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Les
« effets non intentionnels » des pesticides sur abeilles ne datent
pas d’aujourd’hui et ne sont pas exclusifs de la France. Le malentendu et
les querelles entre apiculteurs et scientifiques non plus. Lorsque, en 1981, la
profession a désigné la « nouvelle génération d’insecticides »
et en particulier la DELTAMÉTHINE(1) comme principale cause des pertes de
colonies, les firmes phytosanitaires, quasiment dans les mêmes termes
qu’aujourd’hui nous ont répondu « maladies ». A l’époque, la
maladie avait même un pays d’origine aux chercheurs réputés, les USA, un
nom, « Disappearing disease », ou maladie des abeilles qui
disparaissent, et même pour ses plus zélés partisans, un agent pathogène
probable : les spiroplasmes. Cette « maladie » a même fait
l’objet d’enquêtes très poussées, sans convaincre outre mesure les
professionnels interrogés.
Etude de la Maladie de la Disparition aux USA
Par William T.Wilson et Diana M.Menapace
American Bec Journal
Février / mars 1979
Introduction
A la suite de pertes inexpliquées (600 ruches sur 3500) dans la vallée du Rio Grande (sud du Texas) un apiculteur transhumant contactait en avril 1973 le Laboratoire de Pathologie et d'Intoxication des Abeilles à Larami (Wyoming). Ses colonies s'étaient développées très tôt dans l'année grâce aux sources naturelles de nectar et de pollen. C'est au moment où il y eut un retour de froid peu conforme à la saison (de 4° à 15°C le jour et de -1° à 4°C la nuit) et un temps pluvieux pendant près de 15 jours qu'il constata un déclin rapide des populations d'abeilles adultes, au point que les colonies ne devinrent qu'une poignée d'abeilles autour de la reine. Il n'y avait que quelques dizaines d'abeilles mortes au fond et à l'entrée des ruches. Malgré plus de 30 ans d'expérience, cet apiculteur se trouvait dans l'incapacité de maîtriser l'effondrement des populations même en les nourrissant avec du sirop complémenté de pollen pendant plusieurs semaines. Les conditions ne s'améliorèrent qu'avec les transhumances dans le Nebraska au moment des miellées d'été et le retour du temps chaud (26 à 36°C le jour et 18 à 29°C la nuit). Il avait observé pendant plus de 10 ans ce phénomène de déclin des populations et constaté que chaque année un plus grand nombre de ruches étaient affectées par ce mal, 1973 étant la pire. Par communication téléphonique avec l'auteur, il expliqua que 2 autres gros apiculteurs professionnels transhumants dans la vallée du Rio Grande (donc exposés aux même conditions climatiques) étaient confrontés aux même problèmes. Chacun de ces apiculteurs affirmait que ces pertes étaient sans rapport avec des épandages d'insecticides.
A la demande de l'auteur, les apiculteurs concernés envoyèrent plusieurs centaines d'abeilles (les unes mortes et les autres vivantes) au Laboratoire de Laramie, durant le printemps 1973 ainsi qu'en 1974, en vue d'un examen microscopique de l'appareil digestif, de l'hémolymphe, des trachées respiratoires et des organes extérieurs. Les examens ne révélèrent aucun micro-organisme et aucun parasite qui puisse expliquer les pertes d'abeilles. Quelques abeilles portaient cependant quelques germes de Nosémose.
Par la suite, 4 apiculteurs du Montana, constatèrent les mêmes dépopulations en 1973 et 1974 après un retour de froid et de pluie en mai, qui faisait suite à un hiver doux. Les apiculteurs firent part de la perte de plusieurs centaines de colonies qui n'étaient pas due à un manque de pollen ou de miel. L'inspecteur apicole de cet Etat ne découvrit aucune maladie infectieuse, ni aucune intoxication. Quelques ruches seulement se trouvaient à proximité de prairies cultivées où les épandages d'insecticides étaient minimes voire inexistants.
Durant la même période quelques autres cas de dépopulations nous furent signalés dans d'autres régions des USA (Nebraska... ) et en Australie. Aussi, l'auteur s'est mis à chercher dans la littérature apicole des informations sur ce mal qui est désormais appelé " maladie de la disparition " (disappearing disease). On ne commença des études que plus tard quand on s'aperçut que la maladie se propageait dangereusement. Nous communiquons ci-dessous les résultats des recherches bibliographiques, décrivons le protocole de l'étude engagée, publions les résultats du questionnaire et discutons leurs implications.
