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Author Topic:   Enquête multifactorielle
J. Schiro
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posted 13 October 2002 09:39           Edit/Delete Message Reply w/Quote
Lettre personnelle et non confidentielle du 8 Avril 2002 au CST. (Comité Scientifique et Technique de l'Enquête multifactorielle).

Objet : Abeilles et produits phytosanitaires. Enquête multifactorielle.

Bonjour,

Aprés 3 ans de débats à propos de l'imidaclopride, plus 1 an sur Imidaclopride et Fipronil, le Ministére de l'Agriculture "qui ne disposait pas des éléments scientifiques suffisants pour trancher dans un sens ou dans l'autre", a décidé la mise en place d'une enquête multifactorielle structurée par :

- un comité de pilotage,
- un conseil scientifique et technique.

Comme les apiculteurs ont refusé à 60% de majorité, tout dialogue ou participation, les choses ne se déroulent pas idéalement, je veux dire dans la sérénité et en toute transparence. On peut même parler de désordre puisque certains représentants du boycott interviennent au comité de pilotage alors que ceux qui auraient souhaité y participer s'abstiennent.
Dans ce contexte, compte tenu de mon expérience sur le sujet, il m'apparait légitime de donner, en toute liberté et indépendance, uniquement sur la partie technique, mon point de vue personnel. Bien entendu, ce courrier n'a rien de confidentiel et le CST est seul juge pour apprécier s'il est utile à être versé aux débats ou s'il doit être rejeté.
La premiére idée force est relative à la méthode. En effet, je considére que, sur un tel sujet, il conviendrait d'utiliser méthodiquement la technique de l'enquête policiére. J'entends bien que le laboratoire de police scientifique en fait bien partie, mais il n'en est qu'un élément parmi d'autres. Or, jusqu'à présent et dans tous les dossiers phytos (pas seulement pour le gaucho), ce sont "les ppm et les ppb" qui ont envahi (on peut même dire phagocité) tout le débat.
L'affaire gaucho est née en Vendée et dans les départements limitrophes suite à l'observation des symptomes cliniques suivants :

· un effondrement spectaculaire des colonies par disparition, sans mortalité apparente devant les ruches, de la quasi totalité des butineuses dans les trois premiers jours de la floraison du tournesol. (contrairement aux pyréthrinoïdes ou le phénoméne est plus discret)
· une "récupération" progressive mais relativement rapide. La population redevenant quasi normale en fin de miellée (fin de floraison).
· une récolte amputée de moitié ou plus, 20 à 40 k par ruche, au lieu des 60 à 80Kgs habituels sur la seule miellée de tournesol.
· peu de conséquence néfastes par la suite, en particulier à l'automne et en sortie d'hivernage (différence notable, toujours par rapport aux pyréthroïdes).

Question 1 : Comment se fait-il que, réguliérement durant plus de 15 ans, il y ait eu une différence du simple au double sur le volume de la récolte entre le Gers, (extrémes 25 à 45kgs, pour 30 à 40kgs en moyenne) et la Vendée (extrémes 60 à 90kgs pour 60 à 70 kgs en moyenne) ????

Question 2 : Comment expliquer que ce phénoméne d'effondrement spectaculaire constaté les 3 premiers jours de floraison en Vendée, n'ait jamais été observé à la même époque dans le Gers voire sur les autres zones ou les abeilles butinaient également des tournesols enrobés gaucho. ???.... Accessoirement, quel était donc l'environnement apicole Vendéen les années précédentes, alors que dans toutes les zones à culture du sud ouest, l'empoisonnement des ruches était depuis longtemps un phénoméne quasi permanent de février à septembre ??? Il ne s'agit pas ici d'affirmer péremptoirement que certains collégues se sont trompés de molécule (même si on peut s'étonner que cette hypothése n'ait jamais été, ni évoquée, ni encore moins, étudiée). Il est cependant necessaire d'expliquer aux scientifiques, (dont nous attendons, pour une fois, une vraie réponse qui ne sera possible que si s'instaure un minimum de dialogue et de collaboration avec les techniciens de terrain que nous sommes) toutes les zones d'ombre et la complexité du probléme..... Et ce d'autant plus que 20 ans de "bottage en touche", par l'accumulation de causes différentes en couches successives, n'en facilite pas la compréhension.

Ce n'est pas, loin de là, le seul motif d'étonnement. Pour s'en tenir aux deux seules molécules, imidaclopride et fipronil, dans le cadre de leur utilisation en enrobage de semences, mon avis, partagé par de nombreux collégues dans le sud ouest est le suivant :

1. Quelle que soit la culture les amendements ou le type de sol, il n'y a pas d'exemple chez nous d'intoxication avérée pouvant être imputée de maniére certaine à fipronil. Cette constation a été recoupée dans d'autres région. Citons, entre autre le CETA Limousin qui, aprés mesure du couvain, de la récolte, et comptage des butineuses par pesée, (copie de la publication sur demande), n'a relevé aucune anomalie. Par contre, il a été observé et filmé des comportements aberrants (banlieue Toulousaine en particulier) sur des abeilles venant butiner des tournesols semés fipronil. Comme personne ne dispose d'information sur les molécules utilisées dans les cultures voisines, il est, comme d'habitude impossible de faire la moindre relation de cause à effet.

