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S.A.P.M.P.
S
yndicat des des Apiculteurs de Professionnels de Midi Pyrénées

Délégation Régionale Midi Pyrénées du SPMF


Libre opinion

La première partie de cette libre opinion, consacrée à l'analyse de la meilleure stratégie syndicale possible dans la défense de l'abeille face aux effets non intentionnels des produits phytosanitaires, a été publiée en Janvier 2000 sur le bulletin du SPMF. 

Certains de mes collègues, indépendamment de leur avis sur le fond, ont pensé que, en plein " dossier Gaucho ", il valait peut-être mieux surseoir de quelques mois pour la suite. En effet, le point de vue qui est soutenu ci après : " il n'est pas possible de mêler les légitimes préoccupations commerciales des responsables de revues avec la stricte efficacité syndicale, qui requiert, dés lors qu'on ne dispose pas des moyens d'un syndicalisme de masse, un minimum de rigueur et d'honnêteté intellectuelle ", aurait pu être déformé, utilisé, et, ainsi, ajouter à la confusion.

Cela fait plusieurs dizaines d'années que l'abeille paye un lourd tribut à l'utilisation de produits phytosanitaires. Il n'y aura pas de solution miracle du jour au lendemain. Il était donc préférable d'attendre l'épilogue de l'action en cours pour aller au bout du raisonnement. Nous y sommes. La dernière décision ministérielle du 2 Février 2001 apporte une fois de plus la preuve que le meilleur dossier technique, (et dieu sait que, au vu de l'absence totale de financement collectif, donc de moyens, le dossier constitué bénévolement par nos collègues est remarquable), peut être complètement saboté par un discours simplificateur et une stratégie syndicale démagogique.

Pour les besoins de la démonstration, je fais un parallèle avec le débat sur la publicité générique pour le miel, très à la mode pendant les années 80. A cette époque, sans se préoccuper le moins du monde du résultat en terme d'efficacité ou de retombées économiques, les revues ont " vendu " la stratégie publicitaire aux apiculteurs, de la même manière qu'elles ont " vendu " la stratégie du " tout gaucho " ces 3 dernières années. A l'époque, le fiasco a été total et l'Interprofession n'y a pas survécu.

Il n'est peut-être pas trop tard pour tirer les leçons du passé. Essayons, une bonne fois pour toutes de disjoindre les préoccupations commerciales de la rigueur nécessaire, tant à la défense syndicale d'une profession microscopique, qu'à la protection de l'abeille.


Première partie . JANVIER 2000 

LIBRE OPINION 

JOËL Schiro.

LES APICULTEURS DEVRONT ABOLIR LA CENSURE S'ILS VEULENT UN SYNDICALISME EFFICACE.

C'est à l'occasion de l'apparition des nouvelles formes d'intoxication d'abeille suite à l'arrivée de la DELTAMÉTHRINE (matière active du DECIS, 1980/1981), que j'ai mis le doigt dans le syndicalisme apicole.

Bref rappel des faits :

Jusque là, on considérait que les manifestations cliniques d'une intoxication étaient essentiellement caractérisées par la présence de milliers d'abeilles mortes devant les ruches.
On retrouvait en outre facilement les résidus, surtout le LINDANE et le PARATHION, dans les cadavres analysés.

Avec la DELTAMETHRINE, il y avait tellement peu d'abeilles mortes que, en présence d'herbe on ne les voyait pas. Les laboratoires (l'INRA au moins), ne retrouvaient rien. Parfois (mais pas toujours) d'autres mettaient, en évidence des résidus. L'INRA, toute puissante à l'époque et fortement impliquée dans les homologations, avait décrété, sans être sérieusement contestée par les apiculteurs, que ces laboratoires étaient " farfelus et folkloriques " et donc leurs résultats n'avaient aucune valeur. (sauf devant la justice comme on le verra plus loin).

Comme d'habitude dans notre milieu, le débat fût épique et désordonné. La réalité même de l'intoxication était niée par de nombreux professionnels. Les amateurs quant à eux sont passés totalement à coté du phénomène. C'est normal. Par définition, l'amateur est présumé incompétent. Le dictionnaire le dit bien : l'amateur, (ou dilettante), c'est celui qui aime, qui se passionne, et qui a le goût pour quelque chose… bref quelqu'un dont la préoccupation première est l'esthétique et le plaisir, et non l'efficacité ou la rentabilité. Par définition, le professionnel est, au moins, suffisamment compétent pour tirer de son activité les revenus nécessaires à son existence et à sa protection sociale. Dans les métiers auprès de qui on met sa vie en jeu, (chirurgien pilote etc) il ne viendrait à l'idée de personne de faire appel à un amateur. Par contre pour jouer une pièce de théâtre, ou faire pousser quelques légumes, cela est courant.

Personne ne s'étonnera donc, que, cette nouvelle forme d'intoxication aux manifestations cliniques particulièrement insidieuses, ait été mise en évidence par des professionnels, pas tous, bien entendu. A partir d'un certain niveau technique, il est normal qu'un phénomène nouveau suscite débat entre spécialistes. Dans ces moments là il vaut mieux que ce débat ne soit pas pollué par des tiers, qu'ils soient journalistes, badauds ou curieux quelconques.

En ce qui me concerne, l'incompétence des amateurs, associée à la structuration particulièrement atypique de la filière apicole a eu des conséquences inattendues.

Comme tout le monde, j'avais souscrit une assurance par l'intermédiaire du syndicat UNAF 65 (Hautes Pyrénées). Sur le plan juridique il y a deux façons de voir les choses.

  1. C'est le syndicat qui est l'assuré, donc, c'est le président qui discute du montant des remboursements, qui reçoit les chèques et les redistribue.

  2. Le syndicat n'est qu'un intermédiaire collecteur, (une sorte de boite aux lettres) mais c'est l'apiculteur qui reste l'assuré, qui présente son dossier, discute de son remboursement et reçoit directement l'indemnité.

