En
novembre les dernières feuilles quittent les arbres, le soleil se fait plus
rare, les nuits sont parmi les plus longues. Le refroidissement de l’atmosphère
s’accentue de jour en jour : vent, pluie, brouillard et tempêtes se succèdent,
quelques chutes de neige font leur apparition.
Nos protégées savent tout cela et se préparent dès le mois d’août à affronter
cette période particulièrement délicate, mais cette année elle est à très haut
risque.
Tout d’abord, la sécheresse extrême de cet été a privé nos colonies des récoltes
de pollen habituelles et nécessaires à une reprise de l’élevage sans problème au
printemps suivant. Lors de la visite d’automne nous avons pu constater la
faiblesse de ces réserves, incitant la reine à restreindre sa ponte et par
conséquent à réduire les surfaces de couvain.
Les quelques pluies de septembre, redonnant vie et verdure à notre environnement
ont poussé les colonies à une reprise de ponte, obligeant les porteuses d’eau,
moins nombreuses en cette saison, à visiter avec assiduité les points de
ravitaillement. J’ai trouvé autour des abreuvoirs un grand nombre de ces
vaillantes ouvrières, mortes d’avoir absorbé de l’eau trop froide, victimes de
leur empressement à satisfaire les besoins de leur progéniture. Malgré ces
constatations inquiétantes, gardons espoir, « l’esprit de la ruche » est
certainement plus clairvoyant que nous.
En novembre, au rucher, ce n’est plus l’activité des grands jours. Nos abeilles
ne font plus que de rares apparitions si quelque rayon de soleil les y invite.
Elles occupent la planche d’envol, ne s’éloignent plus beaucoup de la ruche et
très vite, semblant vouloir nous dire « à l’année prochaine » elles
disparaissent au fond de leur habitat, pour rejoindre la grappe accueillante où
tout est prévu pour survivre discrètement aux froidures de l’hiver.
La
grappe, stratégie de survie
A la différence de celle de ses cousins les bourdons et autres hyménoptères, la
société des abeilles est pérenne. L’hivernage de notre abeille mellifère est un
phénomène assez rare dans la famille des apoïdes. Elle survit à l’hiver sous
forme de colonie regroupant au centre la reine entourée de quelques milliers
d’ouvrières. Elle a su adapter sa stratégie de survie à son environnement, au
fur et à mesure de ses migrations depuis la lointaine Asie, sa terre d’origine.
C’est une des phases critiques de son cycle biologique annuel, soigneusement
préparée par la colonie.
Le processus d’hivernage se met en action très progressivement et est en phase
directe avec la course du soleil. Il commence par la diminution progressive des
surfaces de couvain ; les nourrices en surnombre, disposant de plus de
nourriture améliorent le bol alimentaire des larves qui ainsi naissent plus
lourdes. Ce sont les abeilles d’hiver, qui doivent survivre à la longue période
de claustration hivernale et relancer le développement de la colonie au
printemps suivant. Cette longévité est associée à d’importantes réserves
corporelles : glucides, lipides, protéines, etc.… L’ensemble du corps est
concerné, mais surtout ce que l’on appelle le corps gras qui se développe de
manière très importante. Ces réserves sont essentielles pour assurer dans de
bonnes conditions l’élevage du couvain à la fin de l’hiver, grâce à des glandes
pharyngiennes restées jeunes car n’ayant exercé aucune activité.
Pour un bon hivernage, notre colonie doit bénéficier d’un habitat et d’un
environnement confortable pendant tout l’hiver. Elle organise son nid de manière
à valoriser pleinement son potentiel de survie et de développement printanier.
L’emplacement de la grappe dans la ruche dépend du microclimat qui y règne :
couvain au centre, pollen et provisions à l’extérieur. En fin de saison,
l’importance des provisions et leur positionnement dans la ruche détermineront
également la place et le volume du nid à couvain Normalement la colonie forme
son nid sur des rayons vides à l’emplacement du dernier couvain éclos et à
proximité des provisions stockées. Très souvent, surtout dans les ruches à
bâtisses chaudes, les langes graissés posés sur les fonds, prouvent que la
colonie s’installe à proximité du trou de vol pour jouir d’une ventilation
maximum. La mise en place de langes graissés permet toute l’année de surveiller
l’évolution de la colonie et donne d’utiles renseignements sur les conditions de
survie de la colonie pendant la période hivernale.
