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Un apiculteur sur
le toit du monde par Monique Coulie-Van Halewyn |
En ce mois de mai 2003, plusieurs expéditions d’alpinistes, venus des quatre coins de la planète, s’apprêtent à l’ascension du plus haut sommet du monde, l’Everest, afin d’y arriver le 29 mai 2003, c’est –à-dire exactement cinquante ans après la première conquête de cette fabuleuse montagne. C’est pour nous l’occasion de rappeler que cette première conquête fut réalisée en mai 1953 par le néo-zélandais Edmund Hillary et le sherpa Norgay Tenzing et que de surcroît Hillary était apiculteur.

La conquête de
l’Everest, ultime défi
Situé à la frontière entre le Népal et le Tibet, le Mont Everest avec ses 8.848
mètres, près de deux fois la hauteur du Mont Blanc , doit son nom au général
britannique, Georges Everest ( 1790-1866), qui le fit mesurer par la Mission
Cartographique en Inde. Le Népal, comme l’Inde, faisait à l’époque partie de l’
empire des Indes (1858-1947), possessions rattachées à la Couronne britannique.
En 1998, un récepteur GPS fut installé au sommet, ce qui permit d’établir
l’altitude réelle de l’Everest :8 850 mètres, soit 2 mètres de plus que la
hauteur admise depuis Georges Everest.
Tentative de Mallory et Irvine, 29
ans avant Hillary et Tensing
La conquête de
l’Everest avait déjà été tentée à plusieurs reprises. Lors d’une précédente
expédition britannique qui arriva prés du but en 1924, Georges Leigh Mallory et
Andrew Irvine partirent vers le sommet mais hélas n’en revinrent plus. Ainsi
l’on ne sut jamais s’ils avaient atteint ou non le sommet avant de disparaître.
La montagne, appelée par les Tibétains Chomolungma ou la déesse-mère du monde,
garda en son sein le mystère de ces deux hommes jusqu’en mai 1999 lorsque le
corps de Mallory fut retrouvé, à 8 100 mètres d’altitude, par une équipe
britannique, la Mallory& Irving Research Expedition, à la recherche précisément
de ces deux alpinistes. Dans une gangue de glace, Mallory gisait sur le ventre,
la jambe droite brisée, les bras tendus vers l’avant et les mains enfoncées dans
la caillasse gelée. Un fragment du col de la chemise portait l’étiquette avec le
nom de Mallory, ce qui permit son identification. L’on retrouva ses lunettes, un
altimètre, un mouchoir à ses initiales, un couteau et une lettre de sa femme
mais pas son Kodak de poche qui aurait pu prouver qu’ils avaient atteint le
sommet.
Détail touchant, la petite fille de Mallory, Clare, qui avait 8ans lorsque son
père disparut, en avait 83 lorsque son corps fut retrouvé. Elle reçut les objets
trouvés mais se souvenait que dans son enfance on lui avait dit qu’il avait sur
lui une photo de sa mère pour la laisser au sommet . L’absence de cette photo
signifie-t-elle la réussite de la conquête du sommet ? Le mystère demeure.
Qui est donc Edmund Hillary ?
En 1999, Hillary fit paraître un livre relatant sa vie et sa carrière
d’alpiniste qui le mena au sommet du toit du monde. Né en 1919, en
Nouvelle-Zélande, de parents d’origine irlandaise et anglaise, Edmund Hillary
partage la vie familiale à la campagne, dans les environs d’Auckland, avec sa
sœur June et son frère Rex. Son père, apiculteur à temps plein, sait utiliser la
main d’ œuvre familiale. Dès leur adolescence, tous les week-ends et durant les
vacances scolaires et les longues soirées d’été ; Edmund et son frère s’occupent
des 1600 ruches de l’exploitation paternelle. Ils portent des caisses de 36
kilos de miel destiné à l’extraction ; des cageots de 54 kilos contenant deux
bidons de miel de 18 litres chacun.
A ce rythme , à l’âge de seize ans, Edmund, grand et fort, est bâti comme un
athlète. A la déclaration de la guerre en 1939, il s’engage, contre l’avis de
ses parents, dans l’armée de l’air. Durant ses permissions, il fait de
l’alpinisme dans les belles montagnes de son pays natal où l’ascension du Mont
Cook (3.764 m) est un must pour les membres du Club Alpin. Sa passion pour la
montagne ne le quittera plus.
Après la démobilisation, Edmund et son frère Rex travaillent sur l’exploitation
familiale qui compte trente-cinq ruchers répartis sur les terres fertiles de
fermes laitières dans un rayon de soixante-cinq kilomètres. C’est dire que nous
étions toujours en plein air et en vadrouille, écrira Hillary.
Un apiculteur qui a pris de la
hauteur
Dans son
livre, Hillary relate les étapes qui finalement l’ont mené à l’ assaut de
montagnes, toujours plus hautes. En 1951, c’est le premier 6000 mètres, dans
l’Himalaya, avec l’aide de quatre porteurs sherpas, parmi lesquels Tenzing, le
sherpa qui atteignit plus tard l’Everest avec Hillary.
Et le 29 mai 1953, à 11 heures 30 du matin, l’Everest avec ses 8.850 mètres
était vaincu. Par un apiculteur et un sherpa.
La reine Elisabeth II d’Angleterre , qui venait de fêter son couronnement, fêta
à son tour ce membre de l’expédition britannique en le décorant du titre de
chevalier de l’Empire britannique. La vie de Sir Edmund Hillary allait changer.
La célébrité et d’autres aventures l’envoyèrent de par le monde et il dut un
jour dire au revoir à ses abeilles.
Aujourd’hui, cinquante ans ont passé. En Nouvelle-Zélande, Hillary vient d’être
fêté en héros national à l’occasion des célébrations du cinquantième
anniversaire de son exploit. « Je suis un Néo-Zélandais très ordinaire, a-t-il
dit, pas spécialement brillant, mais déterminé et pratique dans ce que
j’entreprends. » Notre alpiniste a le triomphe modeste. Sans doute pense-t-il
aussi à tous ceux qui l’ont déjà quitté, tel son fidèle ami , le sherpa Norgay
Tenzing, né en 1914, décédé en 1986.
Edmund Hillary s’était pris d’amitié pour les Sherpas et voulut améliorer leurs
conditions d’existence . Il créa une fondation, l’Himalayan Trust , et parcourut
le monde afin de recueillir des fonds qui permirent de créer des écoles, des
hôpitaux, restaurer des monastères bouddhistes, reboiser les forêts détruites
par l’utilisation du bois de chauffage ou ayant servi à construire des petits
hôtels suite à l’essor du tourisme. Et aujourd’hui, plus que l’ascension de ces
montagnes, Edmund dit que ce qui lui tient vraiment à cœur , c’est ce qu’il a pu
faire et fait encore pour ses amis sherpas dans l’Himalaya.
Souvenons-nous que la première conquête du plus haut sommet du monde nous la
devons à un apiculteur, Edmund Hillary.
Monique Coulie-Van Halewyn
Bibliographie
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Sir Edmund Hillary « Un regard depuis le sommet . » Editions Le Glénat. Juin 1999 |
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Revue National Geographic, Mai 2003 |
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Charlie Buffet « Les passagers de l’Everest ». Lé Monde du 27 mai au 1 er Juin 2003 |
