La vision chez l'abeille - un sens très complexe
par F. Anchling
avec l'aimable autorisation de la revue Abeille de France
Lorsque l'apiculteur regarde la tête de ses abeilles et qu'il voit ses deux grands yeux composés immobiles disposés de chaque côté de la tête et en plus les trois ocelles implantées sur le front ou vertex, il se pose immanquablement la question : avec ces deux grands yeux, mes abeilles peuvent-elles voir la même chose que moi, ou les voient-elles autrement ? et pourquoi encore des yeux sur la tête ?
La nature faisant bien les choses, pour quelles raisons et dans quelles situations la vision par l'abeille de son environnement, est-elle plus avantageuse ou désavantageuse. Aucun animal ne voit la même chose disent les scientifiques ;il existe autant de forme de vision qu'il existe de types d'yeux et d'espèces : plus d'un million. Si toutes les sortes d'yeux sont dans la nature, c'est parce que la vision de chaque espèce est adaptée à son mode de vie. Il faut des yeux pour fuir, pour tuer, pour se déplacer ou encore pour séduire. Plus un animal a des rapports riches avec son environnement, plus ses organes des sens sont complexes et c'est particulièrement vrai pour la vision, et la vision chez l'abeille.
Oeil de l'abeille : C cornée, Cr
cristallin, BR bâtonnet rétinien, NO nerf optique.
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A partir des caractéristiques physiologiques d'un organisme, de son mode de vie et de son espace vital, on peut risquer certaines déductions : quels facteurs importants pourraient influencer sa vie et sa survie. Mais ceux-ci ne correspondent pas impérativement à la réalité. C'est une stratégie heureuse de la nature, le développement d'un mode de vie qui comporte une grande variabilité de caractères : variations génétiques ou mutations à partir desquelles il y a des spécialisations qui leur permettent de s'adapter parfaitement à leur environnement. |
La vision des couleurs.
De même la vision des couleurs ne s'est pas développée uniformément. Il existe de grandes différences dans les longueurs d'ondes du spectre de la lumière vue par l'homme ou l'abeille, mais aussi chez d'autres animaux. Chats et chiens ne distinguent pas le rouge du vert et ne voient le monde qu'en mat. Alors que les oiseaux, les poissons et les reptiles distinguent 4 couleurs dont les ultraviolets et la lumière moralisée, cette capacité disparut il y a 65 millions d'années chez les mammifères nocturnes.
On a découvert que les singes d'Afrique et d'Asie qui avaient perdus la vision trichromatique, la retrouvèrent il y a 50 millions d'années car le gène des bâtonnets rétiniens à la suite d'une concentration suivie d'une mutation leur permit de distinguer à nouveau le rouge du vert. On explique cette mutation par le fait qu'ils ont besoin de reconnaître plus rapidement les jeunes feuilles rouges tendres qui sont plus nourrissantes et plus digestives.
L'homme possède trois sortes de cellules réceptrices de la couleur, d'une grande sensibilité dans différentes zones du spectre de la lumière. De même l'abeille a une vision trichromatique (3 couleurs).Chaque ommatidie contient neuf cellules réceptrices : quatre sont sensibles au vert, deux au bleu et deux à l'ultraviolet que l'homme ne perçoit pas. Par contre l'abeille n'est pas sensible au rouge. Ces huit cellules fournissent à l'abeille une image colorée de son environnement dont le rouge est absent, mais sensible à l'ultraviolet. La 9e cellule est sensible à la lumière polarisée mais ne participe pas à la reconnaissance des formes.
C'est aussi Karl von Fritsch qui démontra la vision des couleurs par l'abeille à la suite de très nombreuses expériences conduites pendant plusieurs années.
