Evaluation du Fipronil comparativement à l'Imidaclopride
La Coordination des Apiculteurs de France, le 22 octobre 2002.
Le constat général de l’affaiblissement de la colonie d’abeilles sur la
miellée de tournesol, a suscité depuis 1995, de nombreux travaux scientifiques
et a nourri autant de débats.
L’hypothèse d’une intoxication par l’Imidaclopride (Bayer) - matière active du
Gaucho, traitant la semence de tournesol notamment - s’est affirmée au fil de
ces dernières années, comme la seule et suffisante explication de cet
affaiblissement. Incidence du climat, introduction de souches d’abeilles
allochtones, pathologie apicole, sécrétion par le tournesol de terpènes
toxiques, ... tous facteurs ayant pourtant déjà fait l’objet d’évaluations
antérieures diverses, s’érigent comme autant de combats d’arrière-garde qui
retardent le verdict inéluctable : même pour des concentrations d’Imidaclopride
aussi minimes que celles de l’ordre du 0,1 ppb. rencontrées dans le pollen ou le
nectar de plantes non-traitées Gaucho mais contaminées par des résidus de
traitement antécédent - l’Imidaclopride résiduel -, l’abeille est fortement
menacée dans sa survie. Elle l’est a fortiori, après consommation ou au contact
de pollen / nectar issu de plantes traitées Gaucho.
En dépit des affirmations péremptoires de son fabricant qui répétait à longueur
de messages divers que " l’Imidaclopride est écologique", cette expertise aura
aussi permis de prendre toute la mesure de son comportement dans l’environnement
: l’Imidaclopride se révèle être si mobile et persistant dans les différents
compartiments de l’environnement et si insidieusement toxique pour des
organismes non-cibles, que la gestion du risque environnemental associé à
l’Imidaclopride, en deviendrait aussi hasardeuse que celle lié aux POP’s ( les
Polluants Organiques Persistants, actuellement au nombre de douze, tels les
dioxines, furanes, PCB’s, DDT, parmi la « dirty dozen »).
Sachant ces contraintes écotoxicologiques, ni la résistance de certains
organismes nuisibles à certains insecticides plus anciens, ni le confort lié à
l’usage de ce produit, ne pourraient encore excuser un recours aussi massif à
l’Imidaclopride, premier représentant de la génération des néo-nicotinoïdes.
Certains ont plaidé l’innocence du Gaucho, en arguant que la suspension de
Gaucho sur semences de tournesol depuis 1999, n’avait pas pour autant permis à
l’apiculture de plaine de se ressaisir. C’était trop vite oublier l’incidence du
maïs traité Gaucho, dont les zones de culture ainsi que l’époque de floraison se
confondent avec celles du tournesol : il est vrai que l’intérêt apicole de la
plante de maïs était généralement méconnu du grand public.
C’est d’ailleurs le sens de l’arrêt du Conseil d’Etat, daté du 10 octobre 2002 :
lorsque des mesures restrictives sont prises à l’encontre du Gaucho sur
tournesol, il ne peut être soutenu d’en dispenser l’application Gaucho sur maïs
! Le maïs est d’autant plus butiné par l’abeille, que la demande en pollen est
importante comme dans le cas d’un redéploiement du nid de couvain en vue de
combler des fontes de population à la suite de l’intoxication sur tournesol :
celle-ci peut alors être due à l’Imidaclopride résiduel s’exprimant à des
niveaux de quelques dixièmes de ppb. dans le pollen et le nectar de la plante de
tournesol non-traitée. En fait : afin d’effacer les effets d’une intoxication
primaire sur tournesol, la colonie s’intoxique plus encore en butinant ou en
consommant du pollen de maïs traité Gaucho, contaminé à hauteur de 3 à 4 ppb.
Dès l’été 1998, les observations et les analyses du terrain avaient obligé les
apiculteurs à envisager une autre source d’intoxication primaire sur le
tournesol, à savoir le Fipronil et ses produits de dégradation suite au
traitement Régent de la semence de tournesol. Pendant trop longtemps, son
fabricant Aventis Crop Science avait défendu mordicus que le Fipronil n’étant
pas systémique, il ne pouvait donc contaminer pollen et nectar de tournesol.
