Une production apicole sinistrée : l'apiculture, touchée en plein vol

Manifestation nationale française du 25 octobre 2000,
à Cormery devant l'usine Bayer, contre le Gaucho et autres pesticides.

Coordination des Apiculteurs de France

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2.400 personnes, 500 voitures, 17 cars et 130 camions de transhumance !!!


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Allocution de Monsieur Yves Védrenne, Président du S.N.A.

A vous tous, Messieurs les Représentants du monde politique

A vous tous, Messieurs les Représentants du monde agricole,

A vous tous, Messieurs les Dirigeants agricoles et apicoles,

A vous tous et pour vous tous, mes amis apiculteurs et défenseurs de l'environnement

Permettez-moi tout d'abord de remercier ceux qui depuis des jours et des jours ont petit à petit rassemblé les preuves, démarché les autorités administratives et syndicales et consacré du temps et de l'argent sur leurs fonds personnels et non pas sur les fonds de la Société comme d'autres ont pu le faire pour nous combattre.

Permettez-moi donc au nom du Syndicat National d'Apiculture et de notre revue l'Abeille de France de saluer et remercier Messieurs ALETRU, CHAUVANCY et VERMANDERE, nos trois mousquetaires, sosies des authentiques dont l'idéal était la défense des opprimés.

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi étions-nous déjà au pied de la Tour Eiffel ?

Cette première réunion, ce rassemblement de près de 2000 apiculteurs en l'espace de quelques jours, c'était pour nous et pour ceux qui nous observaient avec quelquefois un air narquois, la première manifestation de masse de notre mécontentement vis-à-vis de la lenteur des Chercheurs, de la lenteur de l'autorité administrative à prendre une décision, mais aussi le premier sursaut contre la puissance de notre contradicteur dont nous n'avons pas les moyens matériels et financiers.

Cette première tornade, tornade blanche de la fumée de nos enfumoirs, je l'ai appelée cyclone A, peut-être pas sans raison d'ailleurs.

Aujourd'hui, nous sommes revenus plus nombreux, plus soudés que jamais, à nos frais, après deux ans de recherches qui ont coûté deux fois 3 millions sur les fonds de l'apiculture.
En quelle circonstance une victime doit-elle payer de ses fonds pour montrer qu'elle n'est pas coupable ? C'est bien là un système non seulement vicieux mais pernicieux qui aurait découragé plus d'un d'entre nous.

A l'inverse, cela nous a galvanisés et aujourd'hui, ici et ailleurs, les apiculteurs manifestent, les apiculteurs se manifestent, les apiculteurs rencontrent les autorités préfectorales, les apiculteurs ont rencontré leur Ministre ou tout au moins ses conseillers (quelle déception) et les apiculteurs aujourd'hui s'insurgent non pas contre la firme mais contre le produit.

Ils respecteront donc les lieux et l'infrastructure comme ils souhaitent que l'on respecte leurs abeilles, leur instrument de travail et demanderont que l'on rétablisse leur pouvoir d'achat et leur raison d'être et de vivre.

C'est toute la signification de ce nouveau cyclone qui se veut conscient, déterminé, résolu et tranquille, autant que faire se peut. 

La force tranquille de ce cyclone B doit être de nature à contribuer à l'arrêt du "génocide" de nos abeilles.

Ensemble nous irons, ensemble nous gagnerons !


Allocution de Monsieur Henri Clément, Président de l'UNAF

Amis agriculteurs, Chers Collègues Apiculteurs venus de toute la France,

Bonjour et merci d'être aussi nombreux aujourd'hui ici à Cormery.

Il y a bientôt 2 ans, nous manifestions déjà sous la Tour Eiffel contre les effets du Gaucho.

Même si nous sommes encore ici aujourd'hui, que de chemin parcouru, que d'enseignements avons nous pu tirer, que de comportements avons nous pu observer…

En Janvier 1999, le Ministre Jean GLAVANY suspendait l'utilisation du Gaucho sur tournesol. En Mars, BAYER, MONSANTO, NOVARTIS, RHONE POULENC, PIONNEER, MAISADOUR, LIMAGRAIN attaquaient la décision du Ministre en Conseil d'Etat. L'apiculture réagissait de manière unanime au côté du Ministre, grâce à une intervention volontaire en défense intentée par l'UNAF, le SPMF et le SNA et assurée par notre avocat commun : Maître Bernard FAU.

En Décembre 1999, le Conseil d'Etat nous donnait totalement raison, pour la 1ere fois, le principe de précaution s'appliquait à l'environnement, les études de laboratoires devaient être prises en compte comme les études de terrain, et la firme BAYER devait prouver la non toxicité de son produit.

