Naissance d'une reine.
Elle découpe elle-même le bas de la cellule avec ses mandibules >

Nous allons maintenant traiter des stations de fécondations et des introductions de reines fécondes en ruches de production.

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Au chapitre dernier, après quelques sueurs, il nous restait dans les mains, en fin de chaîne, un lot de cellules royales mûres ou un joli ensemble de reines vierges. Que faut-il en faire et d'abord pourquoi les éleveurs n'introduisent-ils pas directement ce matériel biologique dans les ruches de production ? Pourquoi se fatiguent-ils à créer des stations de fécondations munies de micro-colonies ? A ces questions, quatre réponses principales :

  1. les cellules royales ou les reines vierges ont plus de chance d'être acceptées dans des colonies peu populeuses;
  2. donner une cellule royale à une colonie de production occasionne un trou de ponte d'une à deux semaines;
  3. un petit pourcentage de reines s'avère mauvaises pondeuses, il est opportun de s'en apercevoir avant introduction dans les ruches de production, le temps passé en nucleus (mot latin : un nucleus, des nuclei) fait test et l'on peut ainsi facilement faire un tri;
  4. le contrôle des fécondations, nécessaire pour une bonne sélection généalogique, est quasiment impossible en rucher de production.

L'expression est lâchée : "contrôle des fécondations", voilà où il va falloir concentrer tous nos efforts. Différents types de stations de fécondation ou méthodes existent :

  1. saturation de la région en ruches à mâles à lignées sélectionnées (système le plus utilisé);
  2. îles (5 km minimum du continent) ou oasis (espacées de 20 km minimum), exemptes de ruches ou essaims naturels (conditions rares);
  3. vallées reculées et encaissées exemptes de ruches ou essaims naturels (isolation réelle restant à prouver);
  4. enceintes fermées, des expériences ont été faites avec des tours grillagées de quinze mètres de haut (résultats médiocres);
  5. désaisonnement, soit élevage précoce en caisson isotherme (pas évident), soit transport, vers des régions septentrionales, de ruches à mâles et de nuclei conditionnés tôt en saison dans des régions méridionales (fastidieux et coûteux);
  6. relâchement le soir, après cessation d'activité des ruches locales, des reines vierges et des mâles (méthode qui mériterait d'être reprise et optimisée).
L'idéal, bien sûr, reste pour le moment l'I.A.
(= Insémination Artificielle)
insemination.jpg (6924 octets)

Nous allons néanmoins nous fixer sur la première méthode, celle dite de la saturation.

A ce sujet les querelles académiques ont encore de beaux jours devant elles. Les auteurs sont très divisés sur des questions telles que :

A cette dernière question, certains auteurs vont même jusqu'à préciser des distances exactes de 2 600 mètres, d'autres de 3 200 mètres ! Ne tombons pas dans la rigueur et le ridicule du 100 mètres près. Pour notre part, nous pensons que les races en jeu, le régime des vents dominants, la conformation du terrain, l'altitude, les températures maximum, peut-être même les failles telluriques ou les champs magnétiques naturels, voire les pollutions hertziennes sont des facteurs qui peuvent entraîner des surprises aux maniaques du décamètre. Placez un maximum de ruches à mâles sélectionnées dans un rayon de 0 à 3.000 mètres autour de vos ruchettes de fécondation et cela sera bien, très bien même.

Rien de plus simple pour conditionner une ruche à mâles : une reine jeune de six à huit mois, un cadre à mâles introduit à la périphérie du couvain un mois et demi avant les premières fécondations. Ce cadre doit contenir pratiquement exclusivement des cellules de mâles. Pour ce faire, deux solutions :

  1. utiliser des feuilles de cire gaufrée spéciales, à mâles (cellules plus grandes);
  2. placer des petites amorces de cire gaufrée normale comme sur la photo ci-contre =>
cadre_a_males.jpg (8823 octets)

Pour mettre toutes les chances de son côté, nourrir en cas de disette (s'il fait froid avec du candi protéiné). Bien sûr, pour éviter toute consanguinité en cas d'élevage intra-racial et pour obtenir un effet d'hétérosis, les ruches à mâles doivent être de lignées différentes des ruches "souches" qui ont procuré les larves d'élevage.

rucher_elevage_1.jpg (8801 octets) En ce qui concerne les ruchers de fécondations, le type de ruchettes varie beaucoup d'un éleveur à un autre. Il ne se passe pas une année sans qu'un nouveau type de ruchette ne soit inventé, surtout depuis que l'on utilise des matériaux nouveaux, légers et isothermiques (ruchettes Kemp, Apidea, Mini-Plus, Apilux, etc ...).

Les plus petites ruchettes (deux ou trois cadrons de seulement 10 cm2 chacun) ne peuvent contenir que des nucléoles (valeur d'une louche d'abeilles) et sont difficiles à conduire :

  1. désertion après fécondation;
  2. engorgement rapide du nid à couvain;
  3. sensibilité aux froids nocturnes.