Comme Bayer qui se ridiculisa par des études apidologiques qui n’avaient de
scientifique que le couvert qu’il leur prétendait, Aventis ne s’est pas non plus
embarrassé d’un minimum de rigueur scientifique requis, lorsqu’il s’est agi de
défendre leur molécule face à la première interrogation venue de la part des
apiculteurs : en outre, son « Département Ethique, Environnement et
Homologations » a surtout pris des initiatives qui ne pouvaient que galvauder
l’esprit dans lequel, à croire
son titre grandiloquent, il était supposé fonctionner.
A défaut de réponses adéquates à nos questions précises sur le Fipronil, nous
avons été contraints de faire nos propres recherches afin de mieux cerner cette
molécule. Dans le contexte actuel, il était intéressant de comparer le Fipronil
et l’Imidaclopride sous les différents aspects retenus.
1. La neurotoxicité des 2 molécules
Si l’activité insecticide de la grande majorité des insecticides de synthèse
est obtenue à partir de leur neurotoxicité, l’Imidaclopride et le Fipronil se
distinguent des autres insecticides neurotoxiques dans la mesure où leurs cibles
neurologiques respectives sont très particulières. D’où l’intérêt de ces deux
matières actives dans la lutte contre des nuisibles devenus résistants à
certaines molécules des familles des organophosphorés, carbamates,
pyréthrinoïdes de synthèse.
L’Imidaclopride : prend la place de l’acétylcholine dans le récepteur
post-synaptique ( = récepteur cholinergique nicotinique ) de l’insecte avec une
affinité / force de fixation, beaucoup plus élevée que chez les mammifères,
selon Methfessel (1992 ) ( expliquant ainsi une relativement moindre toxicité
vis à vis des mammifères : DL50 / rat = 440 mg / kg de poids cobaye ).
La fixation de l’ Imidaclopride sur le récepteur nicotinique se solde par une
hyperactivation neuronale et in fine par la mort par tétanie de l’insecte.
Spectre d’efficacité (ACTA, index phyto 2002) : insectes piqueurs-suceurs
(pucerons, cicadelles...), Coléoptères, quelques Diptères et Lépidoptères / par
contact et par ingestion.
Le Fipronil : bloque les canaux chlorés régulés par le GABA ( = acide
gamma-aminobutyrique ) : en interférant avec le flux d’ ions de chlore, le
Fipronil parvient à supprimer l’inhibition normale, résultant ainsi en une
excitation neuronale excessive, ce qui conduit in fine à la paralysie et la mort
de l’insecte ( des organochlorés, tels l’alpha-endosulfan et le lindane -
désormais prohibé en France -, constituaient la 1ère génération d’insecticides
ayant pareille action neurologique. Une moindre affinité pour les récepteurs
GABA des mammifères, confèrerait au Fipronil une toxicité sélective de l’insecte
( Hainzl et al., 1998 ) ( DL50 / rat = 100 mg / kg de poids cobaye ). Spectre
d’efficacité (ACTA, index phyto 2002) : Coléoptères (taupin), Diptères (mouche
grise, mouche de semis), Thysanoptères (thrips), Orthoptères (criquet),
Dictyoptères (blatte), Hyménoptères (fourmis) / par contact et par ingestion.
Les auteurs nord-américains annoncent un spectre qui s’étendrait aux insectes
piqueurs-suceurs et aux insectes broyeurs, et tous s’accordent sur son pouvoir
termiticide.
EVALUATION COMPLEMENTAIRE : les cibles neurologiques - certes différentes - de
l’Imidaclopride et du Fipronil sont très spécifiques et originales par rapport à
celles des autres insecticides neurotoxiques.
On peut dire que ces deux matières actives sont peu sélectives d’un ordre de la
classe des insectes, et touchent les insectes nuisibles aussi bien que les
insectes utiles !
La symptomatologie de l’intoxication aiguë de l’insecte est nécessairement
inédite et peut dépendre de l’espèce.
2. La dose sans effet adverse la plus basse
NOAEL et la Dose Journalière Admissible DJA pour l’homme, étant entendu que la
DJA = la NOAEL divisée par facteur de sécurité 100
L’Imidaclopride : NOAEL = 5,7 mg / kg / jour ( dans le test de toxicité
chronique sur rat mâle) et donc une DJA de 0,0570 mg / kg p.c./ jour.
( N.B. : LMR graines de grandes cultures = 0,1 mg / kg de graines )
Le Fipronil : NOAEL = 0,02 mg / kg / jour ( idem : étude chronique chez le rat )
et donc une DJA de 0,0002 mg / kg p.c./ jour.