Le
rôle de l'apiculteur
Il se limitera strictement à procurer une réponse adaptée aux exigences de
survie de ses colonies, mais aussi à les protéger des agressions de notre
environnement fréquemment inhospitalier. Bien entendu, il est hors de question
d’ouvrir les ruches pour les visiter. L’apiculteur inquiet et observateur pourra
se procurer à la bibliothèque du syndicat national un petit manuel d’observation
« Au trou de vol » qui retrace toutes les observations possibles et leurs
explications. C’est en effet par cette petite ouverture que bat la vie d’une
colonie. C’est par là qu’elle respire et rejette tout ce qu’elle ne supporte
pas. C’est par là qu’elle transmet son message, qu’elle fait connaître son état
de santé, ses souffrances, et aussi si elle a besoin de l’aide de l’apiculteur.
Ce manuel d’observation donne une réponse à toutes les situations et complète
utilement les observations retirées de l’étude des langes.
Nous allons passer en revue quelques précautions dictées par l’expérience, bien
connues de tous les apiculteurs mais indispensables et qu’il n’est pas inutile
de répéter.
Chassés
des champs par les travaux d’automne, beaucoup d’hôtes indésirables voudraient
profiter du gîte et du couvert, mettant à profit le manque de vigilance de nos
protégées engourdies par le froid. Il est impératif de baisser les portières à
arcades, sinon de réduire la hauteur du passage à 7 mm (8 mm permet le passage
des musaraignes).Cette bestiole est dangereuse, elle creuse des galeries dans
les cadres lui permettant de prélever sur l’extrémité de la grappe des
abeilles engourdies par le froid.
Les
mésanges recherchent en priorité les abeilles mortes, mais en l’absence de
cadavres, elles appellent les vivantes en frappant sur la planche d’envol.
Certains conseillent de les nourrir loin du rucher, c’est inutile car cet
oiseau est insectivore et même bien nourri courra au rucher chercher son
dessert. En cas de problème la seule solution est la pose d’un filet de
protection tout autour des ruches.
Si
cela n’a pas été fait en octobre, n’oubliez pas de retirer les lanières encore
en place. Le mois prochain, il sera temps de contrôler l’efficacité du
traitement. N’oubliez pas non plus de surveiller les cadres remisés, il serait
dommage que la fausse teigne s’y installe.
Directive
miel
Cette
directive 2001/110 /CE du Conseil européen a été transcrite en droit français et
le décret d’application n° 2003-587 du 30 juin 2003 a été publié au journal
officiel. (Voir l’Abeille de France n° 894 de juillet août 2003).
Ce décret stipule : art.1 « Il est interdit de détenir en vue de la vente ou de
la distribution à titre gratuit, de mettre en vente, de vendre ou de distribuer
à titre gratuit les produits mentionnés à l’annexe 1 qui ne répondent pas aux
dispositions du présent décret ». Art. 2- IV : « Le pays ou les pays d’origine
où le miel a été récolté sont indiqués sur l’étiquette ».
Cela signifie que sur vos étiquettes, doit obligatoirement figurer : Origine
France ou miel de France ou toute autre appellation indiquant l’origine du miel
que vous commercialisez, y compris celui que vous pourriez distribuer à titre
gratuit. Ce n’est pas une contrainte supplémentaire, c’est enfin la possibilité
réclamée depuis très longtemps de valoriser le bon et vrai miel de l’apiculteur
français, en opposition aux mélanges de toutes sortes qui maintenant doivent
déclarer leur origine.
Le consommateur, dont la méfiance à l’égard des aliments s’est considérablement
renforcée à l’occasion des crises de ces dernières années, a besoin d’être
rassuré. Il souhaite avoir davantage d’informations sur ce qu’il achète, avoir
la garantie de l’origine des produits qu’il va consommer et la certitude que les
composants de son achat ne dissimulent rien d’inavouable. La directive miel
précitée va tout à fait dans cette direction.