Recherches bibliographiques
Les maladies infectieuses des abeilles sont devenues bien connues depuis les études de Cheschire et Cheyne (1885), les observations de Zander (1909) sur le Nosema Apis et les classiques séries d'articles sur les maladies des abeilles écrites par G.F. White au début du siècle. Néanmoins la bibliographie de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème révèle des pertes inexpliquées d'abeilles. (Hart 1893, Lowell 1894, Aikin 1897, Benhne 1910). Durant la même époque A.I. Root (1903) qualifia des pertes de butineuses jusque là inexpliquées de " déclin printanier " (spring dwindling). Il remarquait que ces pertes se produisaient durant les périodes froides (février à juin) dans les Etats du Nord et pensait que c'était le résultat de l'élimination naturelle de vieilles abeilles, des reines défaillantes, de populations " démoralisées " et des butineuses incapables de rentrer à la ruche à cause du froid. Plus tard, Root et Root (1917) établirent que le déclin printanier n'était pas une maladie, mais la conséquence d'un long confinement se traduisant pas la dysenterie. Cependant, en 1935, ils reconsidérèrent leurs propos en distinguant le problème du déclin printanier de celui de la dysenterie qui est une maladie. Ils attribuèrent à la mortalité des vieilles abeilles ou à un manque de pollen un " déclin hivernal " (winter dwindle) qui se produisait dans les Etats où sévissent des climats semi-tropicaux, comme la Californie et la Floride. En réalité, le terme " maladie de la disparition " a été déjà utilisé par Root et Root en 1935 pour qualifier une attaque de Nosémose suivie de perte de butineuses qui s'arrêta au bout de 15 jours. Ils firent aussi la différence entre la maladie de la disparition et le mal de mai (bee paralysis) qui était un mal plus persistant. Les mortalités décrites depuis longtemps avaient donc plusieurs noms. Divers symptômes ont été décrits : gonflement de l'abdomen (Lowell 1894, Root & Root 1920, Bailey 1963) ; fortes pertes d'abeilles adultes (Root 1903) manque de provision de pollen (Root 1920 et Goodacre 1940) ; abeilles avec des ailes de travers courant devant les entrées de ruches (Root & Root 1935) ; désordres digestifs dus à des micro organismes et problèmes de provisions (Goodacre 1943) et enfin parasitisme (Howard 1920).
Plus récemment en France, Mathis (1975) remarquait de sérieuses mortalités de butineuses en été dues au parasitisme important d'une mouche Senotainia triscupis. Riedel et Shimannki (1966) firent des remarques similaires concernant le parasitisme de diptères sur des butineuses, en été dans le Wyoming. Mais dans ce cas, seulement 7.8% des 500 abeilles examinées étaient parasitées. Cependant un tel parasitisme n'arrive qu'en été et des larves de ces mouches sont facilement visibles à la dissection.
Il y a évidemment quelques similitudes entre les symptômes de déclins décrits par Root et d'autres auteurs, et les témoignages des apiculteurs du Texas, Nebraska et Montana en 1973 et 1974. Mais les symptômes de la maladie de la disparition, comme nous la considérons nous-mêmes, ont été notés avec précision par Oertel (1965) et Foote (1966) sur un nombre de 4 à 5000 colonies en Louisiane et de 1000 colonies en Californie pendant l'hiver 1964-65. Les 2 apiculteurs de renommée nationale, parlaient de conditions particulières des abeilles dont ils ne s'étaient pas aperçus auparavant. En réalité, Oertel remarquait que le déclin hivernal et le déclin printanier de Root étaient 2 choses différentes. Foote en 1966 remarqua les premières affections de ce mal durant l'hiver 61-62 quand il découvrit des colonies perturbées en grand nombre dans des ruchers de la vallée de Sacramento (Californie) dont ceux de l'Université de Californie Davis. De tels dommages furent également remarqués dans les ruchers du Ministère de l'Agriculture à l'Université de Louisiane à Bâton Rouge. Foote nomma ce phénomène l'effondrement automnal (autumn collapse) ou maladie de la disparition, tandis qu'Oertel l'appela le dépérissement (fall dwindle). Tous deux établirent que les butineuses étaient mortes aux champs car ils ne trouvèrent seulement que quelques dizaines d'abeilles mortes au fond ou à l'entrée des ruches. Les 2 observateurs examinèrent alors les abeilles mortes, les abeilles vivantes qui restaient, les provisions de miel et de pollen et constatèrent avec évidence que le phénomène n'était pas imputable aux pesticides et autres agents pathogènes. Une exception est celle du champignon Aspergillus Flavus qui fut isolé dans des abeilles mortes devant des colonies en Californie, au moment de l'effondrement des colonies, mais A.F n'a jamais été identifié comme l'agent de la maladie de la disparition. De plus, depuis aussi longtemps que les maladies d'abeilles sont connues, personne n'a jamais attribué de mortalité ni à Aspergillus Flavus, ni à Aspergillus Parasiticus. (Gunst 1978).
