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Falsification des miels
Partie n°2 (sur 5)


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8 . LE SENS DES MOTS

Suite à plusieurs réunions avec le SPMF, courant 1995/1996, la DGCCRF a procédé à une enquête d’envergure, ciblée sur plusieurs objectifs.

L’un d’entre eux consistait à « coincer » quelques magouilleurs qui, sous couvert de leur statut de producteurs, n’hésitent pas à revendre « récolté et mis en pot par l’api-culteur » du miel d’importation acheté en fûts à des grossistes.

Cette enquête a été un succès qui a fait l’objet de la part de l’administration d’un communiqué (n°100 daté de juin 1997). C’est, semble-t-il, sur la base de ces éléments que M. Guillaume Crouzet a publié dans le journal « Le Monde » du 29/10/97, un article qui aurait mérité davantage de précision dans le vocabulaire utilisé. En effet, l’auteur ne semble pas faire de distinction entre :

Ce n’est pas parce que parfois (mais en fait, plus rarement que les étiquettes tentent de le faire croire) la même personne exerce les trois activités, qu’il faut confondre et mélanger ces compétences très différentes.

A titre de comparaison, il arrive aussi que les métiers de journaliste et marchand de journaux soient pratiqués par la même personne, sans qu’il y ait confusion entre les deux compétences. (Il semble que, même les grands patrons de presse, aient, à un moment ou à un autre de leur carrière, vendu eux-mêmes leur propre journal au public. Il n’y a là rien de dégradant).

Cette imprécision, est source de nombreux malentendus, voire parfois, de véritables escroqueries. Dans les pays consommateurs d’Europe du Nord, (Allemagne en particulier, mais pas seulement) la tromperie est courante. La quasi totalité des petits et moyens conditionneurs se présentent aux consommateurs sous le terme « IMKER », c’est à dire apiculteurs, dans le but, bien sûr, de faire croire au consommateur que le miel qu’il y a dans le pot est récolté, personnellement, par le monsieur dont le nom est écrit sur l’étiquette.

En France, cet abus de confiance est de plus en plus fréquent. Il s’agit là de la part des conditionneurs, d’une attitude déloyale vis à vis de nombreux apiculteurs qui font l’effort de suivre jusqu’au bout leur produit en pratiquant la vente directe. Or, l’honnêteté est tout à fait possible. Il suffirait, pour les conditionneurs qui veulent faire de la qualité et personnaliser leur gamme, d’indiquer, à côté de leur nom ou de leur marque, l’identité du producteur. C'est parfaitement réalisable techniquement. Un apiculteur professionnel produit plusieurs dizaines de tonnes par an. C’est largement suffisant pour constituer un lot dans la chaîne de conditionnement. Ainsi le consommateur serait respecté dans la plus totale transparence.

On est, sur ce point, très loin d’une querelle sémantique.

Concernant l’adultération, d’un point de vue macro-économique, l’apiculteur est la première victime de la fraude. En effet, si l’on considère la fixation des prix idéale, résultant d’une confrontation la plus saine et transparente possible entre l’offre et la demande, tout gonflement artificiel ou frauduleux de l’offre induit une baisse des prix, au préjudice immédiat du producteur.

Ainsi, lire dans un article à propos d’une enquête demandée par notre syndicat d’apiculteurs professionnels, que les apiculteurs fraudent, est un peu frustrant. En fait, les "magouilleurs" qui ont été verbalisés sont des conditionneurs qui, pour mieux tromper leurs clients, se présentent à eux sous le statut d’apiculteur. Ce sont de faux apiculteurs.


9. Quelques chiffres et données pour présenter l’apiculture et le Miel en France, en europe, et dans le monde

punaise.gif (183 octets)En France

Entre 80 et 100 000 personnes sont propriétaires d’un cheptel total d’environ 1 500 000 ruches réparties approximativement comme suit :

détiennent ensemble environ 900 000 à 1 million de ruches.

