellement lié aux délais administratifs. Quant au protocole qui doit
accompagner l’autorisation, le comité de suivi dont le S.N.A. fait partie,
l’étudiera le 10 avril. Les moyens humains et matériels seront-ils aussi
conséquents que les problèmes posés ?
Côté OGM, c’est le 8 avril qu’un scrutin solennel permettra de connaître le vote
de chacun des députés. A signaler tout de même l’amendement d’un député de la
majorité élu en Moselle. Le texte précise la liberté de consommer et de produire
avec ou sans OGM qui doit se faire sans que cela nuise à l’intégrité de
l’environnement et à la spécificité des cultures traditionnelles de qualité.
Nous en prenons simplement acte.
Tous nos efforts accomplis en direction des députés, comme de certains sénateurs
tendant à attirer l’attention d’une mise en cause éventuelle de la prolifération
des cultures OGM par nos abeilles, l’absence de garanties inscrites quant à la
présence d’OGM dans nos produits, n’ont fait l’objet d’une quelconque
proposition. Nos inquiétudes restent entières.
« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain
n’écoute pas » Victor Hugo.
Y. VEDRENNE
Editorial n°945
La charge de février
Comme chaque année, le Concours Général a
connu un franc et réel succès. Nous avons proposé au titre du SNA et de
l’Abeille de France un certain nombre de jurés, tous formés et la plupart du
temps recyclés, de manière à bien maîtriser les responsabilités qui nous
incombent. Le palmarès est dans nos pages intérieures mais chaque heureux
récipiendaire doit maintenant attendre l’avis officiel. Dès à présent, nous vous
engageons vivement à réfléchir à une possible participation fin 2008 si bien sûr
l’année s’y prête.
De nombreuses mortalités nous sont signalées ici et là, parfois avec la
destruction totale du cheptel. Nous avons relancé notre enquête nationale en
page intérieure : merci d’y répondre le plus rapidement et surtout le plus
complètement possible.
Le jour même de l’ouverture du Salon de l’Agriculture, le SNA tenait sa 88e
Assemblée Générale devant un parterre de responsables venus quelquefois à
plusieurs d’un même syndicat. Nous avons ainsi passé en revue le problème des
insecticides, du Cruiser en particulier, nous nous sommes attardés sur
l’activité apicole européenne avec la présence d’un haut fonctionnaire venu
spécialement de Bruxelles.
Vespa Velutina, à propos duquel vous trouverez en pages intérieures une
importante documentation fournie par l’OPIDA, a été clairement expliqué aux
apiculteurs qui le connaissent mais aussi à tous ceux qui demain le côtoieront.
Voici quelques jours, il nous était signalé dans la région de Château-Thierry.
Un prédateur de plus, comme deux autres d’ailleurs que nous n’avons pas vu
arriver, prédateurs pour lesquels nous complétons l’information avec les travaux
de notre éminent collaborateur, responsable de « la page des jeunes ».
Les élections n’ont pas apporté de grands changements dans la constitution du
Conseil d’Administration du SNA, il faut maintenant attendre fin mars afin de
connaître l’articulation du nouveau bureau.
Nous avons bien sûr évoqué la grande manifestation du 21 février concernant
l’insecticide Cruiser dont la molécule de la famille des néonicotinoïdes est
maintenant officiellement autorisée en traitement de semences.
Notre estimation varie entre 1200 et 1500 participants à cette démonstration de
force durant laquelle les responsables des syndicats nationaux ainsi que ceux
des organisations environnementales ont été reçus par le Ministre de
l’Agriculture entouré de ses collaborateurs (AFSSA et DGAL), tandis que le
Ministère de l’Environnement nous déléguait plusieurs conseillers.
Nous avons bien compris qu’au niveau de l’agriculture la décision ne serait pas
remise en cause pour le moment puisque selon nos interlocuteurs, le principe de
précaution a été scrupuleusement respecté. Simplement, l’irréalité des mesures
prises nous laisse perplexes. N’oublions pas que le thiamétoxam est un
systémique qui imprègne l’ensemble de la plante, y compris le pollen, ce que ne
conteste pas l’avis de l’AFSSA, qu’il est hautement toxique pour l’abeille, que
sa rémanence est d’environ 460 jours en conditions aérobie et enfin qu’il est
neurotoxique, c’est-à-dire qu’il est susceptible à ce titre de perturber le
comportement de l’abeille à des doses sublétales (inférieures à la dose
mortelle).
Enfin, lorsqu’on lit par ailleurs qu’il faudra surveiller les semis afin
qu’aucune graine ne soit hors du sol, qu’il faudra s’interdire des plantes à
fleurs pour les abeilles dans les deux années qui suivent, sauf à les faucher et
lorsqu’on sait la multitude de petits ruchers ici et là sur l’ensemble de la
France, on imagine mal que des mesures effectives puissent être prises et que
des fonds suffisants puissent être dégagés. Faut-il rappeler que l’AMM a été
autorisée seulement pour une année, ce qui pose question et qu’entre-temps il
sera mis en place des zones d’observation en Aquitaine, Midi-Pyrénées et
Rhône-Alpes. Il ne s’agit plus de l’application du principe de précaution mais
plutôt d’un principe d’exposition aux risques.
Devant cet état de fait et depuis le 20 février, nous avons demandé comme le
permet l’article R-253/15 du Code Rural et l’article L-521/7 du Code de
l’Environnement à ce que nous soit transmise l’intégralité du dossier
d’homologation.