Semblables à ces témoignages de maladie de la disparition dans les années 60, nous avons connaissances de nombreux autres cas dans les années 70. Récemment Foore (1977) et Roberge (1978) firent part de cas particuliers et publièrent des articles sur l'ensemble du problème de la maladie de la disparition. En 1974 Katzenelson constata en Argentine, un problème qu'il nomma " dépopulation " en croyant que la Loque américaine ou les pesticides en était la cause. En 1976 Olley (Australie) et Katzenelson (étudiant mieux le problème en Argentine) mirent tous deux en cause un virus, bien que Foote (1966) affirmait le contraire après ses analyses au Laboratoire de Beltsville. Mraz suspecta aussi les virus de la paralysie (mal de mai) mais ne trouva aucune abeille paralysée dans ses colonies atteintes de disparition au Mexique. A l'inverse, Clarck (1977-78) isola un nouveau virus et un spiroplasme sur les butineuses. Pendant ce temps Kauffeld (1976) démontra que le problème de la disparition n'était ni contagieux, ni imputable à des résidus de pesticides. D'autres explications ont été émises. Kauffeld, après avoir étudié sur les ruches de l'apiculteur qui nous avait contactés en 1973, conclut que c'était une carence alimentaire et principalement un manque de pollen qui était responsable de la maladie de la disparition. En fait, Kauffeld (1973) puis Stranger et Laidlaw affirmèrent que l'effondrement automnal ou maladie de la disparition pouvait être contrôlé grâce à des nourrissements supplémentés afin de développer le couvain, car le pollen est vital pour l'élévation du couvain et pour maintenir de puissantes colonies. Oertel (1965), Foote (1966) et Thunder (1976) n'avaient pourtant trouvé aucune corrélation entre la maladie de la disparition et les carences alimentaires ; de nombreuses colonies atteintes étaient pleines de miel et de pollen. L'auteur a rencontré (non publié) de nombreux cas typiques où les ruches avaient des provisions non seulement suffisantes, mais encore avaient des surplus de miel et de pollen. Ces colonies n'avaient pas de miellat dans leurs réserves, ce qui aurait pu, d'après Foote (1966) être la cause de symptômes. Enfin la dernière hypothèse fut émise en 1975 par l'auteur : la maladie de la disparition pourrait être due à une mutation délétère dans le pool génétique des abeilles nord-américaines (Witherell 1975 et Wilson 1976). Au Canada, Peer ne croyant pas qu'un changement génétique puisse être la cause de la maladie de la disparition, affirmait en 1977 que le problème était dû à une maladie inconnue. Thurber (1976), Wilson (1976), Foore (1977), Mraz (1977) et Roberge (1977) pensaient tous qu'une dégénération ou un changement génétique pouvait être la cause de la maladie de la disparition. Cette hypothèse n'a jamais été infirmée.
Protocole d'enquête
Comme dit ci-dessus, un questionnaire de 6 pages, comprenant 35 points fut envoyé à chacun des 50 inspecteurs apicoles des 50 états en 1975. Les réponses revinrent de 46 états, les inspecteurs touchèrent plus de 719 apiculteurs. Malgré une lettre d'information qui accompagnait le questionnaire, certains eurent des difficultés à répondre car ils n'avaient jamais entendu parler de ce problème, ou le connaissaient sous d'autres noms, ou n'avaient aucune données valables (certains états ne prennent en compte que les déclarations de Loque américaine).