BAYER. Durant ces 2 ans, la firme BAYER a continué à mépriser les apiculteurs. Elle a édité une luxueuse plaquette sur la santé des abeilles. Le Gaucho naturellement n'était responsable en aucune façon, et les apiculteurs français étaient, vous étiez surtout et avant tout, de mauvais apiculteurs. Aujourd'hui, BAYER ne reconnaît même pas la longue rémanence de sa molécule Imidaclopride observée tant par le CETIOM que par le CNRS. Les derniers arguments de BAYER laissent songeur : BAYER a dépensé 1 Milliard, ce n'était pas pour tuer les abeilles. On croit rêver. 
Au mépris des connaissances scientifiques et des dégâts causés à l'environnement, BAYER privilégie l'argent et nous, les apiculteurs, nous défendons la vie.

SCIENTIFIQUES. Les scientifiques ont apporté ces 2 dernières années des preuves irréfutables concernant la rémanence, la bio disponibilité, la toxicité à très faible dose : 3 PPB pour les abeilles. Si certains organismes publics ont pu travailler avec rigueur et en toute indépendance, certains chercheurs se sont montré sensibles au charme des conventions proposées par des firmes phytosanitaires. Ces conventions de plus en plus fréquentes, hélas, sont bien sûr parées des plus beaux habits virginaux de l'objectivité de l'indépendance, mais cachent en réalité une prostitution scientifique inacceptable. De la même façon, on ne peut accepter qu'une équipe de télévision de TF1 se voie refuser l'accès à l'INRA d'Avignon pour interviewer le chercheur Marc Edouard COLIN.

LA PROTECTION DES VEGETAUX. Depuis 2 ans, le service de la protection des végétaux pratique la rétention d'information et ne nous transmet pas les dossiers d'homologation que nous lui avons demandés. 
Personne ne souhaite voir, un jour, devant les tribunaux, une nouvelle affaire du sol contaminé.
Il a fallu une intervention directe du Ministre lui même pour que nous parvenions à obtenir un résumé du dossier d'homologation du Gaucho.

POUVOIRS PUBLICS. A l'heure actuelle, le Ministère de l'Agriculture attend l'avis de la Commission des Toxiques qui doit se réunir encore 2 fois, une en Novembre où les scientifiques seront conviés, et l'autre en Décembre, où pour la 1ere fois, les apiculteurs pourront s'exprimer. Nous espérons que dès lors, le Ministre prendra la décision attendue par les apiculteurs : le retrait de la molécule Imidaclopride et la suspension du régent. Monsieur le Ministre, il est temps d'arrêter le massacre. Les exploitations apicoles déjà décimées sont en très grand danger. Hier, sur le site Internet des Sociétés MAISADOUR et RAGT, nous avons constaté que ces sociétés violaient la loi en vigueur, en assurant la promotion des tournesols traités Gaucho. Monsieur le Ministre, il est temps de réagir pour que toute la loi soit respectée.

SYNDICATS AGRICOLES
. La FNSEA et la Confédération Paysanne sont à nos côtés, nous nous en réjouissons. Agriculteurs et apiculteurs doivent défendre ensemble un environnement préservé : il en va de notre avenir à tous

MEDIAS. Depuis le congrès de Mende, les journaux, radios, télés informent le grand public. Nous les remercions, il est vrai que le sujet concerne l'ensemble de la société, l'abeille constitue un signal d'alarme exceptionnel . Vielle depuis plus de 80 millions d'années alors que l'être humain était loin de voir le jour, son avenir est aujourd'hui compromis par les excès incontrôlés de l'agro chimie.

COORDINATION DES APICULTEURS. Notre dossier progresse. Malgré les moyens financiers énormes de la Société BAYER , ses agences de communication, son lobbying permanent, les apiculteurs parviennent à se faire entendre. Ce succès, nous le devons avant tout à notre union sans faille. La Coordination des apiculteurs rassemble des apiculteurs du SPMF, de l'UNAF, du SNA, de la Fédération des Coopératives. La Coordination représente l'exemple à suivre.

Seule l'union de tous nous permettra de défendre l'apiculture et l'abeille avec efficacité, détermination et réussite. Restons mobilisés durant les mois à venir, nous en aurons besoin.


FEDERATION NATIONALE DES SYNDICATS D'EXPLOITANTS AGRICOLES
11, rue de la Baume - 75008 PARIS - Tél. 01.53.83.47.47. - Fax. 01.53.83.48.48.
Paris, le 24 octobre 2000

COMMUNIQUE DE PRESSE
SAUVONS LES RUCHES

Depuis 5 ans, la FNSEA, le CNJA et les syndicats et groupements apicoles alertent les pouvoirs publics sur les dangers de l'imidaclopride (molécule commercialisée sous le nom de Gaucho par Bayer), sur les ruches. Depuis l'apparition de cet insecticide un tiers des ruches a été anéantie et la production de miel a chuté de 50% sur les tournesols ainsi traités.