Pour ce nouveau type de sinistre, le président, qui, dés le départ n'a strictement rien compris au problème, (répétons encore une fois qu'il n'est pas question ici de lui jeter la pierre. Même un professionnel qui n'aurait visité ses ruches que le week-end n'aurait pas été capable de diagnostiquer une intoxication Décis…alors un amateur ! ! !) " je ne vois pas de quoi tu te plains, tes ruches sont plus belles que les miennes ", s'est posé clairement comme l'assuré, seul et unique interlocuteur de l'assurance. Il m'a très simplement et ouvertement déclaré devant témoins : " Je ferai tout ce que je peux pour que tu ne touches pas un centime ". (Pour ceux à qui il est arrivé parfois d'avoir des problèmes avec leur assurance, le plus souvent, il est inutile qu'ils aillent chercher les raisons ailleurs que dans une intervention de leur président).

L'affaire a duré plusieurs mois, le dossier intoxication (analyses, rapport d'expert, gendarmerie, témoignages, photos, constats d'huissier), étant doublé parallèlement d'un dossier contentieux vis à vis du syndicat, (lettres recommandées AR, ordonnance du juge désignant un huissier pour noter scrupuleusement les débats du conseil d'administration, courriers d'avocats et constats divers).

Au bout de quelques mois de ce régime et malgré un dossier en béton, (à l'évidence, chacun comprendra que, n'importe quel assuré victime d'un sinistre, lorsqu'il est contesté, diffamé, insulté, humilié, multiplie les précautions et les preuves. À la sortie, ce n'est plus un dossier, c'est un blockhaus), l'assurance m'a fait savoir qu'elle ne paierait pas.

Fatigué par des mois de combat, espérant par là retrouver la paix, j'ai informé le Conseil d'administration de l'UNAF 65 que j'allais demander à l'UNAF NATIONALE d'intervenir pour moi auprès de l'assurance, et que je ne renouvellerai pas ma cotisation l'année suivante. 

J'étais parfaitement confiant dans ma démarche. Le dossier que j'avais constitué était particulièrement solide. Outre mon remboursement (ridicule au regard de la perte subie, mais cela est parfaitement normal : du fait du mélange avec les amateurs, nous payons peu, et nous sommes très mal assurés), j'attendais de l'assurance un soutien juridique pour un recours contre la société PROCIDA, dont j'espérais surtout la remise en cause de l'homologation du produit. Je n'avais pas de raison de douter davantage du soutien actif de MAURICE MARY, alors (1981) vice président de l'UNAF NATIONALE (et du SPMF). Il se disait très fortement engagé dans la remise en cause de l'homologation " pleine fleurs " du DECIS.

Les avatars ont continué. Brièvement :

  1. l'UNAF 65, que j'avais pourtant informé de mon désir de cesser d'adhérer (j'habitais alors le GERS, (32.) Je n'étais pas plus que ça attaché à un département) m'a exclu à l'unanimité du conseil d'administration.

  2. Le président départemental que j'ai informé de mes démarches auprès de l'UNAF nationale m'a ri au nez. Il m'a expliqué qu'il était déjà intervenu bien avant moi. " J'ai prévenu " me dit-il, " que si le national se mêlait en quoi que ce soit de cette affaire, je me faisais fort de faire basculer la totalité des abonnements collectés de " La revue Française d'apiculture " à la publication concurrente du SNA, " l'abeille de France ". " Si tu crois que ton dossier va peser bien lourd face à plusieurs centaines d'abonnements, c'est que tu es bien naïf ".

  3. MAURICE MARY a " fait le mort ". Il ne s'occupait pas de la gestion au quotidien.

  4. Le président de l'UNAF nationale, JEAN PIERRE BONIMOND, m'a clairement et très franchement expliqué qu'il ne lèverait pas le petit doigt dans cette affaire. A long terme, il fallait bien comprendre que quelques centaines d'abonnements valaient bien plus que la remise en cause d'une homologation.

L'avantage, quand on est dos au mur, c'est qu'on ne peut plus reculer.

J'étais parfaitement conscient qu'un procès contre l'assurance, pour aussi étayé que soit un dossier, était quasiment perdu d'avance si mes " pairs " m'avaient exclu.

J'ai donc été contraint d'assigner en référé l'UNAF 65 pour obtenir ma réintégration immédiate, confirmée plusieurs mois après par les juges du fond. Le respect que je dois à la chose jugée fait que, depuis cette date, j'ai tous les ans renouvelé ma cotisation.

Il m'a fallu également assigner l'assurance contre qui j'ai obtenu gain de cause en première instance, jugement confirmé en appel : les analyses des deux laboratoires de NICE et de SICAGRO, n'ont pas été contestées.

Ainsi donc, je suis, en France, le seul adhérent à l'UNAF par décision judiciaire. En outre, on peut dire que j'ai eu la chance de suivre là une double formation accélérée :

Il est donc inutile que je m'étende longuement sur les enseignements de cette affaire. l'UNAF et le SNA sous couvert de leur identité syndicale, sont en fait deux entreprises de presse concurrentes. Le fond de commerce est prioritaire par rapport aux deux objectifs essentiels de la défense syndicale :

  1. Le prix du miel et son corollaire, la lutte contre la fraude,

  2. La santé de l'abeille au sens large, maladies, pollutions, intoxications.

Ln conséquence, chaque fois qu'il y aura un choix à faire, c'est le souci du fond de commerce qui primera. Cette situation est le résultat d'un système et n'a rien à voir avec l'honnêteté, l'intégrité ou la moralité de ceux ou celles qui en sont les acteurs. A l'évidence s'il n'y avait plus cette situation de concurrence, c'est à dire si l'une ou l'autre des deux entreprises disparaissaient du marché, cela fonctionnerait d'une manière totalement différente. Je n'ai hélas pas les qualités intellectuelles nécessaires à théoriser les conséquences d'une telle hypothèse.

Quoi qu'il en soit, les faits relatés ci dessus sont suffisamment graves et lourds de conséquence pour qu'il soit permis aux personnes et aux organisations citées d'exercer leur droit de réponse si elles le souhaitent. Or, Je ne me serais pas permis de rappeler des faits aussi anciens s'il n'était pas possible, matériellement, aux gens concernés de corriger des oublis ou erreurs éventuelles que j'aurais pu faire. Quatre audiences de justice, c'est :

Dans les quatre audiences, l'UNAF 65 est impliquée :

Si MAURICE MARY dispose d'un document quelconque attestant de l'intervention de l'UNAF NATIONALE pour soutenir un adhérent (au bénéfice duquel Mr BONIMOND lançait quelques mois plus tôt une souscription de soutien, que j'avais refusé), englué dans quatre procédures judiciaires, il aura certainement à cœur de le faire connaître. Si la mémoire lui fait défaut, je suis bien entendu disposé à mettre les quatre dossiers à sa disposition.