Comme on pouvait s'y attendre quelques-uns répondirent avec de considérables détails. D'autres ne donnèrent seulement que de brèves réponses à quelques-unes des questions. Gérald Stevens, inspecteur de l'état de New York, envoya des copies du questionnaire à plusieurs apiculteurs professionnels et 7 d'entre eux nous répondirent directement. Ward Satherlee, inspecteur dans le Sud Dakota, résuma notre questionnaire en 13 courtes questions, et l'envoya à 240 apiculteurs dont 28 nous répondirent. Claid Burgin, ancien inspecteur au Texas, nous signala qu'en 1969 et 1970, il avait envoyé un questionnaire concernant ce problème. Bien que C. Burgin eut des réponses, nous n'en avons pas tenu compte.
Menapace et Wilson (1976) posèrent quelques questions dans les revues professionnelles, mais n'obtinrent que quelques réponses.
Les informations qui suivent proviennent des réponses des inspecteurs des différents états et des apiculteurs des Etats de New York et du Sud Dakota et de quelques autres qui contactèrent l'auteur directement.
Résultats
Les réponses à l'enquête indiquaient que la maladie de la disparition avait été observée par les inspecteurs et apiculteurs dans au moins 27 états (54%) et dans chaque région géographique des USA. Dans 4 autres états où les inspecteurs affirmaient ne pas l'avoir rencontrée, ils décrivirent cependant des symptômes de disparitions d'abeilles en période froide, où les colonies ne réussissaient pas à se développer, sans aucune raison identifiable. Dans 2 autres états les inspecteurs n'avaient pas rencontré la maladie de la disparition, mais les réponses d'un important éleveur de reines, et de plusieurs apiculteurs professionnels indiquaient que la maladie les avait affectés parfois gravement. 4 inspecteurs ne répondirent point.
La première question que nous avons posé était la suivante : " Est-ce que des apiculteurs vous ont déjà contacté au sujet de populations qui s'affaiblissent, de disparition de butineuses, ou de colonies qui n'arrivent pas à se développer sans que les épandages de pesticides ou d'autres semblables facteurs nuisibles en soient la cause ? "
27 réponses furent affirmatives.
19 réponses furent négatives.
Parmi les 27 réponses affirmatives, 11 inspecteurs répondirent que les pesticides en était la cause, malgré la formulation de la question, et 9 citèrent la maladie de la disparition. Quelques inspecteurs mentionnèrent plus d'un facteur nuisible comme étant associé avec le déclin : Nosémose, manque de nourriture, froid en période habituellement douce et temps humide, mauvaise qualité des reines ou mort des reines, dysenterie, manque de pollen, défaut génétique, mycoses, développement limité du couvain, émissions de produits toxiques, faibles colonies, miellat, stress. Parmi les 19 réponses négatives, 4 incriminaient les pesticides comme seuls responsables de tels symptômes.
56 % (10 sur 18) des inspecteurs répondirent qu'ils n'avaient remarqué aucun effet contagieux après que les apiculteurs eussent transvasé les cadres et différents matériels dans des colonies saines. Un inspecteur répondit que les abeilles moururent de faim et un autre répondit que le développement des colonies était lent. 6 ne répondirent pas par manque d'information sur cette question.
Le printemps est la saison la plus favorable à la maladie de la disparition, selon 13 inspecteurs sur 24. Le déclin des colonies a cependant été remarqué durant toutes les saisons : automne (2 réponses) hiver (3 réponses) et été (4 réponses). Sur ces quatre dernières réponses (été), 3 affirmèrent que les pesticides en étaient la seule cause. Les neuf inspecteurs (parmi les 14) qui accusaient la maladie de la disparition, constataient une inhabituelle et importante perte hivernale.
Quand nous avons demandé si ce problème de déclin ou de disparition avait été remarqué dans le passé, 8 sur 18 répondirent qu'ils l'avaient constaté fréquemment durant les 5 dernières années. 5 dirent que la maladie de la disparition était un problème depuis plus de 5 ans, mais de moins de 10 ans, aussi, 4 dirent qu'il la voyait et qu'elle s'amplifiait depuis une quinzaine d'années. Un dernier répondit que le problème était présent depuis plus de 15 ans et l'attribuait à la Nosémose et au manque de provision. 66% de ceux qui l'ont constaté dans le passé, ont remarqué que le problème était plus grave selon les années. 16 sur 18 inspecteurs dirent que son importance restait la même et avait tendance à augmenter.