( N.B. : LMR graines de grandes cultures = 0,01 mg / kg de graines )
La DJA de l’Imidaclopride est d’un facteur 285 plus grande que celle du
Fipronil, rendant ainsi le Fipronil plus dangereux que l’Imidaclopride en
matière de toxicité animale/ humaine. Il faut noter que les LMR ne diffèrent
pourtant que d’un facteur 10.
EVALUATION COMPLEMENTAIRE : dans le cadre du dossier toxicologique du Fipronil,
Aventis a concédé un pouvoir tumorigène sur la thyroïde du rat (non-extrapolable
à l’homme, selon Aventis, ce que certains auteurs contestent !)
3. La métabolisation des deux matières
actives
Que ce soit dans la plante, l’animal, le sol et l’eau, la métabolisation est
très compliquée et peut donner lieu à des produits de dégradation plus toxiques
que ne le sont les molécules-parentales : ceci vaut pour certains oiseaux,
poissons et autres vertébrés comme pour certains insectes cibles ou non-cibles.
Ainsi, en toxicité aiguë, le dérivé oléfinique de l’Imidaclopride est 2 fois
plus toxique pour l’abeille que son produit parental. Le produit de photolyse MB
46513 du Fipronil est 10 fois plus toxique pour des mammifères que son produit
parental. Les effets toxiques létaux des métabolites sont généralement peu ou
pas étudiés par le fabricant. Des travaux du département Apidologie de l’INRA
s’agissant d’une exposition subchronique de l’abeille à six métabolites
pertinents de l’Imidaclopride, démontrent que ces molécules provoquent une
surmortalité d’autour de 50% pour les abeilles qui se sont alimentées pendant 10
jours, à partir d’un sirop contaminé à 0,1 ppb de toxique.
CONCLUSION : les métabolites retenus pour l’Imidaclopride - au nombre de six -
et pour le Fipronil - au nombre d’une quinzaine - n’ont que très rarement fait
l’objet d’études de toxicité. Pourtant, certains de ces métabolites sont
potentiellement plus toxiques que la molécule parentale.
4. Les propriétés systémiques / la
persistance dans les végétaux
L’Imidaclopride : est reconnu comme parfaitement systémique, au point d’assurer
à la plante issue d’une semence traitée Gaucho, une protection efficace vis à
vis des ravageurs aériens ( voie xylémique pour semence traitée, ou encore :
dispersion de manière acropète, selon Bayer ).
Le Fipronil : son fabricant Aventis non seulement ne revendiquait jusqu’ici pas
la reconnaissance de sa systémie, mais également faisait tout pour soutenir sa
non-systémie. Pourtant, de nombreux auteurs attestent de sa présence dans la
végétation traitée, sa répartition étant assurée par voie xylémique ( G.W. Ware
de l’Université d’Arizona, travaux en 1993 de Rhône-Poulenc selon des protocoles
EPA, L.Ph. Belzunces de l’INRA/ Avignon à l’occasion du Congrès National
d’Apiculture le 4 oct. 2002, parmi d’autres références.)
M. Delorme (Phytopharmacie – INRA Versailles) a finalement concédé le 10 sept.
2002, à la « journée scientifique sur les affaiblissements de la colonie
d’abeilles » organisée par l’ AFSSA, que le Fipronil pouvait être considéré
comme systémique bien que ses qualités endothérapeutiques puissent être
considérées comme limitées : toutefois, il faut y opposer que les Etats-Unis,
ont homologué le Régent 4SC, formulation du Fipronil appliquée dans la raie de
semis du maïs et qui permet de limiter les dégâts de la pyrale du maïs.
EVALUATION COMPLEMENTAIRE : la radioactivité a été mesurée à différents stades
et dans les différentes parties de la plante de tournesol et de maïs, issue soit
de semences traitées au Gaucho ou au Régent radiomarqué, soit de semis
non-traité mais avec des microgranulés à l’Imidaclopride ou au Fipronil
radiomarqué. A partir de ce type d’études, on peut notamment déduire que la
radioactivité totale mesurée dans la plante de tournesol et de maïs - au stade
de la maturité - est de l’ordre de 5 % de la radioactivité totale initialement
appliquée, indifféremment dans le cas de l’ Imidaclopride et du Fipronil.
La radioactivité dans la graine de tournesol et de maïs - traités au Fipronil -
permet de calculer les résidus en équivalents Fipronil, à 34 ppb. et 160 ppb.,
respectivement.
Si le pollen et le nectar de la fleur de tournesol traité Gaucho sont contaminés
respectivement à hauteur de 3 ppb. et de 2 ppb. d’Imidaclopride, nous ne savons
pas le niveau de contamination du pollen et du nectar, dans le cas d’un
tournesol traité Régent.