Si je suis le seul exclu pour avoir été victime de l'empoisonnement de mes ruches, je ne suis pas le seul à avoir eu recours à la justice pour obtenir réparation. Aucune des trois organisations apicoles, n'a mené la moindre action syndicale dans cette affaire. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu le SNA intervenir. Quant à l'UNAF et au SPMF, l'essentiel du débat consistait en un échange entre MAURICE MARY (vice président des deux structures) qui, en tribune, n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer le produit DECIS, et RAYMOND BORNECK, (à la fois secrétaire général du SPMF et directeur de L'ITAPI, un cas unique d'incompatibilité de fonctions, mais rien n'étonnera jamais les apiculteurs), qui balayait d'un revers de main toutes les analyses de résidus qui ne provenaient pas de l'INRA.

Il expliquait que, la raison de tout ça, " c'était la maladie des abeilles qui disparaissent ". Comme il était régulièrement réélu, la logique s'impose : il exprimait ainsi une opinion majoritaire.

Face à cet étrange débat, ceux qui avaient, au minimum, la curiosité d'essayer de comprendre, se sont retrouvés au groupe apiculture du CNJA. C'était le seul espace réellement démocratique qui restait à l'apiculture : pas de censure et expression libre. Mais, même dans cette ambiance il a tout de même fallu plusieurs années pour aboutir à un résultat concret. En 1985, après plusieurs années d'efforts, nous avons réussi à obtenir un véritable essai inter-laboratoire sur la fiabilité des analyses de résidus. Comme on le voit rien d'extraordinaire. L'étalonnage des instruments de mesure est même le B.A. BA de la méthode scientifique 

La seule question que devraient se poser les apiculteurs est la suivante : comment se fait-il qu'il ait fallu tant de temps et un groupe de jeunes apiculteurs évoluant en marge des syndicats installés pour clore définitivement le débat, à l'aide d'une " expériencette " aussi anodine ?

Les résultats sont maintenant connus de tous : lorsque, dans les meilleures conditions de laboratoire, on empoisonne des abeilles avec une dose connue de pesticide, et que l'on pratique l'analyse immédiatement après, dans la pièce à coté, le taux de récupération oscille entre 3 et 39% selon les molécules et/ou les conditions de l'expérience. 

Il faut rappeler que jusque là le débat était désespérément simpliste :

  1. Il n'y a que très peu d'abeilles mortes devant les ruches,

  2. L'INRA ne retrouve pas de résidus dans ces abeilles (convaincus par les explications de RAYMOND BORNECK, la majorité des apiculteurs étaient absolument convaincus que les analyses des autres laboratoires, " farfelus et folkloriques " n'avaient aucune valeur. Il faut bien enfoncer le clou : le fait que ces laboratoires étaient nuls était tellement ancré dans les esprits, qu'il n'était même pas question de leur donner la parole pour leur permettre de s'expliquer. Cela aurait été du temps perdu nous disait-on).

  3. Donc, les abeilles ne sont pas empoisonnées…circulez, il n'y a rien à voir.

A partir de ce test, éminemment scolaire et qui n'a quasiment rien coûté, tout ce beau raisonnement est tombé comme un château de cartes. Ceci dit, cinq ans après, il eût fallu un peu plus qu'une douzaine de jeunes apiculteurs isolés, pour concrétiser syndicalement, ce résultat technique.

Ainsi se terminait l'épisode DECIS. Si j'étais attristé par l'inanité du débat apicole, (Voir les quelques exemples ci après), je restais perplexe sur les solutions :

Le fait que personne n'ait jamais posé aucune de ces questions pourrait laisser penser que l'apiculture est uniquement composée d'imbéciles. Or, statistiquement et en fonction des probabilités, cette hypothèse est scientifiquement, totalement invraisemblable. Donc, si les hommes ne sont pas en cause, c'est le système dans lequel ils évoluent qu'il faut regarder de prés.

Pour l'instant, nous payons cher l'échec de l'affaire DECIS. Tous les collègues victimes des nouvelles formes d'intoxication n'ont peut être pas totalement pris conscience que, pour aboutir sur un dossier aussi délicat, qui comporte en outre des enjeux financiers considérables, il ne suffisait peut-être pas d'avoir un bon dossier technique. Ma crainte, je dirais même mon angoisse, c'est que, après avoir perdu 20 ans avec l'échec du dossier DECIS, on ne perde 20 ans de plus, sur un nouvel échec dans le dossier actuel.


Deuxième partie, Janvier 2001

Le test inter-laboratoire de fiabilité des analyses a clôturé l'action syndicale de l'affaire DECIS. La situation sur le terrain s'était amélioré : moins de surfaces de colza, une meilleure pratique agricole, des récoltes de tournesol phénoménales….finalement, les apiculteurs ont accepté " de vivre avec les intoxications ", sans manifester beaucoup de mécontentement.

C'est à ce moment là que les collègues m'ont désigné pour représenter le SPMF au bureau de l'Interprofession naissante.
Un livre ne suffirait pas à raconter à quel point la filière apicole s'est ridiculisée dans cette affaire. Nous payons tous, lourdement, et nous paierons encore longtemps cette pantalonnade. Je m'en tiendrai donc à l'essentiel.

DEUX DÉBATS ONT PRÉCÉDÉ À LA CREATION d'INTERMIEL

1). La représentativité du collège producteur : 9 sièges à pourvoir.