A la question " Est-ce que les colonies affaiblies par la maladie de la disparition peuvent se rétablir ? " 13 sur 21 inspecteurs répondirent affirmativement. Ils dirent que quelques colonies se rétablirent spontanément et d'autres pour cela furent réunies entre elles. Même quand les ruches affaiblies réussissaient à se rétablir, elles parvenaient rarement à faire une récolte (à ce moment-là) selon 53% des réponses (8 sur 15). Quand une récolte de miel pouvait se faire, 5 sur 7 répondirent que les rendements de miel étaient réduits.
58% (14 sur 24) des inspecteurs qui connaissaient l'existence de la maladie de la disparition, dirent que les apiculteurs du Nord semblaient plus exposés au problème, et notamment ceux qui achètent leurs essaims et leurs reines dans le Sud. En réalité 17% des témoignages dirent que les apiculteurs qui divisent leurs colonies et élèvent leurs reines dans le Nord, ainsi que ceux qui transhument sont affectés par la maladie de la disparition. Seulement 8% des inspecteurs rapportèrent que les apiculteurs et éleveurs du Sud avaient ce problème.
La plupart des inspecteurs (71%) indiquèrent que l'importance des pertes s'estimait entre 10 et 50% du cheptel. Quelques-uns uns l'estimèrent à moins de 5%. Bien que personne ne précisait s'il s'agissait de pertes d'abeilles ou de pertes de colonies, les pourcentages furent calculés en combinant les indications de 5 inspecteurs qui faisaient part de la perte de 2.450 ruches dans la pire année. De même selon 6 autres réponses plus de 10.100 colonies dans 6 états furent fortement affaiblies par la maladie de la disparition pendant la même année. 4 personnes répondirent que 27 à 50% des colonies périrent ou s'affaiblirent, un autre répondit " beaucoup " et deux manquèrent de chiffres précis. (Ces pourcentages ne font référence qu'aux apiculteurs qui ont eu des problèmes de disparition). 9 inspecteurs estimèrent à plus de 43.000 le nombre de ruches perdues durant la période 1970-75 dans leurs états. Neuf autres inspecteurs donnèrent des pourcentages pour la même période allant de 1% à 20% de pertes.
Discussion
Une difficulté révélatrice, mais pas surprenante de notre étude, fut la confusion causée par la ressemblance des symptômes de l'intoxication et ceux de la maladie de la disparition. Pourquoi les pesticides sont-ils si souvent cités comme la cause première des problèmes de déclin des colonies et de disparition d'abeilles ? Dans le passé, les gens ont souvent " pensé " pesticides, souvent sans avoir recherché minutieusement tous les aspects des mortalités d'abeilles. En effet, si un répertoire d'inspecteurs apicole ne mentionne aucune information au sujet de la maladie de la disparition, les pertes d'abeilles risquent fort de n'être attribuées qu'aux seuls pesticides, à cause de la ressemblance des symptômes. Un inspecteur commenta " si vous n'avez jamais entendu parler de la maladie de la disparition, quoi d'autre que les pesticides pourrait expliquer la situation ? "
La colonie peut être réduite à une poignée d'abeilles et même disparaître complètement dans les 2 cas d'intoxication et de maladie de la disparition :
Cependant dans les cas d'intoxications dues aux pesticides, il y a des traces évidentes d'épandages. On peut savoir s'il y a eut un épandage aérien sur une culture déterminée et trouver des résidus sur les plantes. Selon Atkins (1975) un empoisonnement peut-être suspecté quand le temps est chaud et sec depuis n'importe quelle durée et que les ruches sont disposées dans un champ en fleur ou à proximité. Quand les butineuses meurent aux champs et qu'elles disparaissent, on peut voir de nombreuses abeilles par terre dans la culture traitée et entre ceux-ci et le rucher, les nourrices restantes vivantes dans la ruche. Si les butineuses ramènent le poison, les nourrices meurent alors aussi dans la ruche ou à l'entrée et l'on peut constater beaucoup d'abeilles ayant les ailes écartées et maladroites ainsi que de grandes surface de couvain abandonnées. Une longue exposition aux pesticides peut affaiblir considérablement les colonies et même les tuer.