La sensibilité aux ultraviolets fut pour lui une incroyable découverte. En effet, les fleurs qui nous paraissent uniformément colorées sont bien différentes vues par l'abeille. Les ultraviolets font apparaître des lignes qui convergent des pétales vers le cœur de la fleur la où se trouve le nectar. Il y a quelques temps, à Berlin, on a mis au point une nouvelle méthode de mesure du spectre floral qui permet des reproductions à l'aide de couleurs fausses.(bleu pour ultraviolet, vert pour bleu, rouge pour vert). Les excitations relatives des cellules rétiniennes sont ainsi reproduites en prenant en compte les capacités de résolution de l'œil de l'abeille pour chaque point de l'image. De cette façon on a une description adéquate et une analyse du signal de la plante et aussi la traduction de l'interaction entre la fleur comme émetteur de signal et l'abeille comme récepteur de signal. Par exemple une orchidée qui nous paraît uniformément rougeâtre est en réalité colorée avec une multitude de nuance qui sont saisis par les cellules rétiniennes.
La partie haute est captée par les cellules du vert, la partie basse par les cellules du bleu et de l'ultraviolet. Ainsi on peut comprendre comment l'abeille décrypte une fleur.
Quelle est l'utilité des ocelles ?
On trouve des ocelles chez de très nombreux invertébrés comme les vers, les escargots, les crabes et les insectes dont les abeilles. Elles sont organisées en triangle. Chaque ocelle contient une couche de cellules photo sensibles, qui peuvent donner des impulsions transmises aux fibres nerveuses et dans le cas de l'abeille une lentille concentre la lumière sur cette couche de cellules.
Les ocelles distinguent la lumière et l'obscur et rendent ainsi, l'animal capable de situer l'emplacement et le mouvement d'un objet. Elles ne donnent aucune image, mais permettent à l'insecte volant de stabiliser sa ligne de vol par rapport à l'horizon. On peut dire que le corps en vol est bien stabilisé, quand les deux ocelles supérieures sont bien éclairées et que l'ocelle inférieure qui est dirigée sur l'horizon absorbe moins de lumière. Dans la ruche, les ocelles permettent à l'abeille à s'orienter vers la sortie.
Quelques exemples de ce que l'on peut attendre des yeux.
Les oiseaux possèdent de loin les meilleurs yeux. Ils profitent de deux centres pour l'acuité de la vue, dans lesquels, non seulement la concentration des bâtonnets rétiniens est très élevée, mais aussi la transmission des informations est spontanée. Dans cette zone de fibres nerveuses chaque cellule sensorielle est reliée à sa propre cellule nerveuse qui transmet les informations, pendant que dans les zones du pourtour de nombreuses cellules sensorielles sont reliées ensemble à une seule fibre nerveuse. De plus dans ce centre d'acuité visuelle on ne trouve aucun vaisseau sanguin absorbant une partie de la luminosité comme dans les autres zones de fibres nerveuses.
Avec ces deux centres les oiseaux en vol peuvent fixer une proie et en même temps naviguer sans problème. De plus leur capacité à détecter le plan de vibrations de la lumière polarisée les guide. Dans leur recherche de proies comme les souris ces oiseaux sont aussi aidés par les ultraviolets; en effet l'urine des souris émet de très fortes radiations en ultraviolet.
Les oiseaux sont avant tout des yeux. Leurs yeux occupent la plus grande partie de la tête et peuvent ainsi absorbés beaucoup de lumière. Chez le hibou le poids des yeux équivaut au 1/3 du poids du cerveau. ( chez l'homme seulement 1%). Le hibou est ainsi capable de
distinguer une allumette allumée à deux kilomètres de distance.
Le fait que nous autres hommes, mais aussi nos animaux de compagnie n'ayons pas une vue aussi perçante ne constitue pas un handicap dans la grande compétition de la nature ; nous avons d'autres sens comme l'ouïe, l'odorat, le toucher qui rétablissent l'équilibre.
F. Anchling
Bibliographie :
IMKER FREUND - Juillet et Août 2002
Vie et Mœurs des Abeilles - Karl von Frisch
Les Abeilles - J. GOULD et C. GOULD
avec l'aimable autorisation de la revue Abeille de France
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