FRANCE

Apiculteurs : non à l'atteinte aux libertés

Une cinquantaine de personnes manifestent à la préfecture

28/01/2004

Atteinte à la liberté de réunion, au droit d'expression et d'information : hier, dans le bureau du préfet, les apiculteurs de l'Anjou ont dénoncé l'intrusion d'un huissier de justice, mandaté par la société BASF, lors de la réunion sur le gaucho de Blaison-Gohier, vendredi soir.

Une cinquantaine de militants et sympathisants dont des représentants de la Confédération paysanne, de la Fédération des syndicats d'exploitants (FDSEA), des Verts, de Via Campesina et le conseiller régional communiste, Jean-Paul Plassard, se sont réunis, hier après midi, devant la préfecture d'Angers. Ils ont apporté leur soutien aux apiculteurs de l'Anjou et aux membres de l'association « Citoyen toi-même », venus dénoncer la présence d'un huissier à leur réunion sur le gaucho et le régent, les deux insecticides accusés de détruire les abeilles.

 

Alain David, le président des apiculteurs, a reçu le
soutien de syndicats et de partis politiques,
lorsqu'il est venu dénoncer l'atteinte au droit de
réunion suite à la présence d'un huissier
à Blaison-Gohier

Vendredi dernier, à l'issue de la réunion qui avait rassemblé une cinquantaine de personnes sur le sujet, un huissier de justice munie d'une ordonnance de la juge du tribunal de grande instance, Edwige Chatoux, s'était fait connaître des organisateurs. Il venait, accompagné... d'un serrurier et de deux gendarmes, pour « vérifier la présence de MM. Arnold, Narbonne et Bonmatin (1), prendre note des propos de ces personnes et de tout intervenant sur le régent, se faire remettre les documents utilisés ainsi que la copie d'un film vidéo. » L'ordonnance précisait bien que l'huissier ne devait se signaler qu'à l'issue de la réunion.

Décision de justice invraisemblable

Avocat de l'Union nationale des apiculteurs, Me Bernard Fau, du barreau de Paris, relaie l'indignation des apiculteurs de l'Anjou et des organisateurs de la réunion de Blaison-Gohier. « Il est invraisemblable qu'une juge ait pu prendre une ordonnance pareille. Cela va à l'encontre des libertés fondamentales des Droits de l'homme. »

« C'est ce qu'ont dit Alain David, le président de l'Union des apiculteurs de l'Anjou et les trois autres personnes reçues par la représentante du préfet. »
« Nous avons demandé, indique Alain David, si désormais les réunions à venir seront, aussi, suivies par un huissier. Nous avons réclamé que les pouvoirs publics nous assurent nos libertés de réunion et d'expression. En réponse, la représentante du préfet s'est retranchée derrière la décision de justice et son incompétence en la matière. »
C'est la première fois en France depuis que des actions et des réunions sont organisées pour dénoncer les effets néfastes des deux produits gaucho et régent utilisés sur les cultures du maïs, tournesol et blé qu'une telle initiative est prise par la société BASF.

La société Bayer qui produit le gaucho a précisé n'être nullement intervenue dans cette affaire.
Interrogée à plusieurs reprises, hier, la société BASF n'a finalement pas fourni d'explications. Il semble qu'elle veuille faire obstacle à une campagne qu'elle juge diffamatoire et contraire à ses intérêts commerciaux.

L'un des buts de l'huissier était de s'emparer du film « Un témoin gênant ». Ce film est déjà largement diffusé, à la vente au public chez les revendeurs des apiculteurs. Il est, de plus, programmé dimanche prochain à 13 h 20 sur FR3.
 

Louis COQUIN.