Corrélativement, la protection de la santé humaine constitue depuis longtemps
une préoccupation majeure de tous les responsables de la filière alimentaire.
C’est pourquoi dès 1993 la Communauté européenne, par la directive du Conseil
93/43/CE relative à l’hygiène des denrées alimentaires, a encouragé
l’élaboration de Guides des Bonnes Pratiques d’Hygiène auquel les entreprises du
secteur alimentaire pourront se référer.
Les apiculteurs sont entièrement et également pénalement responsables de la
sécurité des aliments qu’ils commercialisent. Il leur appartient donc de veiller
à ce que le processus de production et de commercialisation réponde aux règles
édictées. La Directive 93/43 n’impose aucun moyen à mettre en œuvre pour le
respect des règles d’Hygiène. Elle n’impose que des résultats à atteindre.
Les apiculteurs ne sont pas explicitement visés par la directive 93/43 car ce ne
sont pas toujours des entreprises du secteur alimentaire. Néanmoins ils sont
concernés car ils préparent et commercialisent des denrées alimentaires. Ils le
seront très prochainement bien plus formellement, dans le cadre du nouveau texte
réglementaire en préparation au niveau européen. De plus les mortalités
d’abeilles inquiètent le consommateur et l’apiculteur a intérêt à prouver la
parfaite hygiène de sa production. L’apiculteur sera donc appelé à faire
référence à un guide de Bonnes Pratiques Apicoles.
Le Codex Alimentarius, est un organisme qui définit des principes
d’hygiène pour les denrées alimentaires au niveau international. Cet organisme
préconise l’établissement de procédures de sécurité se fondant sur les principes
de l’HACCP (abréviations d’un mot anglais qui signifie l’analyse des risques et
des points critiques en vue de leur maîtrise). Ces principes d’hygiène
prescrivent un découpage séquentiel de l’ensemble de l’activité (de la ruche au
pot) afin de rechercher et définir les différents stades critiques à maîtriser
pour garantir la sécurité alimentaire du produit mis sur le marché. Si le
principe de l’HACCP ne concerne pas directement les apiculteurs, le guide de
Bonnes Pratiques Apicoles devra s’en inspirer fortement.
Dans la législation française, le décret du 21 juillet 1971 définit le miel
comme étant une denrée alimentaire d’origine animale. D’autre part, il précise
que le miel doit satisfaire à des normes sanitaires fixées par arrêtés du
ministère de l’Agriculture, dont les services vétérinaires sont habilités à
vérifier le respect à tous les stades de l’élaboration et de la
commercialisation du produit. Cette habilitation englobe le contrôle des
mielleries dont l’existence doit être déclarée. Les arrêtés du 9 mai 1995 et du
28 mai 1997 donnent des précisions concernant l’hygiène des aliments vendus
respectivement en vente directe (à la ferme ou sur les marchés) ou en vente
indirecte (à un intermédiaire).
Quels sont les risques pour le miel ?
Le
miel est heureusement un aliment très stable par rapport à la majorité des
produits alimentaires mis sur le marché. Bien que des décès dus au Botulisme
aient été signalés, les risques d’intoxication dus au miel sont très faibles.
Par contre, l’image de ce produit naturel un peu mythique sera dénaturée si par
malheur on y retrouvait des impuretés, des fermentations ou des traces de
produits non autorisés. La colonie et la ruche contiennent des germes
ubiquitaires de l’atmosphère et du sol qui ne sont pas pathogènes pour l’homme.
De plus les abeilles sont de bonnes nettoyeuses et en conditions normales elles
réalisent une bonne élimination des germes et parasites.
Les risques de dénaturation du miel sont :
Quelle incidence pour les mielleries ?
En fin de saison, les mielleries sont rangées, nettoyées, remises à neuf…c’est
peut-être le moment de réfléchir aux différents risques possibles et aux
améliorations à entreprendre. Les quelques réflexions qui suivent ne sont
qu’exhaustives et devront être adaptées par chaque apiculteur à son exploitation
personnelle en fonction de ses moyens et de sa propre perception des éventuels
problèmes évoqués.