2. En terrain filtrant (monoculture du maïs dans la vallée de l'Adour) aucune intoxication suite à des semis de maïs enrobés Gaucho n'a été signalée à ce jour.

3. Il n'a pas été possible de faire des observations fiables sur les molécules d'enrobage en terres argileuses. En effet, il y a dans ces zones toutes sortes de cultures qui peuvent aussi supporter des traitements aériens. Disons clairement par contre que les cas avérés d'intoxications par traitements "classiques" de la pyrale du maïs aux pyréthroïdes (cyperméthrine, deltaméthrine, perméthrine) sont nombreux......suivis en général des pertes hivernales habituelles et connues avec ce type de molécules.

4. Répétons que, pendant la courte période d'utilisation de gaucho sur tournesol en Gascogne, rien n'a été signalé. Ceci dit, si nous savons que gaucho/tournesol a bien été utilisé avant 1999, nous ne savons rien des surfaces concernées en pourcentage.

5. Dans le cadre du travail apicole, il n'est matériellement pas possible, sur aucune culture, de corréler l'éventuelle remontée d'imidaclopride résiduel dans le sol, à un quelconque effet sur l'abeille ou sa récolte : pas d'éclairage de terrain sur ce point donc.

Je tiens à bien préciser pour terminer qu'il y a, en fonction du vécu différent selon les régions, 2 analyses totalement contradictoires du phénoméne.

1. Mes collégues de Vendée persistent à présenter les intoxications comme un phénoméne ponctuel (en début de tournesol), spectaculaire et directement corrélé aux molécules d'enrobage imidaclopride et fipronil, qui, au moins pour l'imidaclopride persisterait suffisament dans le sol pour empoisonner les abeilles 2, voire 3 ans aprés. Ils ont gagné à leur thése que l'on peut résumer ainsi : "il y a d'abord et avant tout un probléme spécifique, évident à observer, sur la culture de tournesol. A coté de cela, les autres intoxications ne sont que des épiphénoménes", la majorité des producteurs de lavande en Provence. Pourtant, c'est peu dire que les intoxications dans la vallée du Rhone en général, et la Provence en particulier ne sont pas dues à gaucho et ne datent pas d'aujourd'hui.

2. Je considére pour ma part que, nous subissons tout au long de l'année une multitude de mini intoxications, qui, au demeurant, seront trés difficilement observables dans un réseau de surveillance classique. Plus les exploitations sont petites, ou les agriculteurs peu formés (sans parler des jardins familiaux ou il se fait vraiment "n'importe quoi") moins les régles de "bonne pratique" sont observées. Je maintiens que les produits les plus dévastateurs restent encore les "classiques", c'est à dire ceux dont la toxicité abeille est avérée..... Surtout lorsqu'ils sont utilisés sans précaution sur les adventices, déportés par le vent, ou même employés en début ou fin de floraison. Viennent ensuite toutes les molécules, qui, à l'image de la plupart des pyréthroïdes ont obtenu induement le "label abeille", sans que, jusqu'à présent, et malgré nos demandes souvent réitérées, il n'y ait eu aucune suspension ni retrait d'homologation. Quelle que soit leur responsabilité aditionnelle qui reste à évaluer, les molécules d'enrobage en vision macro (ou globalement toutes régions et cultures confondues si vous préférez) ne viennent qu'ensuite.

Je préfére ne pas évoquer immédiatement la situation du centre de la France (Indre, Cher etc....) dont les récoltes de tournesol se sont effondrées à moins de 10Kgs de moyenne..... Il est des situations qui ne trouveront pas d'explication si l'on continue à ne jamais aborder le potentiel nectarifére de chaque semence commercialisé. On comprend mal d'ailleurs pourquoi ce critére est absent du référentiel technique que devraient être tenus de fournir les semenciers pour chacun de leur nouveau produit.

J'ajoute enfin que, dans tous les tests mis en place cette année, il serait trés dommage de ne pas faire, à fréquence rapprochée, d'analyses systématiques des cultures alentour. L'analyse des pollens ramenés par la colonie ne suffit pas. En même temps, le technicien chargé de ce travail pourrait, sur les mois de juin/juillet, dire clairement s'il y a ou non un effondrement spectaculaire des populations dans tel ou tel secteur donné.

J'espére que chacun comprendra que cette initiative inhabituelle n'est dictée que par les circonstances, et voudra bien m'en excuser.

En espérant avoir pu contribuer efficacement à votre réflexion, recevez, Madame, Monsieur, l'expression de mes respectueuses salutations.

Joël Schiro
2 Impasse du Bois
65350 Boulin. France.
Tel. 05.62.33.23.53
Fax. 05.62.33.23.83
Mobile. 06.09.71.99.18
Email : jschiro@adour-bureau.fr

8 Avril 2002. Lettre personnelle et non confidentielle envoyée par email à chacun des membres de Conseil Scientifique et technique de l'étude multifactorielle.

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