Le SNA, (30 000 adhérents revendiqués), et l'UNAF (20 000), exigeaient une représentation paritaire : 3 sièges par syndicat. Le SPMF (entre 300 et 500 cotisants) souhaitait, au minimum, une pondération estimée à partir des adhérents statutairement professionnels et pluriactifs. Sans qu'il y ait eu la moindre possibilité de négociation (1), le Ministère a imposé la représentation paritaire. Personne n'a jamais proposé ou même revendiqué une représentation proportionnelle au nombre d'adhérents. Preuve d'ailleurs, que personne n'est dupe. 
(1). Dans toute ma vie syndicale, je n'ai jamais assisté à aucune négociation, (Échange de vues et démarches que l'on entreprend pour rechercher un accord. Petit Robert), ni entre les organisations de producteurs, ni entre producteurs et conditionneurs. Cela a toujours fonctionné selon le système de la prise d'otage. " si on ne fait pas ce que je veux, je m'en vais et rien ne se fera ". A l'évidence, le ministère n'interviendra jamais pour arbitrer. Quand on a des intérêts de vrais producteurs à défendre, la marge est étroite. Il est donc préférable d'être lucide : la solution ne viendra jamais des autres mais de nous même.

2). Les buts et l'utilisation des fonds collectés.

l'UNAF et le SNA, exigeaient que la quasi totalité du budget soit investie en publicité. Le SPMF soutenait :

LES FAITS

La encore, il n'a pas été possible de négocier. Le SPMF a donc cédé sur le principe, s'accrochant à la création d'un outil statistique permettant d'évaluer les retombées de cette publicité collective, de façon, dans un deuxième temps, à convaincre nos partenaires de la nécessité d'une publicité de marque. l'UNAF et le SNA avaient bien réussi à se persuader et à nous persuader que la publicité générique augmenterait la consommation.

Je sais qu'aujourd'hui, ce raisonnement, dont je ne nie pas qu'il ait aussi été le mien, peut paraître idiot. Il l'est en effet. Maintenant c'est évident. A l'époque ça l'était moins. L'expérience prouve que, même avec des budgets colossaux, la publicité collective ne donne aucun résultat. D'ailleurs, sauf cas très particulier, y a t il aujourd'hui d'autres publicités que des publicités de marque ?. C'est un véritable cas d'école. Un système dans lequel la censure prévaut, se condamne, mécaniquement et inéluctablement à l'inefficacité.

INTERMIEL n'avait aucun moyen de s'adresser directement aux apiculteurs. Les réunions se tenaient, les actions se faisaient…et les revues commentaient, manipulaient, sans consentir le moindre droit de réponse. Ainsi, les apiculteurs ont-ils bu jusqu'à la lie, le calice de la désinformation.

INTERMIEL a disparu lamentablement sans même que quiconque ait pu tirer le moindre enseignement de l'expérience, en particulier sur les raisons de l'échec de la " stratégie publicitaire ". Pendant des années, les revues ont expliqué aux apiculteurs que la publicité résoudrait tous leurs problèmes. Du jour au lendemain il n'en a plus été question, et c'est tout.

Bien entendu, la désinformation ne s'est pas limitée à la publicité. Par exemple : qui, parmi les apiculteurs est au courant que, Mr RENE BOUDEY, (représentant de l'UNAF et président), et Mr PIERRE MARDHEL, (SNA), empêchés de s'exprimer dans leur revue respective, ont adhéré au SPMF après la déconfiture d'INTERMIEL ? C'est pourtant la preuve de leur désaccord. 

LES LECONS A EN TIRER

Il faut bien se rendre à l'évidence : pour ce qui concerne l'accès à l'information, l'apiculteur en est à peu prés au niveau du soviétique moyen du temps de BREJNEV. 
A partir de cette expérience, j'ai acquis la conviction que, tant que la profession ne disposerait pas d'une structure démocratique, permettant la libre circulation des informations et des opinions, rien, jamais, ne pourrait durablement aboutir.

VENONS EN A LA " COORDINATION DES APICULTEURS DE FRANCE "

Dans ce " dossier GAUCHO " les surprises n'ont pas manqué.

  1. " Le Gaucho provoque des empoisonnements sans qu'il n'y ait pratiquement aucune abeille morte devant les ruches. Elles se perdent dans la nature et sont incapables de retrouver leur ruche ". Un phénomène qui, 14 ans avant paraissait hérétique, est aujourd'hui admis comme une évidence. Même si l'affaire DECIS n'a pas abouti syndicalement, le travail de fond a porté.

  2. " Les analyses ne permettent pas de retrouver des résidus dans les abeilles pour expliquer leur mortalité ou leur disparition. Il n'est même pas nécessaire d'en faire les frais ". Aucun problème : même ceux qui contestent la responsabilité de l'Imidaclopride l'admettent. L'absence de résidus dans les abeilles mortes n'est pas une preuve de " non intoxication ".

Dés le départ, le bureau du SPMF a délibérément choisi de déléguer la gestion de cette affaire à ceux qui, avaient monté le dossier technique. Le souvenir des interventions calamiteuses de RAYMOND BORNECK (2) dans l'affaire DECIS était trop frais et trop cuisant. En conséquence, il avait été convenu de ne rien faire d'autre que répondre aux sollicitations " de la base ". Il n'est pas certain que cette délégation de responsabilité ait bien été comprise par tout le monde. Peut-être certains n'y ont ils vu rien d'autre que le désintérêt d'élus nationaux " éloignés du terrain ". Ils ont eu tort. Il s'agissait simplement de ne pas rater une deuxième fois le train syndical sur ce délicat problème des intoxications d'abeilles, ou les apiculteurs, au delà de la défense de leur revenu, ont une véritable responsabilité citoyenne à assumer. Il ne suffit pas de rabâcher en permanence que l'abeille est un témoin biologique, encore faut-il, quand l'occasion se présente, le démontrer. 

(2). Au cours d'une conversation privée, RAYMOND BORNECK a reconnu s'être trompé sur le DECIS. Il a ajouté que, lorsque la question lui serait posée publiquement, il le reconnaîtrait. Comme les apiculteurs ne sont pas curieux, ils ne lui ont jamais posé la question. En conséquence, ils ne peuvent reprocher à personne de n'avoir jamais connu la réponse.

Or, pour organiser un débat efficace, il y a une méthode. Il ne faut pas se dissimuler non plus, que, sans moyens matériels, cela ne simplifie pas les choses. On a vite fait d'aboutir au plus grand désordre. Cela n'a pas manqué. Une fois de plus, les apiculteurs :

Sans vote, sans budget, sans statut, nous voilà repartis comme en quatorze.