Le reste, ce sont des possesseurs de ruches, appelés aussi « apiculteurs amateurs ». *

Seul le miel produit par les professionnels et pluri-actifs entre dans le circuit commercial, vente directe à la ferme ou sur les marchés, VPC, mise en pot et distribution en grande, petite ou moyenne surface.

Dans la plupart des cas, la production des amateurs est autoconsommée ou offerte. Quelquefois, mais c’est beaucoup plus rare, elle est partiellement vendue aux voisins ou aux collègues de travail.

On admet généralement que 40 à 50 % de la consommation totale est mise en pot par les producteurs. Le reste passe par le « circuit long » : vente en fûts de 300 Kgs à des grossistes spécialisés qui conditionnent en pots et approvisionnent les grandes surfaces.

7 conditionneurs sont spécialisés dans le Miel. L'entreprise leader représente plus de 8 000 tonnes/an (à comparer à la RFA, où le leader est à plus de 20 000 tonnes).

Sociologiquement, les professionnels sont :

Beaucoup d’entre eux sont des néo-ruraux attirés par « la vie à la campagne », souvent passionnés par leur métier, et qui utilisent les techniques les plus modernes et sophistiquées.

Les pluri-actifs sont majoritairement des ouvriers et employés qui tirent de l’apiculture un complément de revenu parfois non négligeable. (cependant quasiment tous les métiers sont représentés : enseignants, poli-ciers, fonctionnaires, professions libérales, etc….).

Les amateurs : cela va du concierge de l’opéra de Paris, qui travaille ses ruches sur le toit de l’établissement, jusqu’au Président de la République, en passant par l’artiste ou l’avocat du « tout Paris » qui pratique sa passion dans sa résidence secondaire. (François Mitterrand, Francis Bouygues et Valéry Giscard d’Estaing, entre autres, sont ou étaient des apiculteurs amateurs.)

Notons que :

La consommation totale (Miel de bouche et pâtisserie) est de l’ordre de 500 à 700 grs par habitant et par an, se répartissant approximativement comme suit :

La production de miel est soumise à des variations considérables de rendement liées à la météo et à une multitude d’autres facteurs.

Pour certains miels d’appellation, il arrive même parfois que la récolte soit totalement nulle : Montagne, Sapin ou bruyère par exemple.

* Une curiosité juridique du secteur est à noter : le plus souvent les apiculteurs amateurs qui (ne serait ce que pour souscrire à l’assurance Responsabilité Civile obligatoire), ont besoin de se regrouper, sont constitués en syndicats. Les dysfonctionnements consécutifs à cette situation sont tellement nombreux que le SPMF a saisi la Justice. En effet, le code du travail stipule que ne peuvent être constitués en syndicat que les professionnels et pluri-actifs exerçant des métiers similaires ou connexes. Au terme de cette procédure (en cours), le SPMF souhaite aboutir à un secteur organisé clairement :

punaise.gif (183 octets)En Europe

Si la France est autosuffisante à 80%. L’union Européenne l’est à 50% (production : @ 130 000 tonnes, importations : @ 130 000 tonnes).

Seuls les pays du « Sud » : Grèce, Italie, France, Espagne, Portugal sont producteurs.

Au « Nord », Royaume Uni, Bénélux, Allemagne, Danemark, il n’y a, à quelques très rares exceptions près, que des amateurs dont la production ne rentre jamais dans le circuit long. Dans ces pays, on ne trouve en grande surface, à part quelques spécialités d’Europe du Sud, que des miels importés de pays tiers.

La consommation par tête et par an est très inégale : plus d’1 kg en Grèce, Suisse et Allemagne, moins de 500 grs dans la Péninsule Ibérique, entre 500 grs et 1kg sur le reste de la communauté Européenne.

punaise.gif (183 octets)Dans le monde

La production mondiale est évaluée par la FAO à environ 1 200 000 tonnes dont près de 300 000 (proportion absolument considérable), font l’objet d’échanges internationaux (en fûts de 300 Kgs).

Il y a 3 pays gros exportateurs : Chine, Argentine et Mexique, et 3 zones importatrices : Japon, USA et U E.