Dans le cas de la maladie de la disparition, la situation est assez différente, les colonies viennent de traverser une période où elles ont récolté nectar et pollen et activement développé leur couvain. Puis le temps est devenu anormalement froid et humide pour la saison, en le restant entre 3 et 14 jours. Une telle situation arrive fréquemment au printemps. Pendant ce mauvais temps, les populations déclinent parce que les ouvrières disparaissent au point de ne laisser qu'une poignée d'abeilles et la reine. Souvent ces petites populations peuvent se rétablir pendant les périodes chaudes et les longues miellées, mais en cas de mauvaise miellée, elles peuvent ne pas s'en remettre et mourir. Quelques problèmes de disparitions ont été soulignés en cas d'hiver rigoureux, en partie parce que les abeilles restaient trop actives au moment des températures froides (au-dessous de 0°C) et " disparurent " ainsi en ayant laissé des grappes perturbées. Ces abeilles peuvent avoir également une trop forte consommation de miel et peuvent mourir de faim au milieu de l'hiver, car leurs provisions d'environ 30 kilos n'étaient pas suffisantes.
Les examens d'abeilles n'ont révélé aucun agent pathogène et ceux-ci ne sont donc pas responsables de la maladie de la disparition. Plusieurs scientifiques (H.Shimannki, G.M.Thomas, A.S.Mickael, N.M.Kauffeld et l'auteur de cet article) ont vérifié les échantillons durant les années 60 et 70 et n'ont trouvé aucune relation avec Noséma Apis (seuls quelques échantillons portaient des N.A) bien que la Nosémose puisse causer un certain type de dépopulation. Gochnaner (1975) Oertel (1965) et Foote (1966) ont éliminé également l'hypothèse du Noséma et des virus comme cause de la maladie de la disparition. Au laboratoire de Laramie, on ne trouva également aucune relation ni avec la dysenterie, ni avec un autre parasitisme dû aux diptères.
Quelques apiculteurs ont associé les mycoses (Ascopheara Apis) avec l'apparition de la maladie de la disparition (Wilson 1976). En fait, les mycoses sont apparues dans des colonies qui avaient déjà attrapé la maladie. Mais les renseignements fournis par le même laboratoire montrent qu'Ascopheara Apis n'est pas l'agent de la maladie de la disparition, bien que l'extension de ces deux maladies à travers les USA dans les années 60 ait été similaire. (Menapace et Wilson 1976 ; Foore 1977). Mraz (communication personnelle) nous a révélé au Mexique, une région où les deux maladies se trouvent souvent ensemble et où les populations d'abeilles semblent hautement sensibles à ces deux problèmes ainsi qu'à la Loque européenne.
D'après les témoignages des apiculteurs américains, le mauvais temps exerce un rôle significatif sur la maladie de la disparition. Le comportement habituel pendant une période de mauvais temps avec de basses températures est une réduction ou un arrêt de l'activité de butinage de pollen et de nectar, mais ceci n'affecte pas la population de la colonie. Les colonies sensibles à la maladie de la disparition perdent un nombre relativement important de butineuses quand le temps est froid, très humide et accompagné de quelques gelées, mais sans neige. La maladie de la disparition apparaît à des époques différentes suivante les aires géographiques et climatiques ; janvier et février dans les régions méridionales comme la Floride, et jusqu'aux mois de mai et juin dans les hautes vallées montagneuses du Montana ou du Wyoming. Mraz (1977) dans un très intéressant article raconte qu'au Mexique, le froid n'est pas un facteur influençant l'apparition de la maladie de la disparition. Il précise qu'au début février, des populations s'affaiblirent dans une région qui n'était pas soumise à un temps froid (il ne donne cependant pas les températures diurnes et nocturnes). Les ruches avaient du miel dans les hausses, mais n'avaient plus qu'une petite grappe d'abeilles et pratiquement plus de butineuses. Nous croyons quant à nous que c'est un retour de froid peu conforme à la saison (pas forcément glacial) qui encourage la disparition des abeilles.