5. La dispersion dans l’environnement
En ce qui concerne la persistance dans l’eau, il suffit d’un pH neutre et d’une
absence d’UV, pour assurer tant à l’Imidaclopride qu’au Fipronil une stabilité
excellente. Aussi, et dans la mesure où il est beaucoup plus soluble dans l’eau
que le Fipronil, l’Imidaclopride et certains de ses métabolites peuvent
contaminer les eaux souterraines : ceci devrait être confirmé dans un rapport
attendu incessamment, concernant des études conduites sur le moyen terme par
Bayer et EPA, dans certaines zones agricoles des Etats-Unis ( après 3 ans, la
contamination des eaux souterraines semble effective dans quelques sites !)
L’ARLA, qui est au Canada ce que la SdQPV / DGAl est en France, propose dans sa
Note Réglementaire – REG2001/ Imidaclopride, que : « La persistance de
l’Imidaclopride peut conduire à l’accumulation de résidus par suite
d’applications répétées. On suppose que les sols ne possèdent pas une capacité
illimitée de fixer l’Imidaclopride. Par conséquent, dès que capacité de fixation
du sol est atteinte, l’Imidaclopride vieilli peut être lessivé jusque dans les
eaux souterraines. »
La persistance dans les sols - en conditions réelles de terrain – est exprimée
par une DT50 (= demie vie) : cette DT50 est très dépendante de la nature du sol,
son pH, de son % de matière organique, des conditions climatiques, de la
formulation de la matière active. Tant pour l’Imidaclopride que pour le
Fipronil, on connaît des situations de terrain où la DT50 excède 1 an !
L’Imidaclopride : selon le système de classification de Goring et al.,
l’Imidaclopride doit être considéré avec une DT 50 de 1 à 2 ans. Cette substance
a même tendance à s’accumuler ( pallier après 3 années de cultures traitées
Gaucho, équivalent à une contamination du terrain à la suite d’un traitement
Gaucho / les concentrations d’Imidaclopride dans le sol d’un verger traitée
annuellement Confidor, continuent à augmenter au moins pendant 6 années = durée
de cette expérimentation, conduite par Bayer : Report MR – 758 / 98 / site
Bechtolsheim.)
Le Fipronil : dans un sable limoneux de l’Etat de Washington (1,10% mat.org., PH
= 7,7), pour une application dans la raie de semis de maïs (147 g / ha), la DT
50 du Fipronil est de 7,3 mois et celle des résidus totaux du Fipronil de 16
mois.
Termidor à base de Fipronil injecté dans les sols à protéger de l’action
nuisible des termites, est accrédité d’une durée d’action termiticide de 5 ans !
Pour le calcul de la TGAP (Taxe Générale sur les Activité Polluantes ) sur
produits phytosanitaires, le Fipronil se retrouve en 8ème classe sur un total de
neuf, et est de fait considéré comme très polluant pour l’environnement.
Il faut d’ailleurs s’étonner du fait que l’Imidaclopride malgré sa tendance à
polluer les nappes d’eaux souterraines et malgré son profil écotoxicologique
très défavorable, soit répertorié en 2ème classe : la proposition de Bayer
(1990) de considérer l’Imidaclopride « hors classement toxicologique » n’est
aujourd’hui absolument plus défendable.
6. La toxicité aiguë vis à vis des abeilles
( = prise d’une dose unique)
L’Imidaclopride (données Bayer pour
l’Imidaclopride technique )
|
|
Le Fipronil (données Aventis )
|
Ces DL50 sont parmi les plus basses que l’on connaisse.
En toxicité aiguë, l’Imidaclopride plus que le Fipronil, se caractérise par une
DL50 par contact plus élevée que la DL50 par ingestion : pourtant pour la grande
majorité des insecticides, la voie de contamination par contact serait plus
toxique que celle par ingestion.
Si en toxicité aiguë, l’Imidaclopride était considéré comme un insecticide des
plus toxiques qui soit pour l’abeille, force est de constater que le Fipronil
serait encore plus toxique compte tenu de sa DL50 par contact, d’un facteur 13
fois plus bas que pour l’Imidaclopride : notons qu’en matière de butinage, le
contact avec les parties florales est fréquent et intense.