Un nombre considérable d’autres états exportent beaucoup plus modestement : Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Cuba, Turquie, Hongrie, Roumanie, Pologne etc…

L’Arabie Saoudite, le Maghreb et le Moyen Orient importent des volumes modestes, mais en pots seulement…

La production mondiale a tendance à stagner ou diminuer, conséquence logique de l’effondrement des prix de la fin des années 80, alors que la demande est soutenue, conséquence tout aussi logique de la tendance lourde vers le « naturel », le « sain » et « l’authentique ».

Il y a dans chaque pays, 2 formes de production très différentes:

1. Les exploitations apicoles spécialisées

D’une centaine de ruches pour les plus petites à plusieurs dizaines de milliers pour les plus grosses unités de production aux USA, la taille moyenne se situe entre 200 et 1000 ruches. Sauf exception, le miel est stocké chez le producteur en fûts de 300 kgs expédié chez le conditionneur ou la coopérative locale et exporté en l’état. Dans ce cas, il n’y a généralement pas d’intervention de refonte, mélange et homogénéisation des lots entre la ferme du producteur et l’usine du conditionneur. Le risque d’adultération est donc quasiment nul.

2. La collecte dans les campagnes

Partout, il existe des paysans ou des ouvriers qui ramassent le miel et la cire de quelques colonies sauvages ou leur appartenant. Cette production est assurée dans des conditions d’hygiène sommaire et stockée dans des emballages hétéroclites. Elle est ensuite collectée par des intermédiaires qui la destinent à des coopératives ou négociants spécialisés.

A l'étape suivante, l’exportateur mélange les produits de ces collectes dans des cuves adaptées et stocke cette marchandise avant expédition, en fûts de 300 kgs.

Ces lots sont bien sûr homogènes et particulièrement appréciés des utilisateurs industriels qui préfèrent, comme ingrédient pour leurs préparations, une qualité constante toute l’année.

Dans ce cas, le risque d’adultération est maximum


10. QUELLE EST LA TECHNIQUE CHINOISE POUR « FABRIQUER » DU MIEL ADULTERE ?

En Chine, on ne rentre pas dans les « usines à miel ». C’est « top secret ». Les bâtiments sont immenses, plusieurs milliers de m² au sol, et très protégés : grillages, gardiens et haut parleurs. (Au Viet Nam, les visites sont possibles. Les bâtiments ne font que quelques centaines de m² de surface, et sont poly-valents. Il arrive, qu’ils soient utilisés à d’autres usages, comme fabriquer de la bière par exemple. L’accès est autorisé, et, apparemment en tout cas, il semble qu’il n’y ait rien à cacher).

La (ou les) « technique de fabrication » chinoise n’est pas réellement connue. L’hypothèse la plus probable est la suivante :

1. Le miel est prélevé dans les ruches, non operculé, à 25 ou 30% d’humidité, c’est à dire bien avant mûrissement. Rappelons que la réglementation européenne (peu contraignante sur ce point), autorise un maximum de 21% d'humidité. Un miel de qualité titre moins de 18%.

2. Il est extrait et stocké dans des emballages ahurissants (hétéroclites, rouillés etc..) en attendant le passage du collecteur.

3. Ce dernier l’achemine jusqu’à l’usine, le plus souvent dans un état de fermentation avancée. Il s’agit là d’une certitude. Sous le microscope, le miel chinois se reconnaît entre mille : c’est un tapis de levures (voir photos).

4. A l’usine, cette fermentation est bloquée chimiquement, et on procède au mélange avec les sirops industriels adaptés. Si nécessaire, une déshumidification industrielle est effectuée, pour sortir un produit, si possible à moins de 19 % d’eau. Le plus probable, d’après les spécialistes, c’est que les résidus considérables de fer que l’on retrouve par la suite, sont la conséquence directe de cette étape de « fabrication ».

5. Ensuite, le « miel » est soutiré des cuves et stocké dans ces fameux fûts à bonde non alimentaires pour être exporté. C’est la raison pour laquelle les laboratoires européens sont régulièrement surpris par l’homogénéité du « miel » chinois, tout au moins en ce qui concerne certains paramètres particulièrement surveillés (à propos de l’adultération).