Inutile de dire que, pour ceux en tout cas qui ont un minimum d'expérience, le choc a été rude. En effet, je ne suis pas le seul à penser qu'en la matière, il existe un théorème de base : 

" Celui qui souhaite l'échec d'une action syndicale apicole se reconnaît de loin : c'est celui qui propose, pour résoudre un problème, de réunir tous les syndicats ". (variante possible : " toute la filière ", " tous les apiculteurs sans exception " etc…cela, bien entendu, sans budget ni aucune structure constituée.

De la disparition du laboratoire d'analyse de Bures sur Yvette dans les années 70 à l'enlisement de L'IGP Provence (3) aujourd'hui, en passant par l'appellation montagne, l'AOC Vosges, l'affaire DECIS, l'Interprofession, les maladies professionnelles, la retraite, l'institut technique, la réglementation sanitaire, les tentatives d'organisation du marché etc…il n'y a strictement aucun exemple de succès durable, fût il relatif, de la moindre action syndicale engagée solidairement avec l'UNAF et le SNA. (quelques rares succès marginaux, parfois davantage à caractère associatif que syndical peuvent être mis au crédit de l'une ou l'autre des organisations mais uniquement lorsqu'elle agit seule. C'est parfaitement normal. Deux concurrents, lorsqu'ils sont associés sur une action dont ils ne sont pas sûrs de récolter les bénéfices, ne peuvent que se neutraliser.). En conséquence, si les apiculteurs eux même, ne sont pas convaincus qu'en s'associant avec l'UNAF et le SNA, ils se condamnent à l'échec dans leur lutte pour la défense de l'abeille face à l'agression des produits phytosanitaires, il ne sert à rien de les en empêcher. La seule chose à faire est de tenter d'assurer le maximum de transparence de façon à permettre, le jour de l'échec, de bien identifier les responsabilités. Ce n'est évidemment pas le plus facile du fait de la maîtrise totale de l'information par les deux revues. Entre la rupture et l'adhésion, il ne restait pas beaucoup plus que l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette comme marge d'action au bureau du SPMF. 

La seule erreur à ne pas renouveler, c'est ce qui s'est passé avec l'hystérie publicitaire des années 80. Si la fausse l'union est, encore une fois un échec, il faut que les apiculteurs puissent s'en rendre compte et en tirer les enseignement pour l'avenir. 

(3). On souhaite à Patrick Remy et Norbert Maudoigt, les nouveaux responsables en région PACA, d'avoir le temps de bien analyser, avec René Selses chargé du Label, l'incidence de l'adoption de L'IGP Alsace, une IGP virtuelle montée par les amateurs, sur les difficultés de L'IGP Provence. Bon courage quand même.

LA GESTION DU DOSSIER GAUCHO VUE DE L'EXTERIEUR

En l'espèce, le choix du terme " coordination ", qui fait référence à la structuration spontanée d'une profession, en marge, voire même en opposition aux syndicats officiels. (coordination des infirmières par exemple) est assez original. En effet, figurent dans " notre coordination ", le Président et le Vice Président de l'UNAF, le Président du SNA, et trois adhérents de base du SPMF, (dont Philippe Vermandere). A tout le moins :

" INTERSYNDICALE DES APICULTEURS DE FRANCE "

eût mieux convenu. Pourquoi y a t il eu une telle confusion de mots ? Est ce une tare apicole que d'utiliser des termes inadéquats ? En effet, de reines qui ne règnent pas, en " maturateurs " qui ne servent pas à " maturer " notre vocabulaire est riche d'approximations et de contresens. Ou plutôt, le terme " Intersyndicale " n'a t il pas une petite connotation structurante qui rappellerait à certain la défunte Interprofession, et surtout, cela n'implique t il pas un minimum de formalisme : statuts, budget, ordres du jour, votes, majorité/minorité etc ? ? ?…Quoi qu'il en soit, va pour la " coordination ". 

Comme nos trois adhérents de base ne peuvent pas être soupçonnés de légèreté, le plus probable, c'est qu'ils ont pensé, dans cette affaire pouvoir échanger le bénéfice politique des retombées (qu'ils ne pouvaient qu'espérer positives) de l'action, contre le soutien médiatique des deux revues. En effet, s'ils avaient pensé une seconde que l'UNAF ou le SNA, pouvaient agir utilement dans cette affaire ils y auraient adhéré. Je ne vois pas d'autre logique à une aussi surprenante stratégie.

La coordination a fonctionné, librement, sans entrave, sans censure, sans intervention extérieure. Au moins, son bilan lui appartient totalement. Personne ne saurait s'aviser de s'approprier son succès. A contrario, elle ne saurait avoir aucune excuse extérieure du moindre échec du à une éventuelle erreur stratégique. En tout état de cause, c'est tout à l'honneur des responsables nationaux du SPMF, que d'avoir laissé se dérouler une expérience que, sur le plan stratégique, ils désapprouvaient. Une alternative se posera à la fin :

Tous les gens qui ont suivi cette affaire sont parfaitement au courant d'une chose qui ne souffre aucune contestation : s'il n'y avait pas eu PHILIPPE VERMANDERE, il n'y aurait pas eu de dossier GAUCHO. Il n'est pas question de dire que personne d'autre n'a rien fait. Il faut simplement être conscient que, dans une entreprise de ce type, sans dossier technique préalable, il ne peut pas y avoir d'action syndicale. C'est impossible. Et le dossier technique, pour autant que l'on ait réussi à se tenir bien informé, (et pour cela il faut avoir lu autre chose que les deux revues), c'est à plus de 90% à PHILIPPE VERMANDERE qu'on le doit. On n'aurait de toutes façons rien pu attendre de notre institut technique apicole. La coexistence en son sein de trois organisations syndicales après l'avoir quasiment paralysé pendant 20 ans, lui a été fatal. Il n'existe plus.

La censure sur l'auteur du dossier technique n'est pas neutre. Bien sûr, tout le monde a bien compris que notre collègue VERMANDERE ne recherchait pas les honneurs. C'est rafraîchissant. Il y a tellement de " m'as tu vus " dans la filière que, pour une fois, on ne va pas se plaindre. 