7. Effets toxiques autres que la toxicité
aiguë de l’Imidaclopride
L’Imidaclopride : afin de comprendre les phénomènes d’affaiblissement de la
colonie sur la miellée d’été en zone de grandes cultures - essentiellement
tournesol et maïs - de nombreuses études en conditions de laboratoire / tunnel
ont été réalisées, dans le but de mieux cerner la toxicologie / abeille de
l’Imidaclopride, éventuellement de ses métabolites. - Certains effets sublétaux
ont été observés à des concentrations que l’abeille est susceptible de
rencontrer sur le terrain, notamment en butinant le tournesol et le maïs traité
Gaucho dont pollen et /ou nectar peuvent être contaminés à hauteur de quelques
ppb. d’Imidaclopride : l’activité de butinage (= visite d’une source de sirop en
tunnel ) (Dr. M.E. Colin / INRA), les performances de la mémoire olfactive (Dr.
M.H. Pham-Delègue / INRA), la communication dans la ruche et les capacités
d’orientation (Prof. W. Kirchner / Univ. Konstanz - Allemagne) sont
effectivement affectés à partir de quelques ppb. d’Imidaclopride ou de certains
métabolites.
- Des effets létaux sont observés dans le cas d’une consommation prolongée de
l’Imidaclopride et de ses métabolites classiques : ainsi pour une consommation
moyenne journalière de 1,2 pg (le picogramme étant le millionième de millionième
de gramme ! ), une surmortalité par rapport au témoin non-contaminé, de 50 % est
obtenue après 10 jours de ce régime !
Ces effets létaux après consommation prolongée de cette très petite dose sont
également constatés dans le cas des métabolites : de 40 à 60 % de surmortalité
après 10 jours !
Le Fipronil : ne sont actuellement disponibles que quelques rares rapports
d’étude concernant plus particulièrement l’activité de butinage.
Dr. M.E. Colin / INRA a étudié plusieurs paramètres caractérisant le butinage
d’une source de sirop, contaminée ou pas : le butinage est affecté pour une
concentration 2 fois moindre que celle de l’Imidaclopride causant les premiers
effets délétères dans des conditions expérimentales identiques.
Dans la Région Midi-Pyrénées, une équipe animée par Raymond Campan ( Professeur
d’Ethologie Animale) et Denis Sapène (apiculteur professionnel) a effectué des
observations et des mesures éthologiques en juin-juillet 2002 sur l’abeille
butinant la fleur de tournesol ( champs traités Régent ou non ). Le rapport est
attendu incessamment, mais il est dorénavant clair que le traitement Régent
altère certains actes comportementaux associés au butinage : l’augmentation
significative de la fréquence relative des actes d’immobilité, de même que du
toilettage généralisé, des tentatives de butinage sur fleurons non épanouis ou
défleuris, des vols courts et des chutes augurent d’un bilan catastrophique de
l’efficacité de butinage.
8. Conclusion
A. Les concentrations d’ Imidaclopride que l’abeille rencontre en zone de
grandes cultures au moment de la miellée d’été, sont de même ordre de grandeur
que celles qui en milieu confiné, provoquent : soit des effets délétères sur des
actes de comportement impliquant la récolte et/ou la survie de l’abeille
individuelle ou de la colonie, soit des effets létaux sur l’abeille.
Il n’y a désormais plus aucune raison, ni aucun obstacle pour ne pas prendre
toutes les dispositions nécessaires au refus de toute présence au-delà du seuil
de 0,1 ppb d’Imidaclopride ou de ses métabolites dans des supports butinés par
l’abeille.
Cela impliquera nécessairement le retrait de tout usage de l’Imidaclopride sur
une culture butinée par l’abeille, comme le retrait de tout autre usage de
l’Imidaclopride susceptible de faire remonter de la matière active des cultures
non-traitées, mais semées dans des sols contaminés.
B. Comme nous l’avons développé précédemment, les études montrent pour le
Fipronil :
| une toxicité supérieure par rapport à l’Imidaclopride, sur l’abeille; | |
| la présence certaine de concentrations « molécule parentale plus métabolites » équivalentes à celles de l’Imidaclopride dans les plantes traitées; | |
| ses effets délétères sur l’activité de butinage tant en milieu confiné, qu’en situation de terrain; | |
| sa dissipation très lente et peu maîtrisée dans l’environnement. |
En application du principe de précaution, ces connaissances devraient obliger à suspendre le Régent TS, dans l’attente des résultats d’une vaste expertise sur la relation : abeille – Fipronil.
Envie
de réagir ?
Entrez dans le
FORUM
Apiservices - Galerie Virtuelle Apicole - Page d'accueil