Ces déductions résultent de recoupements divers. Il n’y a pas eu, bien entendu, de commission d’enquête indépendante qui ait été autorisée à faire les observations nécessaires sur place. Les point 2, 3 et 5 sont absolument prouvés. Les points 1 et 4 sont des évidences dont certains détails techniques restent à préciser.


11. COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LA ?

A partir des informations en notre possession, la possibilité d’adultération du miel, non détectable par les techniques de l’époque (recensées dans les annexes de la directive 74/409), remonte au milieu des années 70 et correspond à la commercialisation des sirops industriels de maïs à haute teneur en fructose (HFCS). C’était la première fois que l’industrie réussissait à produire un édulcorant si proche du miel.

C’est pour lutter contre ce risque de trafic, que White et Doner ont mis au point et publié en 1978, la méthode basée sur la mesure du carbone 13 du miel. Cela a suffit, semble-t-il, à décourager les escrocs de l’époque, qui n’avaient à leur disposition qu’une technique grossière et artisanale (mélange simple et sans aucune transformation ni précaution des 2 produits).

Quand la Chine, absente jusqu’alors du marché mondial, est arrivée, compte tenu des particularités de ce « miel », les soupçons ont été immédiats.

C’est ce qui a conduit, toujours aux USA, White et Winters, à publier en 1989 la méthode qui porte leur nom. Outre le d 13C des sucres du miel, elle mesure le d 13C des protéines. Cela permet la création d’un standard interne qui tient compte de la variabilité naturelle des caractéristiques du produit en fonction de son origine florale ou géographique.

A partir de ce moment là, l’administration américaine n’a pas hésité, à avoir, sur le miel, une politique interventionniste. Par exemple et pour mémoire, en 1994 le miel chinois a été frappé de 140% de taxes douanières à l’importation. L’an dernier, un mécanisme sensiblement différent, a bloqué totalement pendant quelque temps les importations en provenance de ce pays.

La politique chinoise en matière de miel n’est pas le fruit du hasard. Tous ceux qui ont approché la question sur le terrain et qui veulent bien en parler, affirment que l’on se trouve face à une fraude organisée scientifiquement, planifiée et évolutive. Il s’agit de se rendre maîtres du marché mondial, et ce ne sont pas les producteurs de chaque zone importatrice qui sont visés, mais les concurrents directs, c’est-à-dire les autres pays exportateurs. Le miel est un petit produit, certes, et la masse financière modeste, mais l’enjeu, planétaire, fonctionne selon la même mécanique que s’il s’agissait de pétrole, de café ou de cacao. Une fois que l’on est leader quasi monopolistique, on a les mains libres pour, en fonction des circonstances, se lancer dans des opérations spéculatives, à la hausse comme à la baisse, et ainsi, engranger d’autant plus de profit que la marchandise que l’on met en marché n’est qu’un pâle ersatz que l’on fabrique à des coûts artificiellement très bas.

Devant une telle situation, et compte tenu de l’absence totale de réaction de la part des autorités de contrôle, les concurrents n’ont qu’une alternative : utiliser les mêmes procédés, ou bien être éliminés.

C’est exactement ce qui s’est passé.

D’une part, les producteurs de nombreux pays traditionnellement exportateurs, découragés par des prix aussi bas, "baissent les bras" à la première difficulté (problèmes sanitaires, mauvaises conditions climatiques etc… comme récemment au Chiapas).

D’autre part, les coopératives et industriels exportateurs, plutôt que de disparaître, sont tentés de recourir aux mêmes procédés que les Chinois. C’est ainsi que, ponctuellement, les importateurs se sont aperçus, après contrôle, que l’on pouvait se faire piéger avec pratiquement n’importe quel pays. On a ainsi recensé quelques lots falsifiés en provenance de : Argentine, Mexique, Guatemala, Turquie et surtout Hongrie, qui semble avec son acacia, le pays le plus tenté d’imiter la Chine. On doit à la vérité des faits de préciser qu’il n’y a guère qu’un ou deux opérateurs marginaux concernés par pays et que l’ampleur du phénomène, heureusement, est sans commune mesure avec l’industrie de la fraude chinoise.