Cependant, s'il y a censure ce n'est pas pour ménager la modestie de notre collègue. Il y a, en gros, deux raisons :

  1. faire croire à un travail collectif et en tout cas bien maintenir les lecteurs des revues dans l'ignorance que ce travail a été fait par un professionnel, qui plus est, adhérent du SPMF,

  2. mais surtout, éviter d'expliquer que l'apiculture, sauf à vouloir courir au suicide ne peut se passer d'un institut technique. Ignorer le travail de VERMANDERE, c'est aussi éviter de s'expliquer sur tous les dossiers précédents (PHOSALONE etc…) qui n'ont pas pu être traités au plan syndical parce que, justement, on n'a pas toujours la chance d'avoir un VERMANDERE sous la main pour faire, seul et gratuitement, le travail d'un institut technique.

Ainsi soigneusement désinformés, lorsqu'on leur posera " démocratiquement " la question, du financement d'un institut technique, les apiculteurs, comme pour l'Interprofession, répondront qu'ils n'en ont pas besoin. Philippe Vermandere est un institut technique à lui tout seul, et en plus, il est gratuit…Que demander de plus ? ?

LES RELATIONS ABEILLES/PRODUITS PHYTOSANITAIRES

L'apiculture a-t-elle un jour réfléchi, calmement, à ces problèmes d'intoxication par produits phytosanitaires ? . La réponse est quasiment contenue dans la question. Essayons de jeter quelques bases. Il ne s'agit bien sûr que d'une opinion personnelle. Il serait étonnant qu'un apiculteur tout seul, possède toute la vérité. Ce qui est sûr par contre, c'est que, s'il n'y a pas moyen d'en discuter, on n'est pas prêt d'avancer.

  1. Les intoxications d'abeilles à grande échelle ont commencé dans les années 50/60 (l'utilisation des produits phytosanitaires est une conséquence de l'agriculture intensive. Toutes les régions n'ont pas été touchées en même temps), avec des produits comme le Lindane et le Parathion. Il est un fait acquis que l'on retrouve plusieurs kilos d'abeilles mortes devant chaque ruche. Quelques jours après, à proximité, l'atmosphère est empuantie par une odeur de cadavres en putréfaction digne d'une hécatombe de moutons dans un ravin de montagne.

  2. Or, il s'agit là très probablement de conséquences de mélanges ou surdosages. (Dans le Gers, les agriculteurs interrogés répondent simplement qu'ils ont traité au " lindaneparathion ". Le mélange des deux produits est tellement une pratique courante que le collage des deux noms est passé dans le vocabulaire paysan). Un traitement bien dosé, (ce qui est rarissime répétons le) même avec ce type de produit, n'entraîne pas plus de quelques centaines de grammes d'abeilles mortes. Deux à trois mois après, les ruches qui restent vivantes ont retrouvé l'essentiel de leur population.

  3. Par contre, les micro intoxications, quasi hebdomadaires, ne se voient pas immédiatement. Elles déciment les colonies et amputent lourdement les récoltes.

  4. L'introduction de reines étrangères et l'hybridation, c'est la réponse technique que les apiculteurs ont trouvé pour, à court terme, maintenir leur cheptel en vie et continuer à produire du miel. Dans un environnement sain, avec des abeilles locales, on ne maîtrise déjà pas l'essaimage. En apiculture transhumante, faire de l'hybridation, là ou il n'y a pas d'intoxication, serait une véritable hérésie technique.

  5. Il y a eu ensuite l'étape des intoxications massives sans mortalité apparente, phénomène surtout connu à travers le DECIS mais qui existait avant avec des produits comme PHOSALONE, TOXAPHÉNE ou ENDOSULFAN.

  6. On arrive maintenant aux produits d'enrobage des semences aux manifestations cliniques de plus en plus complexes.

  7. Comme depuis 1981 je ne reviens plus sur les cultures que quelques semaines par an et sur la pointe des pieds, je manque d'expérience pour argumenter sur la partie clinique des nouvelles formes d'intoxications. J'ai eu cependant en visitant quelques ruchers de collègues inquiets du comportement de leurs abeilles une impression bizarre. Il m'est arrivé de voir des ruchers, (populations moyennes, ni franchement belles, ni vraiment massivement dépeuplées), sur lesquels, par de belles journées d'été, il ne sortait pratiquement pas une abeille. Je me suis demandé à ce moment là si :

Il s'agit là juste d'une impression, et je serai de plus totalement incapable d'incriminer une molécule ou des conditions culturales en particulier. Ce dont je suis sûr par contre, c'est que, entre PARATHION et DECIS, et, après, entre DECIS et GAUCHO, il y a eu plusieurs étapes, plusieurs degrés franchis successivement dans " l'insidiosité " des manifestations cliniques des empoisonnements. Par exemple, on peut dire aujourd'hui de manière absolument certaine que l'apiculture est passée, à l'époque, complètement à coté des symptômes PHOSALONE. Si ces étapes ont été ratées, c'est, justement, parce qu'on n'a pas toujours un VERMANDERE sous la main. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle dans les productions qui ne veulent pas disparaître, les professionnels se sont organisés pour financer un institut technique. C'est ce que l'apiculture aurait si, sous le faux nez syndical, on n'avait pas en fait deux entreprises de presse concurrentes qui, se disputent le même lectorat.

La " coordination ", a donc géré seule cette affaire. Pour ceux qui avaient suivi les dossiers précédents, il y a eu quelques surprises. Manifestement, les années 80, avec l'affaire du sang contaminé, la vache folle, et d'autres ont modifié les mentalités. La médiatisation, inconcevable 10 ans avant s'est globalement bien déroulée. Le message est, pour l'instant, remarquablement passé : les abeilles sont empoisonnées mais les produits de la ruches ne sont pas touchés, (s'ils l'étaient d'ailleurs, on n'aurait pas autant de difficulté à prouver les empoisonnements) puisque, les abeilles se perdant dans la nature, la pollution n'est pas ramenée à la ruche. Le message technique sur les revues était simpliste, mais il peut se comprendre. C'est certainement la rançon de l'adaptation à l'époque : slogans réducteurs et spots publicitaires de 40 secondes font partie du quotidien de l'information. Par contre " l'amateurisme " du travail syndical était plus préoccupant. Juste un exemple : dans son agitation fébrile et désordonnée, la " coordination " a complètement " oublié " de saisir le groupe abeille de la commission des toxiques. Celui ci, tenu par un formalisme strict (c'est normal, il n'y a que des apiculteurs pour considérer que le respect de règles de fonctionnement écrites, lois, statuts ou règlement, etc, est un luxe superflu) a même été amenée à se demander s'il ne convenait pas de modifier les règles pour lui permettre de " s'autosaisir ".

