Syndicat
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S.P.M.F.


L'ART DE L'ENROBAGE
ET CELUI DE NOUS FAIRE PRENDRE DES VESSIES POUR DES LANTERNES

Je tiens, dans un bulletin apicole, une fois n’est pas coutume, à remercier Bayer de m’avoir fait passer, un très bon moment, à la lecture de sa brochure: " à propos de la santé des abeilles ". Ce n’est pas un livre hilarant malgré les nombreux gags, mais il y a de quoi rire (jaune!) quand même! L’apiculteur démoralisé par l’état de son cheptel et ses comptes de fin d’année y fera le plein d’humour décalé, faute d’y apprendre quelque chose d’instructif. A lire absolument, et même à plusieurs, c’est meilleur.

Cadeau de fin d’année par excellence, d’autant qu’il est gratuit, (Bayer a réellement à cœur de défendre la cause apicole et l’offre sur simple demande...) c’est un livre qui peut être mis également sans danger entre les mains de nos enfants

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Jolies images en couleur et morale simpliste : d’un coté, il y a la gentille abeille, amie de l’homme, de l’autre, les vilains spiroplasmes, les affreux virus, les terribles bactéries européennes et même américaines, et le pire, l’ignoble Varroa multipattes et surtout multicartes qui lui mènent une guerre cruelle, quand surgit enfin, " sonnez trompettes " la société Bayer défenseur de la reine et de l’orpheline avec son vengeur masqué, j’ai nommé Zorro, rebaptisé pour l’occasion Gaucho porteur de la SOLUTION RADICALE. Pour un monde meilleur et surtout plus juste où les grands n’écraseraient pas les petits, sans doute? Bref vous avez compris le message.

C’est d’autant plus étrange, que la lecture de la bibliographie, fort peu abondante au demeurant, de cet opuscule, m’a permis de voir que j’avais lu la plupart des ouvrages de référence cités mais que je n’en avais pas tiré les mêmes conclusions. Curieux non ? Y aurait-il plusieurs grilles de lecture? Plusieurs niveaux de conscience? Encore une remise en question en perspective!

Toutes les informations tendancieuses et insidieuses sont présentées avec l’art consommé de ne pas y toucher. En effet, ce n’est pas Bayer qui le dit, ça non! C’est " le monde qui en parle " et donc sous cette rubrique, présente dans tout le bouquin sous forme d’encadrés couleur miel (fallait y penser!) sont collectionnés des articles du monde entier relatant des disparitions d’abeilles, bien évidemment liées aux virus et autres maladies, qui permettent tout en douceur d’arriver à la conclusion: ce sont donc bien les maladies qui déciment les abeilles!. Moi aussi, je sais faire, un rayon entier de ma bibliothèque déborde même d’articles de presse sur les méfaits des insecticides en général et du Décis et Gaucho en particulier. J’aurai pu écrire un livre qui fait peur! Mais ce n’aurait certainement pas été le même!!!

S’il est une démarche, peu scientifique et profondément malhonnête intellectuellement c’est celle qui consiste en s’abritant derrière une caution scientifique à ne publier qu’un fragment de résultat, et pas n’importe lequel bien sûr, en l’isolant de son contexte, à tronquer tellement une info qu’on peut lui faire dire tout et son contraire. Exemple: isoler une analyse du CNEVA parmi les dizaines voire les centaines effectuées où l’on trouve le virus de la maladie noire et tacitement d’en laisser conclure que c’était donc bien la maladie noire qui décimait les abeilles en Vendée en 98 lors de l’expérimentation. Pas un mot par contre, sur la présence d’imidaclopride dans le pollen et le nectar ni sur les autres analyses. Personnellement sur la demande de JP Faucon j’ai envoyé des abeilles vivantes ayant la tremblote et les fameux signes extérieurs de la maladie noire, mais les 4 analyses ont été négatives! Je n’en déduis pas pour autant qu’elle était absente de tous les ruchers de France et de Navarre.

Sur un livre de 109 pages :

Au chapitre " de multiples facteurs menacent la santé de l’abeille " Bayer a ratissé large et les facteurs ne sont pas multiples mais légions! Aussi l’apiculteur désireux de s’informer apprendra pêle-mêle que ce qui menace son abeille (bien que Bayer se l’approprie p 84), en plus des maladies et parasites c’est avant tout lui même! Et oui :

Et quand l’apiculteur n’est pas responsable, c’est toute la nature qui est remise en cause avec :

Mais le meilleur et je l’ai gardé pour la fin : c’est le couplet écolo. Alors là bravo, il n’y a plus rien à ajouter. On apprend que " l’urbanisation chasse l’abeille de son habitat naturel et que la peur souvent infondée des piqûres entraîne la destruction des nids d’abeilles par l’utilisation massive d’insecticides "!!! Ou que la pollution tue les abeilles. Ah! Enfin, on y arrive! Que nenni! C’est juste celles qui sont installées à coté des routes ou des zones industrielles. Et puis encore, seraient responsables, en vrac: - Le trou de la couche d’ozone (comme s’il s’était fait tout seul!), - "Les charges polluantes contenues dans les grands fluides que sont l’eau et l’air... " (elles viennent d’où ces charges ?) - La déforestation, (c’est la maladie des arbres qui disparaissent ?).

Bayer a juste oublié de citer les causes surnaturelles, l’année des treize lunes ou le dépeuplement dû au changement de millénaire, là c’était peut être encore un peu tôt! Même la photo, superbe au demeurant, de première de couverture porte toute l’ambiguïté du bouquin, on y voit au choix, selon son degré d’optimisme: deux abeilles rescapées de l’holocauste final échanger un baiser passionné devant un soleil crépusculaire, la fin d’un monde sans doute; ou bien c’est la promesse d’une aube nouvelle, où nos deux rescapées moribondes s’encouragent devant un soleil levant anémique avant de convoler vers un avenir incertain. A moins que ce ne soit, tout simplement un photomontage...

Bref on a du souci à se faire, d’autant que quelques sommités z’émérites doublées de fonctionnaires z’ailés ne préconisent comme solution à la dépopulation , que la formation des apiculteurs z’ignares (par définition) à la détection de virus, assortie bien évidemment d’un renforcement des contraintes et de la législation. C’est toujours les mêmes, qui confortablement installés, à l’abri de leur fauteuil, pratiquent mépris et répression en cautionnant les pouvoirs en place. Ces "doctes Papon" de l’apiculture, seront ils un jour devant l’Histoire, responsables et coupables ?

Aussi, en conclusion, je tiens à préciser qu’il ne s’agit bien évidemment pas d’une critique scientifique et objective du travail de Bayer, un bouquin entier n’y suffirait pas! Mais l’expression d’un ras le bol face à la négation de toute la profession apicole. Je voudrai également souhaiter à tous une bonne année apicole et surtout des cieux cléments et sans nuages, au propre comme au figuré, car si j’en crois Bayer ils sont responsables d’un grand nombre de nos maux.

Ouf ça va mieux en le disant !

Sylvie Sinde


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Mise à jour : 03/04/02
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