Afin d'obliger les pouvoirs publics à prendre des mesures radicales d'interdiction du Gaucho et de soutien financier aux producteurs, la coordination des apiculteurs, à laquelle appartient la FNSEA, manifeste depuis hier et pour trois jours dans les différentes régions productrices. Hier des manifestations ont eu lieu à Albi, Agen Angoulême, Auch, Avignon, Montpellier,Tarbes et Toulouse. Aujourd'hui des rassemblements ont lieu à Angers, Bourges, Chateauroux, La Roche sur Yon, Lyon Niort et Poitiers. Demain, une manifestation nationale aura lieu à Comery, près de Tours, devant le siège la société Bayer.

"Il faut sauver la production apicole qui est un parfait exemple de l'agriculture raisonnée que la société appelle de ses vœux. Les pouvoirs publics qui ont homologué les produits incriminés doivent revenir sur leurs décisions à la lumière des nouvelles études scientifiques. Les apiculteurs ne peuvent assister impuissants à la destruction de leur outil de travail". a déclaré Luc GUYAU

Contact : Any CASTAINGS
Tél : 01.53.83.48.83
Portable : 06.13.24.19.19
e-mail: any.castaings@fnsea.fr
Web: www.fnsea.fr


Pour l’interdiction de l’Imidaclopride

La Confédération paysanne soutient les apiculteurs

La Confédération paysanne a appelé ses adhérents à soutenir les apiculteurs qui manifesteront le 25 octobre devant le siège de la firme Bayer, à Comery (Indre et Loire), afin d’exiger le retrait immédiat de l’autorisation des insecticides à base d’Imidaclopride (gaucho).

Pour la Confédération paysanne, le rôle de l’abeille, comme témoin écologique et comme pollinisatrice de la flore sauvage et des cultures, est primordial en agriculture.

Or, depuis plusieurs années, l’abeille est malade. Sa vie se raccourcit, les reines pondent mal, l’activité des butineuses est perturbée, les ruchers s’affaiblissent, les essaims sauvages disparaissent.

De récentes recherches menées conjointement par l’INRA et le CNRS ont montré le rôle joué dans cette évolution par un produit phyto-sanitaire couramment utilisé pour l’enrobage des semences, le gaucho, distribué par la firme Bayer. De sérieux doutes planent également sur les produits à base de Fipronil (insecticide d’enrobage Régent).

La Confédération paysanne, soucieuse de la défense de la profession apicole et d’une agriculture respectueuse de l’environnement, demande au gouvernement :

Pour la Confédération paysanne, les sirènes du rendement à court terme et de la balance commerciale de la France qui provoquent aujourd’hui la mort des abeilles et provoqueront demain celle des apiculteurs, ne doivent plus primer sur l’intérêt commun.

Contacts : Jean-Paul Mahé (02 51 87 21 25) ; Michel Curade (04 68 43 30 56)
Web : www.confederationpaysanne.fr


De Rémy Chauvin, professeur honoraire de I'Université de Paris Sorbonne, ancien directeur de la station de recherches abeille de I'Institut national de la recherche agronomique, auprès du ministre de l'Agriculture, en date du 18 octobre 2000.

Monsieur le Ministre,

Ayant consacre une très importante partie de ma carrière de chercheur et d'enseignant universitaire a la biologie de I'abeille, je n'ai cessé de suivre avec attention et inquiétude l'évolution du dossier concernant les effets qu'auraient sur les populations d'abeilles, différents produits phytopharmaceutiques dont les plus désignés sont actuellement Gaucho et Confidor de la firme Bayer ainsi que Régent de la firme Rhône?Poulenc Agro.

Ayant eu connaissance des résultats scientifiques intervenus I'an passé, je me suis vivement réjoui de la décision ministérielle de retrait de I'autorisation du Gaucho sur tournesols que vous avez sagement prise en janvier 1999, ainsi que de I'application du principe de précaution qui a été recommandée par le Conseil d'Etat dans cette matière précise en décembre suivant.

Les derniers résultats des analyses effectuées par MM. Colin et Bonmatin, chercheurs de I'INRA et du CNRS, sur les effets induits de l'imidaclopride qui constitue la matière active des deux premières spécialités phytopharmaceutiques, viennent confirmer sans la moindre équivoque la haute toxicité pour la faune apicole de ces produits de traitement systémique.

Je mesure le désastre écologique et les conséquences économiques que constituerait la poursuite sans frein de l'utilisation de ces produits de traitement des grandes cultures sur le territoire national entraînant non seulement des incidences directes sur l'ensemble d'une branche de I'agriculture, mais encore des incidences indirectes, actuellement non quantifiées surl('ensemble du processus de pollinisation des cultures en France.

Désormais, dégagé de toute contingence de tout ordre, mais soucieux au plus haut point d'apporter au débat le témoignage d'un chercheur auquel la communauté scientifique internationale a bien voulu porter crédit, j'ai estimé de mon devoir de vous écrire afin de vous demander solennellement de prendre immédiatement les mesures qui s'imposent pour mettre un terme a la mise en oeuvre de produits systémiques dont les effets néfastes, a ce jour mésestimés, méritent désormais d'être exactement apprécies.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.

Professeur Remy Chauvin.


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