Et c'est ainsi que nous en sommes arrivé, en janvier 1999, contre toute attente au vu du rapport scientifique, à l'interdiction des semences Gaucho/tournesol. C'est essentiellement une décision politique, dictée par le " principe de précaution ". Cela aurait été inconcevable autrefois, avant la mise en cause des responsables politiques dans l'affaire du sang contaminé. La seule question que je me pose est la suivante : est ce pour la protection de l'abeille ou par crainte de retrouver des résidus dans l'huile que la décision a été prise ?

Je me suis demandé à ce moment là, quand et comment l'affaire allait mal tourner. Je n'ai pas eu longtemps à attendre les premiers signes.

Le principe de base, je l'ai déjà dit, c'est que, d'un coté on a des apiculteurs préoccupés par leur revenu, en l'occurrence 3 adhérents de base du SPMF, de l'autre 2 sociétés commerciales concurrentes qui, quoi qu'il arrive, feront toujours passer les intérêts de l'entreprise, avant les intérêts de l'apiculture. (voir, entre autre, plus haut l'UNAF et l'affaire DECIS). Ce n'est donc pas une question d'homme. Une fois la structure capitalistique clarifiée, le jour ou les fonctions de gérant de revue et de responsable syndical seront clairement séparées, sans avoir besoin de changer les hommes, il n'y aura plus de problème. 

Nos trois adhérents ont pensé contourner cette difficulté en offrant gratuitement le bénéfice politique de l'affaire aux deux concurrents réunis. L'erreur, est grossière. Pour avoir quelque chance de succès (que je ne garantis pas loin de là, mais le but de ce papier est d'ouvrir toutes les portes) il aurait fallu faire ce cadeau à une seule des deux entreprises. Un bénéfice politique aussi énorme et inattendu que l'interdiction d'une molécule à cause de sa toxicité abeille, ne peut pas se partager entre l'UNAF et le SNA. Il faut le comprendre.

Cette fois ci, c'est de l'UNAF qu'est parti le coup tordu. Elle a réussi à convaincre, tout le monde qu'il fallait assigner en justice le ministre qui venait un mois avant, d'interdire le Gaucho/tournesol. Tout ça bien sûr pour montrer à ses lecteurs, que, dans la compétition pour " la défense des apiculteurs " c'est l'UNAF qui en faisait le plus.
Budget ? : 240 000,00FF

Motif ? : Le ministre n'en a pas fait assez, il doit aussi interdire immédiatement tous les autres substrats de l'Imidaclopride.

Heureusement, dans cette affaire, l'apiculture a été sauvée par les circonstances. En effet, le ministre a été assigné par le fabricant et quelques " semenciers " au motif inverse : eux remettaient en cause l'interdiction tournesol. 
Et c'est ainsi qu'on a assisté à un virage à 180°. En gros et pour faire bref, le procès contre le ministre est devenu un procès pour le soutenir, (accessoirement obtenir le dossier d'homologation, mais j'avoue n'avoir jamais lu aucune explication sur cette procédure que j'ignorais totalement), et le budget a été divisé par trois (80 000.00FF dont 60 000 UNAF et 10 000 chacun pour SNA et SPMF, c'est dire l'enthousiasme et la " coordination " des moyens).

Ainsi, avec le même argumentaire, sans débat, sans argument et sans vote, avec le même avocat, on est passé en quelques semaines d'un procès contre le ministre à un procès pour le soutenir.

On est dans la même mécanique perverse qui a présidé aux catastrophiques actions publicitaires d'INTERMIEL. A partir du moment ou un débat est enfermé dans un carcan totalitaire et/ou, dogmatique, il se sclérose. Même ceux qui ont le souci de l'efficacité sont aveuglés. Nos trois représentants ont fait la même erreur que leurs prédécesseurs à INTERMIEL au sujet de la publicité. Heureusement que les circonstances ont transformé le procès initialement prévu.

Ceci dit, la manipulation a parfaitement fonctionné, y compris au sein même de la " coordination ". Francis Chauvency lui même semble persuadé que l'apiculture a gagné (ou contribué à faire gagner) ce procès. Une simple lecture du jugement suffira à chacun pour vérifier qu'il n'en est rien. Les firmes qui demandaient au conseil d'État " d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22/01/99, prise par le ministre " ont été déboutées. C'est tout. En ce qui concerne l'intervention de l'apiculture :

  1. Le conseil d'état la considère recevable mais rejette ses demandes,

  2. En particulier financières.

Ainsi l'apiculture a dépensé 80 000.00FF, uniquement pour s'entendre dire qu'elle avait le droit de soutenir le ministre. Par contre, l'UNAF, qui a déboursé l'essentiel a largement exploité l'affaire. Les abonnements ont littéralement explosé.

Il était certainement nécessaire, et ce pour de multiples et excellentes raisons, d'intervenir dans cette procédure. Par contre, il est démagogique et mensonger d'affirmer que " la détermination des apiculteurs, leur unité,…ont permis d'obtenir ce magnifique succès ". C'est le ministère, (et pas les apiculteurs), qui a gagné. C'est déjà très satisfaisant. 

Suite à cette " victoire " la démagogie et le discours simplificateur n'ont fait que s'amplifier.

Ainsi la disparition de nos abeilles n'a qu'une cause : c'est le Gaucho, tout le Gaucho, et rien que le Gaucho. Les dizaines d'autres molécules responsables d'empoisonnements sont oubliées. Résultat : en 1999, il n'y a jamais eu autant d'intoxications, et la récolte de tournesol n'a jamais été aussi faible. La cause ? : unique, la rémanence de l'Imidaclopride dans les sols. Un peu court non ?

On notera au passage que cette toxicité par rémanence dans le sol des semences enrobées de l'année précédente est circonscrite au tournesol. Pour autant que je sache, un colza semé après tournesol ou maïs gaucho, ne provoque pas d'intoxication. Pourquoi ? ? En l'absence d'institut technique apicole, voilà encore une question qui restera sans réponse.