Une chance dans notre malheur : la Russie, (l’un des premiers exportateurs mondial dans les années 70), totalement désorganisée, n’a plus les moyens d’expédier son « miel ». Le jour ou l’infrastructure exportatrice sera redevenue opérationnelle, il est à souhaiter que l’Europe réagisse un peu mieux qu’aujour-d’hui. Sans faire de catastrophisme, s’il n’y a pas une mobilisation à la hauteur de l’enjeu, le miel, exalté par les pharaons, glorifié par la bible, risque, de ne plus être pour nos petits enfants qu’un lointain souvenir, un mythe, mais plus du tout un régal pour le petit déjeuner.


12. MIEL : LE JUSTE PRIX

Sur le marché de gros, le prix est exprimé en Francs ou en Dollars (hors TVA et droits de douane), par kilo ou par tonne, logé en fûts de 300 kgs, transport et emballages compris. Au détail, pour le consommateur, on parle en francs, par kilo, et toutes taxes comprises (TVA).

Contrairement à la plupart des grands marchés internationaux, le marché du miel est totalement inorganisé. Le terme « anarchique » conviendrait, d’ailleurs, beaucoup mieux. Les fluctuations habituelles liées aux déséquilibres qui peuvent survenir entre l’offre et la demande ne sont amorties par aucun mécanisme régulateur. Heureusement, ce produit se conserve sans aucun problème dans des conditions de stockage relativement peu coûteuses. Ainsi, ce sont les producteurs eux mêmes ou leurs coopératives qui assurent un minimum de régulation.

Après la deuxième guerre mondiale, les cours en francs courants, pendant une très longue période, ont très peu évolué. Heureusement, les gains de productivité étaient tels que, même s’il n’y avait pas d’installations nouvelles, beaucoup d’apiculteurs déjà installés ont survécu. Au début des années 70, la vogue du retour à la nature et des « produits naturels » a commencé. Conséquence directe d’un déficit de l’offre, en moins d’un an les prix ont triplé sur le marché mondial. Nous étions en 1974 et il n’y avait pratiquement pas eu d’installation depuis trente ans. Les années suivantes, beaucoup de jeunes sont ainsi devenus apiculteurs, la plupart venus de la ville et attirés par le « retour à la campagne ». A cette époque, il fallait deux à trois années d’attente avant de pouvoir suivre une formation apicole, tellement le créneau était encombré.

Au début des années 80, les prix tournaient autour de 1 000 $ la tonne, alors que sa contre-valeur en francs ne cessait de s’apprécier pour atteindre, au plus haut 10,50 F. contre 1 $.

C’est à ce moment là que les Chinois ont inondé le marché mondial, alors que, parallèlement, le cours du dollar baissait inexorablement.

A son niveau le plus bas, en 1993-1994, le miel chinois le moins cher (car même dans le miel chinois, il y a une gamme !) est tombé à moins de 700 $ la tonne, ce qui représentait au cours de l’époque, transport, droits de douanes et tous frais compris, moins de 5,00 FF le kilo. Au même moment, le miel français le plus courant, était payé autour de 6,00 FF. Comparé au prix de 1986 de 11,00 FF, cela représentait une chute de 50% (en francs constants). Evidemment, les monofloraux et miels rares ont suivi la même pente : moins 60% pour la lavande par exemple (source ADAPI). Inutile de préciser que l'apiculture européenne en paye encore le prix.

Depuis 4 ans, la courbe du prix mondial, qui influe directement sur le prix payé à l’apiculteur européen, ressemble à des montagnes russes. Le miel de qualité (Argentine) s’est payé au maximum l’an dernier 2 200 $ la tonne. Aujourd’hui, il se situe à moins de 1 200 $. Le « miel » chinois est monté au plus haut à 1 700 $ et se retrouve maintenant entre 900 et 1 000 $.

Ces turbulences, qui n’ont pas que des causes naturelles, sont extrêmement délicates à gérer pour tout le monde, en particulier pour les conditionneurs. Les apiculteurs, eux, sont habitués depuis longtemps !

