|
|
BELGIQUE |
| Eviter un «printemps silencieux» |
Les parlementaires wallons se penchent sur l’ hécatombe persistante dans les ruchers
![]() |
Faut-il suspendre ou interdire l’usage d’insecticides très toxiques pour les abeilles ? Le Parlement wallon ouvre le débat. La France annonce des mesures.
|
Initiées par la députée Marie-Rose Cavalier (Écolo), qui plaide
pour la suspension de l’autorisation de ces produits au nom du
principe de précaution, des auditions publiques de tous les acteurs
concernés ont permis aux parlementaires wallons, ce jeudi, de se
forger une première idée à l’issue d’un débat conduit dans la
sérénité. Pour les apiculteurs, le bourdon des abeilles n’est ni
imputable aux caprices de la météo, ni aux maladies classiques comme
la varroase.
De nouveaux insecticides neurotoxiques ont fait leur apparition dans les années nonante, résume Hubert Guerriat, président des apiculteurs du Hainaut. Ces insecticides, qui enrobent la graine, migrent dans la plante entière et se dégradent lentement dans le sol. Ils se retrouvent dans le pollen du maïs que les colonies récoltent parfois en abondance.
Résultats des courses : lorsqu’elles ne dépérissent pas en pleine saison, les colonies péricliteront souvent le printemps suivant en consommant les réserves de pollen. Ces produits agissent à des doses très faibles, ponctue Etienne Bruneau, du Centre apicole de recherche de Louvain-la-Neuve (Cari). On observe des effets neurologiques sur les abeilles dès qu’elles sont en contact avec du pollen contenant des concentrations du produit de l’ordre du dix-milliardième.
Un rapport scientifique français publié à l’automne dernier concluait en ce sens que l’enrobage de semences de maïs par du Gaucho, déjà en partie interdit en France, pouvait expliquer l’affaiblissement des populations. Parole à la défense ?
La sécurité du Gaucho, tant pour l’homme que pour
l’environnement est garantie et confirmée par les procédures
d’homologation et de réhomologation très rigoureuses dans plus de
100 pays à travers le monde, fait valoir Hervé Tossens, manager
chez Bayer. Gaucho ne présente aucun risque pour les abeilles
dans les conditions d’utilisation homologuée. Cette absence de
risque a été confirmée par de nombreuses recherches intensives,
aussi bien réalisées par Bayer que par des chercheurs réputés et
indépendants.
Bayer fait valoir en outre que l’usage du Gaucho dans les cultures de maïs ne concerne que 6.000 hectares en Belgique.
Faut-il suspendre l’autorisation de ces produits afin d’y voir plus clair ? Le professeur Eric Hautbrugge (Gembloux), estime que supprimer une substance ne résoudra sans doute pas le problème dans la mesure où « l’effet de synergie » entre plusieurs produits peut être prépondérant. L’interaction d’un insecticide et d’un fongicide peut multiplier l’effet toxique jusqu’à 244 fois !
Alors que le secteur apicole demande, au minimum, de limiter
l’usage des produits aux cultures non mellifères, le cabinet du
ministre de l’Environnement, Michel Foret (MR), nous fait savoir
qu’il ne prendra pas attitude avant les résultats d’une étude menée
par le Cari sur la localisation des dépérissements.
Précisons enfin que le retrait d’agrément de ce type de produits dépend du ministère fédéral de la Santé. Le ministre Rudy Demotte (PS) a fait récemment savoir qu’il n’envisageait pas de prendre de décision en ce sens contrairement à son homologue français de l’agriculture, qui annonce une mesure imminente de restriction, voire d’interdiction concernant le Régent.
Le débat parlementaire rependra le 18 mars.
Christophe SCHOUNE