Plus on avance, et plus on s'enfonce. L'apiculture a expliqué pendant des mois que, avant le Gaucho, il n'y a jamais eu d'empoisonnements, tous les empoisonnements actuels sont dus au Gaucho, et une fois qu'il sera totalement interdit, tout redeviendra parfait. Cette stratégie est suicidaire. Sans correction à court terme, on va droit dans le mur. En effet, quelles que soient les prochaines décisions ministérielle, nous serons perdant :

Il est temps que cessent désormais ces slogans réducteurs, et cette argumentation lapidaire qui ne dépasse pas 500 mots de vocabulaire. On n'est pas là pour vendre des revues. C'est notre avenir qui est en jeu, et, en plus, nous avons une véritable responsabilité citoyenne. L'abeille ne nous appartient pas. C'est un témoin biologique irremplaçable et nous devons la défendre. Le dossier de l'automne dernier, " Une production apicole sinistrée, l'apiculture touchée en plein vol " constitue, heureusement une amorce de rétablissement de la vérité. Pour la première fois, il est demandé :

Ceci dit, on n'est pas encore sorti de la logique de court terme. Au lieu de prendre l'Imidaclopride en exemple pour s'attaquer à la question de fond, on laisse croire que toutes les intoxications sont dues au Gaucho, auquel on ne rajoute in extremis, que le Fipronil. Ca suffit.

Maintenant nos trois représentants doivent réagir. Cette situation on l'a vu, est la conséquence d'un double dysfonctionnement structurel :

Il ne faut pas rêver. Quelle que soit la volonté politique et l'énergie déployée, on ne corrigera pas du jour au lendemain un système aussi ancien et dévoyé. Pour commencer, le minimum c'est d'obtenir la levée de la censure. La libre circulation des informations et des opinions, est une revendication universelle. Si, réellement, les apiculteurs n'adhèrent pas à ce concept inséparable des droits de l'homme, ils doivent le dire explicitement au lieu de le subir passivement. 

Qui contestera que, sur le plan de l'efficacité, les systèmes ouverts sont plus performants que les systèmes fermés. Ceux qui en doutent peuvent aller voir la différence entre la Californie et le Caucase ou les Balkans. Si nos représentants qui sont censés travailler ensemble depuis plus de trois ans au sein de la " coordination " avec l'UNAF et le SNA ne veulent pas de cette transparence, ils doivent le dire clairement.

S'ils ne peuvent pas l'obtenir, ils doivent le dire aussi, et expliquer pourquoi.

Joël Schiro. 1Fin de la partie achevée en JANVIER 2001.
Email :
jschiro@adour-bureau.fr


CONCLUSION

Le 2 février dernier, la décision ministérielle est tombée : statu quo plus enquête épidémiologique.

Désormais, la stratégie " coordination ", démagogie commerciale pour vendre des revues, hypocrisie et " apiculture unie " a vécu. On en connaît le résultat. Pour un peu, à force de faire l'impasse sur 40 ans d'intoxications endémiques, dans deux ans, on va nous expliquer que nous sommes incompétents, et que, en réalité, nos abeilles ne souffrent que de maladies.

Tous ceux qui, jusqu'à présent, se sont tus pour ne pas interférer dans l'action en cours sont en droit de revendiquer la fin du discours simplificateur et de la langue de bois. On pourrait peut être commencer par les points suivants :

  1. Si l'apiculture est unie, alors, elle doit se doter d'une structure unitaire. S'il n'y a pas de structure unitaire c'est que l'apiculture n'est pas unie. Inutile donc d'entretenir le mensonge : il vaut beaucoup mieux clarifier les choses, expliquer qui refuse cette union et pourquoi.

  2. A trop vouloir prouver, il arrive qu'on soit pris à son propre piège. Hélas ce serait trop beau s'il n'y avait que l'Imidaclopride (même en rajoutant Fipronil on est loin du compte) qui perturbe, empoisonne, désorganise ou fait perdre le sens de l'orientation aux abeilles. Il faut repartir depuis le début et, en tout état de cause refuser toute enquête épidémiologique qui ne prendrait pas en compte les intoxications subies " du 1er janvier au 31 décembre " depuis des dizaines d'années en zone de cultures.

  3. Il est inutile de s'attaquer à un produit en exclusivité (en donnant l'absolution à tous les autres) alors que c'est le système des homologations qu'il faut remettre en cause. Sans abandonner le combat actuel, et en parallèle, il faut prendre en exemple une " vieille " et classique molécule homologuée " pleine fleurs ". La Phosalone, est probablement le meilleur choix pour cela. Elle est désormais peu utilisée, l'enjeu économique est faible, et en outre, elle a servi longtemps de référence " non toxique pour abeilles "…Or, à partir de 23/25°, la quasi totalité des butineuses ne rentrent pas à la ruche. A défaut, on pourrait prendre la Deltaméthrine. Les preuves scientifiques de sa toxicité sont bien plus nombreuses….mais c'est un produit encore beaucoup employé et les intérêts économiques sont importants, alors que, pour Phosalone, on est quasiment dans un débat purement intellectuel.

  4. La DL 50 est une dose de toxicité aiguë. Par un tour de passe-passe qui s'apparente à une véritable escroquerie intellectuelle, en ce qui concerne la protection de l'abeille, cette DL 50 a été transformée en dose d'innocuité. Il est parfaitement possible, d'obtenir pour chaque molécule, une " mesure d'innocuité abeille "…quitte, dans un premier temps, à prendre simplement la DL 50 corrigée d'un coefficient de sécurité.

  5. Enfin, dans la mesure ou, en zone de culture, on ne dispose plus de zones témoins totalement préservées, il faut refuser par avance toute expérimentation de terrain….sauf à ce que les expérimentateurs acceptent de placer des ruchers témoins en zone de montagne. Dans ce cas, évidemment, seuls des apiculteurs expérimentés pourraient apprécier les différences de récolte et de comportement… Utopique…Mieux vaut s'en tenir à des mesures de laboratoires. Ce sera plus simple et beaucoup moins cher.

Joël Schiro. 16 Février 2001.
Email :
jschiro@adour-bureau.fr


  • Voir aussi : Abeilles et Produits Phytosanitaires - Dossier Spécial Février 2002 du S.A.P.M.P.


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