| Les abeilles et les
reines Importations et exportations par Jean Fedon |
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On sait que les égyptiens, déjà à leur époque,
transportaient des ruches sur le Nil et en faisaient parfois commerce, mais
les apiculteurs français ne savaient pas que, depuis plus d'un siècle, les
apiculteurs slovènes faisaient commerce de reines et d'essaims et en
envoyaient régulièrement, avec les moyens de transport d'époque, dans un
quinzaine de pays. Ils l'apprirent lors de visites techniques pendant le
congrès APIMONDIA 2003 en Slovénie. En France, les importations d'abeilles ne datent pas d'hier mais c'est surtout dans les années 50 que les premières importations conséquentes furent réalisées en raison de l'apparition de cultures mellifères plus importantes que par le passé et aussi pour assurer de façon rentable deux productions nouvelles. Du Caucase on importa, bien entendu, des abeilles caucasiennes dont la langue plus longue que celle des abeilles noires locales permettait de butiner et polliniser le trèfle violet et quelques autres plantes nectarifères d'accès difficile. D'Italie, les abeilles jaunes italiennes avaient la réputation de développer des populations abondantes en début de saison et elles furent importées pour butiner le colza dont la floraison arrivait avant que les abeilles noires locales n'aient développé de gros bataillons de butineuses. Puis virent les productions de gelée royale et récolte de pollen. Pour des raisons de productivité et aussi de sécurité les abeilles noires furent remplacées par des abeilles issues d'un croisement de reines caucasiennes par des males italiens élevés en Italie : la "CAUCASIT" était née. Beaucoup d'apiculteurs "essayèrent" ces nouvelles abeilles pour d'autres productions non spécialisées, mais habitués comme ils l'étaient à la conduite des abeilles noires, peu d'entre eux réussirent et ils les abandonnèrent rapidement. Pourtant, certains avaient compris qu'avec des pratiques appropriées aux caractères génétiques, on pouvait augmenter le volume des récoltes, même sur des floraisons que ce type d'abeilles n'avait jamais vu. Quarante ans plus tard, eux mêmes, ou leurs successeurs, les utilisent encore avec beaucoup de succès. Personnellement j'ai compris, il y a 20 ans, que, pour mieux assurer les revenus d'une exploitation apicole professionnelle, il fallait travailler avec un type d'abeilles différent de celui utilisé dans ma région et j'ai opté pour un type d'abeilles dont la sélection, sur un grand nombre d"années, repose sur des critères bien adaptés aux miellées possibles dans un rayon de 100 Km autour de l'exploitation. Le Limousin n'étant pas une région touristique par excellence, seul le tonnage pour vente en gros pouvait être envisagé. C'est ainsi que j'ai opté pour des abeilles "domestiquées" dont la survie dans ma région et leur rendement dépendrait de mon travail, mais qui m'apporteraient plus de revenus, plus de tranquillité lors des transhumances, moins de soucis de maladies, moins de soucis d'hivernage, une ponte hâtive et abondante me permettant de produire des essaims à partir du 15 mars, et beaucoup de butineuses encore en août pour compléter une récolte sur les dernières floraisons de tournesol et aussi sur la callune. Aujourd'hui, je ne regrette rien lorsque je vois certains de mes voisins qui, dans un contexte végétal et économique totalement changé, continuent a travailler avec des abeilles au caractère sauvage bien trempé dont ils sont dépendants et se plaignent à chaque occasion : sortie d'hivernage avec 40% de pertes, colza à 10/15 Kg au lieu 30/40, absence de récolte en août, etc. Mais chacun fait son choix en fonction de ses engagements, sa région, son climat et aussi son type de commercialisation. Et leur choix, je le respecte. Les exportations françaises d'abeilles ont été très actives il y a une quarantaine d'années vers l'Allemagne et l'Angleterre et après s'être estompées pendant une bonne trentaine d'années, voilà que la demande est forte à nouveau. Vers les pays nordiques, l'exportation pourrait dépasser les 20.000 unités (reines et essaims) chaque année. Mais les apiculteurs français, plus habitués à vivre dans leur milieu proche que dans le contexte international apicole, n'ont pas l'air de vouloir profiter de la manne et je trouve que c'est bien regrettable. Mais depuis une petite dizaine d'années, certains apiculteurs ancrés sur
l'exploitation de l'abeille noire, et c'est leur droit, n'ont pas manqué de
tirer sur ceux qui voulaient faire une autre apiculture plus productive. Tout le
monde sait que les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route
qu'eux, soit pour des raisons écologiques, soit pour des raisons économiques ou
des problèmes de compétition peu avouables, soit, comme le disent ouvertement
des amateurs, pour les respects de la nature. J'ai remarqué que chaque fois que
sur la plante on parle d'un parasite, d'une bactérie, d'un virus dommageable
pour les abeilles dans une région du monde c'est la montée au créneau, aidé
parfois par une personnalité qui n'a qu'une connaissance livresque des abeilles.
Abeilles africanisée il y a 30 ans, varroa il y en a une bonne vingtaine, et
Aethina depuis 4 ans entretiennent les conversations apicoles sanitaires qui,
sans ces sujets, seraient bien ternes. Pour l'abeille africanisée, tout le monde
sait qu'elle fut importée au Brésil par des chercheurs brésiliens, et les
participants français au congrès APIMONDIA à Rio en 1991 purent à ma demande,
visiter une exploitation apicole productrice de gelée avec l'abeille
africanisée. Je dois dire qu'étaient présents le président d'APIMONDIA, le
président et le secrétaire de la FNOSAD, la présidente de l'ANERCEA ainsi que
cinq ou six autres personnes. Sans protection pendant la visite des ruches,
personne n'eut à s'enfuir. A partir de ce jour là j'ai toujours pensé qu'il
valait mieux aller voir les problèmes sur place pour avoir un jugement sain et
objectif. Pour l'abeille africanisée, la suite m'a montré que j'avais raison...
Pour ce qui est de varroa, je fais remarquer, au passage, que c'est encore un
chercheur de renommée mondiale, celui-là, qui importa les premiers en Allemagne,
nous en "gratifiant" deux années plus tôt que par une invasion naturelle. Pour
le danger qu'il représentait pour les colonies, il était pour moi bien réel
étant donné que sa reproduction se fait dans un milieu constant sur la planète
entière, à savoir la partie la plus chaude de la colonie : le couvain. Puis est
arrivé aux USA, Aethina tumida ou il a trouvé sans doute en 1996 un climat plus
favorable pour sa reproduction que dans son continent d'origine, l'Afrique, où
sa présence ne perturbe pas outre mesure, la pratique de l'apiculture avec Apis
mellifica, c'est à dire l'abeille mellifère d'origine européenne.
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| Réalisation : Gilles RATIA Mise à jour : 03/04/02 APISERVICES - Copyright © 1995-2005 |
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