Au
niveau des locaux
Si les professionnels travaillent dans un ou plusieurs locaux spécifiques en
service toute l’année, les petits producteurs y affecteront temporairement une
pièce de leur habitation. Néanmoins certaines règles les concernent tous deux.
Tout d’abord la sécurité et l’économie des mouvements. Le processus de travail
doit être conduit avec une dépense d’énergie minimale. Les postes de travail
doivent avoir une place bien définie : les outils, les appareils doivent être
placés aussi près que possible de leur point d’utilisation et être disposés pour
faciliter une bonne suite dans les mouvements. On évitera autant que possible
les marches et dénivellations.
Ensuite l’ambiance du travail : le local sera clair, bien éclairé, bien ventilé
avec possibilité de chauffage et de déshumidification, arrivée d’eau froide et
chaude, évacuation à l’extérieur. Pour éviter :
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des locaux propres et bien entretenus, lavables en toutes parties ; |
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des sols lisses et résistants permettant un lavage efficace (cire et propolis collent) ; |
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une bonne ventilation pour avoir une atmosphère de travail sèche ; |
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un chauffage pour permettre une désoperculation et une extraction facile ; |
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un déshumidificateur pour abaisser en dessous de 60 % l’humidité du local ; |
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ouvertures étanches aux abeilles ; |
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accès interdit aux animaux domestiques ; |
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interdiction de déposer dans ce local tout produit chimique volatil ou odorant ; |
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interdiction de fumer et de toute fumée : gaz de chauffage ou de véhicule ; |
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nettoyage soigneux des locaux avant utilisation et évacuation de toute source de poussière. |
Au
niveau des appareils et matériels de miellerie
Comme
pour la dimension des locaux, l’équipement dépend de la taille de
l’exploitation, mais dans tous les cas l’utilisation du matériel doit se
réaliser dans de bonnes conditions de travail : un bon éclairage, à bonne
hauteur, en limitant les transports de charges. Pour éviter :
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maintenir tout le matériel en parfait état de propreté, lavé et séché , il doit être nettoyé de suite après chaque utilisation (culture des levures) ; |
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avoir du matériel facilement démontable pour un nettoyage en profondeur ; |
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n’utiliser que du matériel de qualité alimentaire (inoxydable ou PVC) ; |
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les produits de nettoyage et désinfection doivent être homologués pour une utilisation alimentaire (ils sont bien souvent moins chers que les produits ménagers) ; |
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l’eau doit être potable. Il est appréciable d’avoir de l’eau chaude ; |
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pour la lubrification des éléments tournants, n’utiliser que de l’huile alimentaire ; |
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avant utilisation, vérifier l’état du matériel pour éviter tout débris ou poussières ; |
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après filtration toujours couvrir le miel, si nécessaire procéder à une 2e filtration. |
Au
niveau du personnel
L’hygiène du personnel est très importante ; C’est lui qui représente la source
de germes pathogènes la plus importante. Pour éviter :
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travail interdit aux personnes souffrant d’une affection cutanée, intestinale ou respiratoire ; |
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porter des vêtements propres, adaptés au travail et facilement nettoyables. (dans un cahier des charges d’une certification de conformité, il est prescrit des survêtements jetables : coiffe, blouse très légère portée à même la peau, sur-chaussures pour 1 € 50 la saison) ; |
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disposer de possibilités de lavage et séchage hygiénique des mains (papier en rouleau) ; |
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avoir les mains propres ou porter des gants ; |
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pour ne perdre ni objet personnel, ni cheveux, porter une tenue jetable avec coiffe. |
Il
y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais l’essentiel est de prendre
conscience de quelques éléments, qui un jour feront partie d’un guide des bonnes
pratiques apicoles, déjà amorcées avec le registre d’élevage. La saison
hivernale est favorable à ce genre de réflexions et leur mise en pratique
progressive.
A tous, bonne fin d’année et à l’année prochaine.
F. Anchling
avec l'aimable autorisation de la revue
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