Habituellement, les ruches affectées par la disparition, contiennent de fortes populations d'abeilles et se sont développées avant l'arrivée du temps froid. Les pertes ne sont donc vraisemblablement pas dues à des reines défectueuses, ni à un faible développement du couvain, ni à un manque de pollen. Oertel (1965) et Foote (1966) ont démontré qu'une mauvaise nutrition n'est pas la cause de la maladie, car les abeilles qui ont tendance à sortir et à disparaître pendant les périodes froides, et leur incapacité à retourner à la ruche pourrait résulter d'un refroidissement pendant le vol, d'une insuffisance de miel dans le jabot au point de ne pouvoir supporter le retour, ou d'une mauvaise orientation ; tous ces facteurs étant d'ordre physiologique ou comportemental. Mraz (1977) affirmait qu'apparemment, les jeunes butineuses ne retournaient pas à la ruche durant leurs premiers vols. A notre avis de tels problèmes pourraient résulter de différences génétiques qui seraient révélées par un stress (c'est-à-dire le froid et l'humidité). Cette hypothèse est en train d'être étudiée. En effet, le laboratoire d'Elevage des Abeilles de Bâton Rouge et le Dr Walter Rothenbuller (de l'Université de l'Ohio) ont élaboré un projet de recherche en commun pour étudier les possibles causes génétiques, sans oublier l'aspect micro biologique et nutritionnel, ni le côté conduite des ruches (communication de E.C Martin du Laboratoire de Beltsville Maryland). C'est un travail d'une extrême difficulté, mais qui pourrait nous conduire à une meilleure connaissance de la maladie de la disparition.
Economiquement, ces mortalités d'abeilles et les mauvais rendements en miel engendrés par la maladie peuvent être assez considérables. Koote (1966) parlait de 10.000 ruches mortes en Californie, en 1 an, 9 inspecteurs parlaient de 43 colonies perdues en 5 ans dans 9 états, ceci représentant plus de 2 millions de dollars au prix d'aujourd'hui (début 1979). Nous croyons que ces chiffres sont partiels car la disparition sévit sur plus de 9 états et car nous connaissons un apiculteur qui a eu ce problème de dépopulation sur près de 7.800 colonies.
Certains inspecteurs et apiculteurs ont mis en doute l'existence de la maladie de la disparition en tant que maladie bien séparée des autres, comme Mickael (1966). Cependant, ceux qui ont été touché par cette maladie n'ont aucun doute quant à son existence et à son importance. Mraz (1977) rappelle que la maladie de la disparition est un sérieux problème et que quelques apiculteurs mexicains ont fait appel à lui pour tenter de résoudre ce mal. Un grand apiculteur affirmait que la maladie de la disparition serait moins difficile à appréhender s'il existait à son sujet des signes évidents, comme la Loque américaine, qui sont appuyés par l'existence d'un agent pathogène facilement identifiable à l'examen microscopique. En effet, la maladie de la disparition présente une grande diversité de signes qui ne sont pas facilement identifiables et elle peut souvent être confondue avec d'autres problèmes de mortalités des abeilles.
Cela ne diminue en rien l'importance qu'elle a sur l'activité apicole et au contraire cela va stimuler notre habilité à résoudre le problème, même au prix de nouvelles recherches dont nous avons encore besoin.
Conclusions basées sur les résultats de l'enquête
La maladie de la disparition est une maladie des abeilles distincte et identifiable.
Elle se présente dans toutes les zones géographiques des USA et au moins dans 27 états.
Elle se manifeste par une importante mortalité de butineuses et par des pertes de colonies et peut poser de sérieux problèmes économiques à certains apiculteurs.
L'époque des plus fortes mortalités d'abeilles est le printemps en période froide et humide. Les mortalités sont plus ou moins sévères suivant les années.
Elle a été remarquée depuis plus de 15 ans, mais les cas les plus importants sont apparus dans les 5 dernières années.
La dépopulation pendant les périodes froides et humides aux endroits où l'incidence de la Nosémose est faible, peut être causée soit par les pesticides soit par la maladie de la disparition.
Beaucoup de colonies souffrant de la maladie de la disparition se rétablissent durant l'été quand le temps devient chaud et sec et à la faveur de nouvelles miellées. Les rendements en miel en sont quand même affectés.
Les apiculteurs les plus fréquemment touchés sont ceux qui font du miel dans les Etats du Nord, mais qui achètent essaims ou reines ou les deux dans le Sud.
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