Enfin, chacun d’entre nous selon la loi du 17 juillet 1978 dispose d’un droit
très large d’obtenir la communication des documents détenus par une
administration, quels que soient leur forme ou leur support.
Nous attendrons bien évidemment le délai réglementaire d’un mois pour savoir si
notre avocat obtient satisfaction. Une même demande a été faite par nos
collègues belges.
En attendant nous ne sommes pas restés les bras croisés et nous avons déposé
dans les délais réglementaires auprès du Conseil d’État un recours en annulation
de la décision prise. Le Conseil d’État dispose de quelques mois à plusieurs
années pour se prononcer. Nous avons donc décidé, si notre recours n’est pas
rejeté, d’engager immédiatement un référé en suspension. Nous voudrions ainsi,
aussi longtemps que le recours ne serait pas examiné, faire en sorte que les
semences ne puissent être traitées.
Voilà notre combat commun de février, combat pour nos abeilles, pour tous les
insectes en général, pour les oiseaux qui mangent ces insectes, combat pour le
respect de la chaîne alimentaire, la qualité de l’eau, la qualité de l’air.
Demain nous ne voulons pas retrouver ce produit également autorisé en Allemagne
sur colza, sur nos propres cultures d’oléagineux, alors même que nous avons déjà
beaucoup de difficultés à récolter sur ces crucifères.
Pour autant, la porte n’est pas fermée au dialogue.
Y. VEDRENNE
Editorial n°944
Actes et actualité
Si nous avons choisi bien souvent dans
nos colonnes de ne pas afficher nos actions en les relayant systématiquement par
le biais des médias, c’est que nous pensons faciliter ainsi le dialogue avec les
décideurs et les administrations concernées. Il est des moments malgré tout et
pour faire face à une campagne de désinformation une mise au point s’impose.
Autorisation Fipronil tout d’abord, à propos de laquelle les députés européens
français ont été systématiquement destinataires de nos réflexions en
collaboration avec nos amis belges de l’environnement et les conseils d’un
cabinet d’avocats à Bruxelles, spécialiste du droit européen. La stratégie est
arrêtée, la mise en place bien compliquée.
Dossier OGM/PGM chaque administrateur du SNA (15) et de l’Abeille de France est
intervenu auprès de tous les députés de son département avec une proposition
écrite quand il ne les a pas rencontrés pour leur présenter remarques et
suggestions.
Votre président s’est chargé de tous les secrétaires généraux des partis
politiques représentés à l’Assemblée.
Dossier CRUISER-PONCHO reçu le 3 janvier, toute la filière apicole s’est vue
notifier la décision prochaine du ministre de l’Agriculture. Seul le
représentant du SNA a osé demander si nous étions là pour faire part de nos
inquiétudes ou acquiescer. Nous connaissons tous la suite sauf que la décision
ne s’exprime pas dans un document officiel.
N’omettons pas les courriers collectifs de la filière auxquels nous avons
souscrit ainsi que ceux propres au SNA et l’Abeille de France… sans réponse à ce
jour.
Depuis quelques jours, à l’initiative de structures apicoles régionales, une
manifestation nationale est prévue le 21 février*. Face à cette précipitation,
nous avons suggéré, sans succès, une consultation des présidents départementaux
réunis le 23 février à Paris. Une mobilisation massive ainsi que son financement
se préparent. Nous n’avons pas été entendus.
Nous souhaitons que cette action réussisse, mais aussi que certain ne s’en
approprie pas l’initiative et le succès comme c’est devenu une habitude.
« À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier
l’urgence de l’essentiel » (Edgar Morin).
Y. VEDRENNE
Editorial n°943
Demain ?
La libre circulation à la surface du
globe des personnes, des capitaux, des technologies, des informations devrait
permettre le développement harmonieux des contacts humains, l’accès généralisé
au progrès des connaissances, une meilleure coopération internationale et une
grande solidarité.
Face à ce défi, les peuples ainsi que leurs dirigeants, voire certains états,
sont capables du pire comme du meilleur.
L’homme, heureusement, n’est pas dénué de moyens pour réagir.
Leur mise en œuvre nécessite seulement des hommes compétents, lucides,
courageux, capables de mobiliser contre les dérives, les méfaits chaque jour
amplifiés de la déforestation, la pollution des eaux, la détérioration des
climats…
Ces dirigeants doivent percevoir le milieu naturel comme une réserve de
ressources forcément limitées à protéger faute de quoi la « terre violée
deviendra tombeau pour l’homme ».
Et l’apiculture dans ce contexte ?
Rivée au butoir du passé où tout était relativement facile, est-elle prête pour
un « à venir » ?
Face à l’industrialisation forcenée de l’agriculture et à la pollution diffuse
générée, un grand nombre résiste encore, un petit nombre se tourne vers l’avenir
avec l’aide de l’Europe et nos jeunes retraités, de toutes origines
professionnelles, semblent s’y intéresser.
Cette addition de comportements et de compétences nécessite un maillage syndical
et associatif fort et dense.
Votre journal, le syndicat national qui l’a porté sur les fonts baptismaux,
s’efforcent de le renforcer, le soutenir et le développer.
« Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible, c’est la peur
d’échouer » (Paul Caelho).
Y. VEDRENNE
Editoriaux des numéros de l'année 2007
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