Au point où l’on en est arrivé aujourd’hui, plus personne n’a de repères.

Un audit récent, commandé par le ministère, de l’Agriculture au cabinet GEM, révèle que, au cours le plus haut atteint en 1997, l’apiculteur moyen, est péniblement rémunéré au SMIC. Au niveau des investissements engagés et des compétences requises, c'est tout à fait insuffisant. Il ne faut pas chercher ailleurs, l’absence quasi totale d’installations apicoles depuis plus de 10 ans.

Dans plusieurs pays à travers le monde, y compris ceux où la main d’œuvre est la moins chère comme au Mexique, l’apiculture et la production de miel stagnent ou régressent. A côté de cela, deux idées fausses circulent :

On est là à un niveau de contre vérité qui frise la caricature.

En effet et à l’évidence, entre 1 000 et 2 000 $ la tonne, on a -et on aura- de plus en plus de mal à trouver du miel véritable sur le marché mondial. La solution est très simple : il suffit que le marché propose une fourchette entre 2 000 et 3 000 $ la tonne. A ce niveau de rémunération, il ne manquera pas de producteurs pour fournir un produit d’une qualité irréprochable à tous points de vue.

On est, pour l’instant, dans un cercle vicieux :

EUROPE

En ce qui concerne l’Europe, en-dessous d’un prix d’achat au producteur de

12 à 14 F du kg pour les miels les plus courants (Colza, Tournesol, Toutes fleurs de plaine basiques)

et 15 à 60 F pour les plus rares, (Acacia, Châtaignier, Tilleul, Sapin, Rhodo-dendron, Lavande, Bourdaine, Bruyère callune ou érica-, Montagne, Haute-montagne, Garrigue, Provence, etc..)

il est illusoire de s’imaginer que des jeunes apiculteurs accepteront de prendre le risque de s’installer.

Or, si le consommateur est prêt à payer la qualité à son juste prix, il n’accepte pas d’être trompé. Il reste donc à moraliser et assainir le marché pour que tout le monde, producteur, conditionneur et consommateur y retrouve son compte.

Pour cela, il suffit simplement d’un minimum de volonté politique afin que, sous appellation « MIEL », on ne trouve plus dans les pots, que du miel (si, en plus, l’étiquette est suffisamment claire et fiable en ce qui concerne les précisions indispensables sur l’origine florale et géographique, c’est encore mieux).

Débarrassé des sirops industriels, le marché retrouvera un niveau de prix ajusté en fonction de l’offre et la demande, rémunérateur pour les producteurs et respectueux du consommateur.

Cela n'a d'ailleurs pas échappé à la DGCCRF qui explique dans la note d'infor-mation 1802 du 9/4/97, que cette pratique

"permet au fournisseur d'augmenter les quantités disponibles et de diminuer son prix de vente, ce qui profite directement à l'importateur. Par le biais de cette fraude, le professionnel indélicat pénètre des marchés importants en bénéficiant d'un prix inférieur à celui pratiqué par la concurrence. Dès lors, l'équilibre du marché se trouve rompu, non seulement au niveau des prix, mais aussi en ce qui concerne la qualité du miel. De plus, le consommateur final est trompé sur la qualité du produit qu'il achète."

Quel devrait être le juste prix payé par le consommateur ?

Une fois rajoutés tous les frais de : transport, conditionnement, marketing, marge du distributeur et taxes diverses, le prix de vente loyal et réaliste se situe :

La fourchette pour chaque variété sera toujours relativement large. En effet, l’irrégularité des récoltes très importante d’une année à l’autre peut induire une offre quasi nulle alors que la demande est beaucoup plus stable. Les prix s’en ressentent inévitablement.

En tout état de cause, il ne faut pas rêver. Entre 9 et 15 F le kilo, prix consommateur, comme cela s’est vu trop fréquemment ces dernières années sur les linéaires de premiers prix : « il y a un truc ».

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Réalisation : Gilles RATIA
Mise à jour : 21/12/98
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