De plus, ils ne permettent pas à la jeune reine d'exprimer correctement sa ponte, d'où une difficulté pour discerner les mauvaises pondeuses à éliminer. Par contre, ils sont peu gourmands en abeilles lors de leur constitution. Si vous débutez, commencez donc par des ruchettes conventionnelles, répondant au standard de vos ruches de production et pourvues de trois à cinq cadres. Peuplez-les, à partir de vos ruches de production, comme si vous faisiez simplement des essaims artificiels, sans reine, puis disposez-les par paquet de quatre dans le rucher de fécondation. Ces ruchettes, en fin de saison d'élevage, garderont le dernier lot de cellules pour devenir, après transvasement dans des corps de ruches, de simples colonies de production.

anti_derive.gif (11160 octets)

Pour lutter contre la dérive, disposez les trous de vol au quatre coins cardinaux >

transport_cellules.jpg (7121 octets) Une demi-journée après, vous les doterez d'une à deux cellules royales prêtes à éclore. Si le rucher de fécondation est éloigné du rucher d'élevage ou si la journée est particulièrement fraîche, les cellules royales ont tout intérêt à être transportées (debout) dans une caisse thermostatée : isolation polystyrène, brique réfractaire ou bouteille d'eau chauffée à 35 ° C, un petit thermomètre pour savoir où l'on en est et le tour est joué.
La meilleure position pour accrocher la cellule royale dans le cadre de couvain est parfaitement illustrée par la photo ci-contre. Pour augmenter le taux d'acceptation, il sera judicieux d'entourer la cellule d'une bande de papier aluminium en ayant bien soin de laisser le fond libre; les ouvrières, bizarrement, ne s'attaquent qu'aux côtés des cellules. intro_sur_couvain.jpg (9741 octets)

Si vous avez tardé, vous êtes en possession de reines vierges. L'introduction peut se faire indifféremment selon trois méthodes complètement différentes :

materiel_elevage.jpg (5386 octets)
  1. la traditionnelle : cage + candi;
  2. l'astucieuse : engluage avec de la gelée royale et introduction directe;
  3. l'originale : re-naissance dans une cellule artificielle, les ouvrières n'y voient que du feu.

Voir aussi la méthode décrite par Gilles FERT.

Tout comme pour l'élevage, il faut être rigoureux dans le calendrier et utiliser un planigramme. D'autre part, pour éviter de sur-visiter les nuclei, il est bon que ces derniers affichent leur état, par exemple à l'aide d'un système de punaises sur la façade arrière.

Etat :
  1. introduction cellule(s) royale(s)
  2. (ou) introduction reine vierge
  3. vérification acceptation
  4. vérification début de ponte
  5. vérification compacité de ponte
  6. reine marquée
  7. nucleus bourdonneux
  8. nucleus orphelin
nucleus_punaises.gif (8379 octets) Population :
  1. trop forte
  2. normale
  3. trop faible

Provisions :

  1. trop fortes
  2. normales
  3. trop faibles

Le schéma ci-dessus vous permettra d'adopter une convention relativement élaborée et complète. Trois punaises, placées sur la façade arrière, suffisent : la première circule à la périphérie, de la position n°1 à la position n°8, la deuxième est le baromètre de la population de la position A à la position C (le neutre se situant à la hauteur de la poignée) et enfin la troisième représente le niveau de provisions. Les deux dernières punaises sont surtout utilisées pour des nuclei de faible volume (nucléoles). Les ruchettes plus imposantes (composées de quatre, cinq cadres de corps) détiennent des volants suffisants de population et de provisions.

Les différentes interventions sur les nuclei, après introduction des cellules royales se résument à :

  • contrôle de l'acceptation le lendemain des naissances présumées : les cellules sont découpées proprement par le bas comme une boite de conserve;
naissance_reine_2.jpg (5172 octets)
marquage_reine.jpg (4323 octets)
  • évitez le clipper (découpe des ailes droites des reines nées en années paires et des ailes gauches en années impaires) qui favorise les supercédures (changement de reine sans essaimage);
clip_reine.jpg (4218 octets)

Pour produire deux fois plus de reines dans le même temps avec le même nombre de nuclei (ou le même nombre de reines avec deux fois moins de nuclei), il est possible d'introduire dans les nuclei, possédant encore leur jeune reine nouvellement pondeuse, un nouveau lot de cellules royales (protégées par des cages à reines rondes) juste après leur operculation. On fait ainsi coup double :

L'introduction de reines fécondes dans les ruches de production s'opère en quatre étapes qui ont le mérite de s'effectuer consécutivement le même jour :

trempage cage.jpg (6619 octets)
  • baignade forcée de la cagette (une dizaine de secondes) afin d'éliminer facilement les servantes sans que la reine ne s'envole;
  • introduction de la nouvelle reine féconde et sélectionnée, seule, sous cage plate insérée dans du couvain naissant. Des ouvrières naissent, adoptent la reine (elles n'ont pas connu l'ancienne reine). Les cellules libérées permettent la ponte de la nouvelle reine. Les ouvrières de la colonie libèrent souvent elles-mêmes la reine en creusant un tunnel dans la cire ! Seul inconvénient : il faut revenir quatre jours après pour retirer la cage;
introduction_2.jpg (13332 octets)

Ce dernier point est, bien entendu, très important, rigueur de sélection oblige. Il faudra suivre sur les miellées ce que donne chaque reine introduite afin de ré-alimenter le plan de sélection pour l'année suivante et pouvoir choisir une lignée à mâles et deux ou trois lignées à reines.


Réalisation : Gilles RATIA
Mise à jour : 03/04/02
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